Qui était Ali Hariri ?

Ali Hariri, connu en kurde sous le nom d’Elî Herîrî, est considéré comme le premier poète connu à écrire dans le dialecte kurmanji du kurde. Il se situe ainsi aux fondements mêmes de la tradition littéraire classique kurde. Né vers 1009 dans le village de Harir, dans le district de Hakkari au Bohtan, il composa des poèmes célébrant l’amour, la beauté du Kurdistan et de son peuple, ainsi que les dimensions spirituelles de la dévotion soufie.

Ses contours historiques demeurent incertains. Les dates de sa naissance et de sa mort sont débattues, sa biographie est fragmentaire et une partie de son importance a été reconstituée à partir de références postérieures. Sa place dans l’histoire culturelle kurde n’est pourtant guère contestée : le grand poète du dix-septième siècle Ehmed Khani le nomme explicitement dans Mem û Zin, l’invoquant comme ancêtre spirituel de la tradition littéraire kurde.

Alexander Jaba et d’autres premiers spécialistes européens de la culture kurde lui attribuaient le premier diwan, recueil de poésie, et les premières œuvres suivies en kurmanji. Quelles que soient les dates exactes de sa vie, Ali Hariri apparaît comme la première voix nommée d’une tradition qui allait devenir, au fil des siècles, l’une des plus riches du Moyen-Orient.


Points essentiels

• Ali Hariri est largement considéré comme le premier poète connu à écrire en kurmanji, ce qui fait de lui le pionnier de sa littérature classique.

• Né à Harir, dans le district de Hakkari, il écrivit sur l’amour, la beauté naturelle du Kurdistan et la spiritualité soufie.

• Le poète kurde du 17e siècle Ehmed Khani confirma son importance en le nommant dans Mem û Zin comme un prédécesseur dont il faisait revivre l’esprit.

• Les sources divergent sur sa naissance et sa mort : certains chercheurs le situent au 11e siècle, d’autres plus tard.

• Pionnier de la littérature soufie classique kurde, il marque le début d’une tradition appelée à durer des siècles.


Repères


Sommaire

Jeunesse et origines

Contexte historique

Grandes réalisations et contributions

Chronologie et événements essentiels

Débats et questions historiques

Héritage et rayonnement culturel

Liens avec l’histoire kurde

Questions fréquentes

Références et lectures complémentaires


Jeunesse et origines

Ali Hariri naquit vers 1009 de notre ère à Harir, village du district de Hakkari dans la région du Bohtan, au Kurdistan septentrional. Il grandit au cœur des hautes terres kurdes, parmi les communautés montagnardes qui avaient conservé depuis des siècles une identité culturelle et linguistique propre.

Les sources sur sa jeunesse sont rares. L’historien Muhibbi rapporte toutefois qu’il s’installa à Damas pour poursuivre ses études et qu’il y eut un fils nommé cheikh Ehmed. Ce parcours, des villages de Hakkari à un grand centre intellectuel comme Damas, suggère une formation relativement cosmopolite, sans être inhabituelle pour un savant de son époque.

Ses origines familiales sont mal documentées, mais le titre de « cheikh » laisse supposer une autorité religieuse et un rang savant dans sa communauté. Le nom « Hariri » le rattache à son village natal, Harir.


Contexte historique

Ali Hariri vécut au onzième siècle, époque de l’expansion seldjoukide, des premières croisades et de la fragmentation politique du monde islamique après les périodes bouyide et fatimide. Les principautés kurdes devaient alors composer avec la suzeraineté seldjoukide tout en préservant leurs particularités tribales et culturelles.

Les communautés kurmanjiphones de Hakkari et du Bohtan possédaient une riche tradition orale, mais, d’après les sources disponibles, n’avaient pas encore produit d’œuvres littéraires écrites dans leur dialecte. Ali Hariri changea cette situation. Choisir le kurmanji plutôt que l’arabe ou le persan constituait en soi une affirmation culturelle : celle de la valeur littéraire de la langue vernaculaire kurde, alors que les langues prestigieuses du monde islamique dominaient l’écrit.

La dimension soufie de sa poésie le rattache à la poésie mystique islamique qui fleurissait alors dans la région, avec de grands auteurs arabophones et persanophones. Hariri introduisit cette tradition en kurmanji et créa les premiers vers soufis connus en langue kurde.


Grandes réalisations et contributions

Pionnier de la littérature kurde kurmanji

Sa contribution majeure tient à un fait simple mais profond : avoir écrit en kurmanji. À une époque dominée par l’arabe et le persan, composer un diwan dans cette langue était un acte d’affirmation culturelle donnant à la tradition kurde son premier monument écrit.

Alexander Jaba, l’un des premiers Européens à étudier la littérature kurde, le présentait explicitement comme « le premier poète kurde à avoir écrit un diwan et des textes en kurde ». L’historien kurde Amin Zaki Bag le situe dans la région de Harir, près d’Erbil, et place sa vie vers 1010-1077 de notre ère. Quelles que soient les dates précises, une idée fait consensus : Hariri représente le commencement.

Poésie soufie et vision spirituelle

Sa poésie porte sur l’amour, à la fois l’amour terrestre de la tradition soufie et celui du Kurdistan, de ses montagnes, de son peuple et de sa beauté naturelle. Cette association du personnel et du spirituel avec le patriotique et le géographique donne à ses vers un caractère distinctif qui influencera les poètes kurdes durant des siècles.

Appréciés dans tout le Kurdistan, ses poèmes circulaient oralement parmi des communautés qui ne pouvaient lire les textes, mais en retenaient les vers. La profondeur et l’accessibilité de ses images leur donnaient une place dans la vie culturelle qu’une poésie purement érudite n’aurait pu atteindre.


Chronologie et événements essentiels


Débats, controverses et questions historiques

Les dates de la vie d’Ali Hariri font véritablement débat. Amin Zaki Bag le situe au onzième siècle, vers 1010-1077 de notre ère. Certains chercheurs, dont Haji Qader Koyi, estiment toutefois qu’il vécut plus tard, vers le quinzième siècle, en 850 de l’hégire. Ils s’appuient sur un poème persan du célèbre Jami qui semble le mentionner aux côtés de Mela Jaziri. L’article de Wikipédia sur la littérature kurde précise que les dates proposées par Mahmud Bayazidi pour les premiers poètes kurdes « ne sont pas considérées comme fiables ».

Puisque Ehmed Khani (1650-1707) le présente comme une figure fondatrice ancienne plutôt que comme un quasi-contemporain, la datation au onzième siècle paraît plus plausible à la plupart des chercheurs. L’incertitude elle-même a une portée culturelle : elle révèle la fragilité des archives kurdes de l’époque et la force d’une réputation qui survécut à la documentation biographique précise.


Héritage et rayonnement culturel

L’héritage d’Ali Hariri est la tradition littéraire kurmanji elle-même. Depuis le onzième siècle, tout poète kurde écrivant en kurmanji s’est appuyé, consciemment ou non, sur les fondements qu’il posa. L’invocation de son nom dans Mem û Zin, peut-être l’œuvre classique kurde la plus célèbre, confirme que les poètes le reconnaissaient comme leur ancêtre littéraire.

Dans la conscience culturelle kurde, il prouve que cette tradition littéraire possède des racines anciennes dans les voix des montagnes. Des figures comme Hariri choisirent d’écrire dans leur propre langue alors qu’elles auraient pu employer l’arabe ou le persan. Son courage d’écrire en kurmanji reste son don durable à la culture kurde.


Liens avec l’histoire kurde

Ibn al-Azraq al-Fariqi : historien kurde, époque contemporaine de la sienne

Ibn al-Salah : savant kurde de Shahrazur, 12e-13e siècle

Mela Huseynê Bateyî : poète kurde kurmanji du 15e siècle

Husam al-Din Chalabi : soufi kurde du 13e siècle


Questions fréquentes

Qui était Ali Hariri ?

Ali Hariri (vers 1009-1079) fut le premier poète connu à écrire en kurmanji. Né à Harir, dans la région de Hakkari au Kurdistan septentrional, il composa sur l’amour, la spiritualité soufie et la beauté du Kurdistan, posant les fondements de la tradition littéraire kurmanji.

Pour quoi Ali Hariri est-il surtout connu ?

Pour avoir été le premier poète kurde à composer un diwan en kurmanji, faisant de lui le pionnier de sa littérature classique. Au 17e siècle, Ehmed Khani le nomma comme prédécesseur spirituel.

Ali Hariri était-il kurde ?

Oui. Né dans le district de Hakkari, au Bohtan dans le Kurdistan septentrional, il écrivit exclusivement en kurmanji. Ce choix délibéré affirmait la valeur littéraire de la langue kurde. Il est célébré comme l’une des voix fondatrices de cette culture.

Dans quelle langue écrivait-il ?

Ali Hariri écrivait en kurde kurmanji. Il fut le premier poète connu à y composer un ensemble suivi, un diwan. Préférer le kurmanji à l’arabe ou au persan constituait une affirmation culturelle importante.

Pourquoi ses dates sont-elles incertaines ?

La documentation sur les premiers écrivains kurdes est fragmentaire et les savants médiévaux ne consignaient pas toujours de dates précises. Mahmud Bayazidi, longtemps seule source pour plusieurs poètes anciens, est jugé peu fiable en matière de datation. Certains chercheurs placent Hariri au 11e siècle, d’autres plus tard, bien que la datation au 11e siècle soit généralement privilégiée.


Références et lectures complémentaires

Contributeurs de Wikipédia. « Ali Hariri ». Wikipédia, l’encyclopédie libre. Consulté en 2025.

Kurdshop.net. « Ali Hariri, premier poète en dialecte kurmanji ». Consulté en 2025.

Kurdistan Globe. « Ali Hariri : le poète historien de la littérature kurde ». Consulté en 2025.

Contributeurs de Wikipédia. « Littérature kurde ». Wikipédia, l’encyclopédie libre. Consulté en 2025.