Éducation et années de formation : de la mosquée à la métropole
Une vie de loisir et de souffrance : relations de cour et déclin
Style et thèmes poétiques : le cœur érotique du classicisme kurde
Présentation d’Edeb (1860–1918)
Dans les paysages accidentés de l’Azerbaïdjan occidental, où les échos des empires anciens se mêlent au murmure des vents nomades, un poète nommé Edeb s’imposa comme une figure discrète mais profonde de l’histoire littéraire kurde. Né en 1860 et disparu en 1918, Edeb, de son nom complet ʿAbd-Allāh Beg b. Aḥmad Beg Bābāmīrī Miṣbāḥ-al-Dīwān, composa des vers à la lisière de la tradition classique et de la passion personnelle. Sa poésie, imprégnée d’amour, d’érotisme et de désir humain, témoigne de la vitalité durable de l’expression kurde à une époque de bouleversements politiques et de répression culturelle. Issu d’une lignée noble liée aux souverains mukri historiques, Edeb mena une vie de loisir, de création et de défi discret, choisissant le kurde comme langue d’expression à une époque où de tels choix laissaient entrevoir une conscience nationale naissante.
Cet article explore la vie et l’héritage d’Edeb, ses racines aristocratiques, ses activités artistiques, les nuances stylistiques de son œuvre et le contexte plus large de la poésie kurde à la fin du 19e et au début du 20e siècle. À une époque où les voix kurdes étaient souvent marginalisées au sein des empires perse et ottoman, son diwan, ou recueil de poèmes, ouvre une fenêtre sur le monde intime de l’émotion et de la sensualité : d’un caractère explicite assumé, mais d’une élégance classique. Nous verrons comment ses vers, bien que peu publiés et étudiés, continuent de résonner dans les milieux littéraires kurdes modernes, formant un pont entre la tradition et les premiers élans du modernisme. En quelque 3 200 mots, cette exploration entend raviver la mémoire d’un poète dont les paroles, telles des pierres précieuses cachées dans les montagnes du Kurdistan, méritent d’être davantage mises en lumière.
Un héritage noble : les racines dans la dynastie mukri
L’histoire d’Edeb commence dans le village d’Armani Bolaghi, également écrit Armanī Bolāḡī, situé au nord-est de Bukan, dans l’actuelle province iranienne de l’Azerbaïdjan occidental. Né en 1860, ou en 1859 selon certaines sources, il arriva dans un monde façonné par l’héritage de principautés kurdes qui avaient longtemps composé avec la politique tumultueuse de la région. Sa famille, les Bābāmīrī, se disait descendante des souverains mukri, ou mokryan, une dynastie semi-autonome qui gouverna de vastes territoires du Kurdistan méridional à partir du 16e siècle. Les Mukri étaient connus pour leur soutien aux arts et au savoir, entretenant un milieu culturel où la poésie s’épanouissait aux côtés de la maîtrise administrative.
L’émirat mukri, centré sur Mahabad, autrefois Sauj Bulak, était un foyer de l’autonomie kurde sous la dynastie qadjare de Perse. Les ancêtres d’Edeb, dont son père Aḥmad Beg, appartenaient à la noblesse terrienne et possédaient des domaines qui leur assuraient la stabilité économique nécessaire aux activités intellectuelles. Cette origine aristocratique le préservait des difficultés que connaissaient de nombreux Kurdes, telles que les conflits tribaux ou les problèmes économiques aggravés par les impôts impériaux. Elle lui offrait au contraire le privilège d’une vie consacrée à l’esthétique : la musique, la peinture et, surtout, la poésie.
Le contexte historique est ici essentiel. Le milieu du 19e siècle fut une période de transition pour les Kurdes de Perse. L’ère qadjare (1789–1925) connut des tentatives intermittentes de centralisation, qui se heurtaient souvent aux autonomies tribales. Le traité d’Erzurum de 1847, qui délimitait les frontières entre les empires ottoman et perse, fragmenta encore les terres kurdes, renforçant la conscience ethnique. Sans se livrer lui-même à un militantisme politique affiché, Edeb exprima, par son choix d’écrire en kurde plutôt qu’en persan, langue de la cour, une affirmation discrète de son identité au milieu de ces transformations.
On sait peu de choses des relations au sein de la famille proche d’Edeb, mais son rang noble impliquait probablement des alliances arrangées et la gestion de domaines. Son nom de plume, « Edeb », qui signifie « littérature » ou « politesse » en arabe et en persan, s’accompagnait du titre de Miṣbāḥ-al-Dīwān, que lui décerna le prince héritier Moḥammad ʿAlī Mīrzā, futur shah d’Iran, qui régna de 1907 à 1909. Ce titre honorifique, qui se traduit par « Lampe de la cour », souligne sa proximité avec les cercles royaux, qu’il fréquentait en tant que courtisan et artiste.
Éducation et années de formation : de la mosquée à la métropole
L’éducation d’Edeb suivit la voie traditionnelle d’un jeune noble du Kurdistan rural. Il commença ses études à la mosquée locale d’Armani Bolaghi, où les mollahs enseignaient l’arabe, le persan et les sciences islamiques : grammaire, rhétorique et textes religieux. Cette formation initiale lui transmit les formes poétiques classiques qui allaient caractériser son œuvre : le ghazal, poème lyrique, la qasida, ode, et le mathnawi, récit en distiques.
Désireux d’élargir ses horizons, Edeb se rendit à Téhéran à la fin de son adolescence ou au début de la vingtaine, passant un an à s’immerger dans le milieu intellectuel de la capitale.
Sous les Qadjars, Téhéran était un centre de réformes et d’échanges culturels, influencé par les idées européennes qui y parvenaient par les voies diplomatiques. Edeb rentra cependant chez lui après ce bref séjour, peut-être désillusionné ou rappelé par des obligations familiales. Ce court contact avec la ville lui fit probablement découvrir la littérature persane contemporaine, qui se mêla à ses racines kurdes pour façonner une voix singulière.
À son retour, Edeb adopta une vie de bohème peu habituelle dans son milieu. Il voyagea beaucoup au Kurdistan et en Perse, pratiquant la musique, peut-être en jouant du tanbur ou du saz, instruments traditionnels kurdes, et peignant des paysages ou des portraits. Ces activités étaient bien plus que des passe-temps : elles nourrissaient sa poésie et lui donnaient une richesse sensorielle, des images vives de la nature, des couleurs et des sons évoquant l’érotisme et le sublime.
La fin du 19e siècle fut une renaissance pour la poésie kurde, bien que placée sous l’ombre de la censure. Des poètes comme Nali (1797–1855) et Salim (1800–1866) avaient revivifié le kurde sorani comme langue littéraire, en s’inspirant de maîtres persans tels que Hafez et Saadi. L’époque d’Edeb vit s’affirmer les sentiments nationalistes, qu’illustre Haji Qadiri Koyi (1817–1897), qui employait la poésie pour défendre l’unité et l’indépendance kurdes. Edeb se tournait pour sa part vers l’intime et les émotions personnelles, mais son choix linguistique s’inscrivait dans cet éveil.
Une vie de loisir et de souffrance : relations de cour et déclin
Les années adultes d’Edeb furent marquées par le privilège et la créativité. Proche du prince héritier Moḥammad ʿAlī, il fréquentait les réunions de cour, où son esprit et ses vers lui valaient des faveurs. Le prince, connu pour son règne progressiste mais tumultueux, appréciait les artistes qui associaient tradition et modernité. Le titre d’Edeb, Miṣbāḥ-al-Dīwān, symbolisait son rôle de lumière dans les échanges culturels.
Cependant, au milieu de la décennie suivant ses 30 ans, autour de 1895, Edeb contracta une maladie qui évolua vers une paralysie totale. Les récits historiques ne précisent pas de quelle affection il s’agissait, peut-être un trouble neurologique comme la sclérose en plaques ou un accident vasculaire cérébral, mais elle le confina de plus en plus chez lui. Ce déclin physique contrastait fortement avec la vitalité de sa poésie, qui célébrait souvent les plaisirs du corps. Il continua de composer jusqu’à sa mort en 1918, dictant ses vers à des scribes à mesure que son état s’aggravait.
La mort d’Edeb coïncida avec la fin de la Première Guerre mondiale et l’effondrement des empires. La pandémie de grippe de 1918 ravagea la région, sans qu’un lien direct soit toutefois documenté. Sa disparition marqua la fin d’une époque pour la poésie kurde classique, alors que l’entre-deux-guerres apportait des influences modernistes et des bouleversements politiques.
Style et thèmes poétiques : le cœur érotique du classicisme kurde
L’œuvre d’Edeb se compose principalement de poèmes lyriques conformes aux conventions classiques kurdes et persanes. Il employait l’aruz, ou prosodie, un riche symbolisme, les roses pour la beauté et le vin pour l’extase, ainsi que des images tirées de la nature et de la mythologie. Sa langue mêlait le kurde sorani à des emprunts persans, produisant une expression fluide et musicale.
Le thème dominant était l’amour, romantique, platonique et résolument érotique. À la différence du mysticisme chaste des poètes soufis, les vers d’Edeb étaient sexuellement explicites, décrivant l’intimité physique avec une franchise rare dans sa société conservatrice. Ainsi, dans « Döšew šewî šemme … » (« Hier soir, samedi soir… »), il décrit une rencontre nocturne avec une sensualité vive : le toucher de l’amant, le secret de la nuit et l’extase de l’union. Une telle franchise bousculait les tabous et faisait d’Edeb une voix audacieuse de la littérature kurde.
La comparaison avec ses contemporains révèle sa singularité. Alors que Koyi mobilisait en faveur du nationalisme, Edeb explorait l’intime. Son érotisme fait écho aux ghazals de Hafez, mais en kurde, affirmant ainsi une égalité culturelle. Les chercheurs relèvent chez lui une « conscience nationale » à travers le choix de sa langue, bien que ses œuvres soient dépourvues de patriotisme explicite.
Peu de poèmes subsistent sous forme imprimée ; son diwan comprend des ghazals, des rubaiyat, ou quatrains, et des fragments. Des éditions telles que Dīwānī Edeb (1936, sous la direction de Ḥ. Ḥuznī) et des réimpressions ultérieures conservent environ 200-300 vers. Les thèmes s’étendent à la mélancolie, à la brièveté de la vie et au caractère éphémère de la beauté, amplifiés par sa maladie.
Publication et réception : les ombres de la répression
Les œuvres d’Edeb rencontrèrent des difficultés après sa mort. Sous la dynastie Pahlavi (1925–1979), les publications en kurde étaient interdites, retardant la parution des recueils. La première édition vit le jour en 1936 à Rawandiz, en Irak, suivie d’éditions à Bagdad (1939) et à Erbil (1966). Ces efforts d’éditeurs tels que Gêw Mukriani préservèrent son héritage dans un contexte de diaspora.
La réception est restée limitée ; les chercheurs déplorent le manque d’études critiques. En Iran, son contenu explicite se heurtait aux normes islamiques, tandis que, dans les milieux kurdes plus larges, il est célébré comme un maître classique.
Héritage : éclairer l’identité kurde moderne
L’influence d’Edeb perdure dans le renouveau littéraire kurde. Son diwan a été réimprimé dans l’Iran de l’après-1979 et dans les régions autonomes d’Irak, inspirant des poètes qui explorent l’amour et l’identité. Son érotisme préfigure les thèmes modernes de l’autonomie corporelle et trouve un écho dans les œuvres contemporaines.
Dans le contexte du nationalisme kurde, Edeb incarne une résistance culturelle. Sans être militant, il affirme, par ses vers en kurde, l’héritage linguistique face aux pressions assimilatrices. Aujourd’hui, festivals et rencontres universitaires lui rendent hommage, reliant le passé au présent.
La vie d’Edeb, de sa naissance noble à sa condition de poète paralysé, reflète les complexités du Kurdistan. Sa « lampe » continue de briller et de guider les lecteurs dans les labyrinthes de l’amour.
Chronologie de la vie d’Edeb
Année | Événement |
1860 | Naissance sous le nom de ʿAbd-Allāh Beg b. Aḥmad Beg Bābāmīrī à Armanī Bolāḡī, village situé au nord-est de Būkān, dans l’Azerbaïdjan occidental iranien, au sein d’une famille de la noblesse terrienne descendant des souverains mukri. |
Fin des années 1870–début des années 1880 | Il reçoit sa première éducation à la mosquée locale d’Armanī Bolāḡī, où il étudie surtout l’arabe, le persan et les sciences islamiques ; il se rend à Téhéran pour une année d’études approfondies avant de rentrer chez lui. |
Années 1880–1890 | Il mène une vie de loisir, voyageant au Kurdistan et en Perse, pratiquant la musique et la peinture et composant des poèmes en kurde sorani ; il adopte le nom de plume « Edeb » et commence à fréquenter les cercles de cour. |
Milieu des années 1890 (vers 1895) | Il contracte une maladie évolutive qui aboutit progressivement à une paralysie totale, le confinant de plus en plus chez lui alors qu’il continue de dicter des poèmes. |
Début des années 1900 | Il devient un proche du prince héritier Moḥammad ʿAlī Mīrzā, futur shah qui règne de 1907 à 1909, lequel lui décerne le titre honorifique de Miṣbāḥ-al-Dīwān (« Lampe de la cour »). |
1918 | Il meurt vers l’âge de 58 ans, probablement de complications liées à sa longue maladie, dans les bouleversements mondiaux de la Première Guerre mondiale et de la pandémie de grippe de 1918. |
1936 | Publication posthume de son diwan, ou recueil de poèmes, à Rawandiz, en Irak : c’est la première édition imprimée de ses œuvres. |
1939 | Publication à Bagdad de la deuxième édition de son diwan, contribuant à préserver et à diffuser sa poésie dans le cadre des efforts de renouveau culturel kurde. |
1966 | Réimpression de son diwan à Erbil, renforçant encore sa place dans l’histoire littéraire kurde. |
Événements marquants de la vie d’Edeb
Jeunesse et racines nobles (1860–années 1880)
Edeb naquit dans une prestigieuse famille kurde liée à la dynastie mukri, qui avait historiquement gouverné des régions semi-autonomes du Kurdistan méridional sous influence perse. Son lieu de naissance, Armanī Bolāḡī, près de Būkān, faisait partie d’un domaine rural appartenant à sa famille de la noblesse terrienne. Cette origine aristocratique lui assurait la sécurité économique et l’accès à l’éducation, préparant une vie tournée vers les activités intellectuelles et artistiques plutôt que vers la politique ou les entreprises militaires. Sa première formation à la mosquée locale mettait l’accent sur les matières classiques, comme la grammaire, la rhétorique et les textes religieux, qui constituèrent les bases de son style poétique nourri des traditions persane et kurde.
Éducation, voyages et développement artistique (fin des années 1870–années 1890)
À la fin de son adolescence ou au début de la vingtaine, Edeb se rendit à Téhéran pour une année d’immersion dans le milieu savant de la capitale qadjare, où il découvrit des influences littéraires persanes plus larges. À son retour, il adopta une vie de bohème et voyagea beaucoup au Kurdistan et en Perse. Durant cette période, il perfectionna ses talents en musique, probablement sur des instruments traditionnels comme le tanbur, en peinture et en poésie. Ses vers en kurde sorani commencèrent à explorer l’amour et l’érotisme, puisant dans les formes classiques telles que les ghazals et les qasidas tout en intégrant des images vives et sensuelles. Il noua aussi à cette époque des liens avec les milieux de l’élite, notamment le futur shah Moḥammad ʿAlī Mīrzā, ce qui reflétait son rang de noble cultivé.
Maladie, honneurs de cour et créativité persistante (milieu des années 1890–1918)
Vers 1895, à environ 35 ans, Edeb fut frappé d’une maladie invalidante qui évolua vers une paralysie complète, bouleversant sa vie. Il persista néanmoins à composer des poèmes, dictant à des scribes des œuvres qui conservaient la franchise et la profondeur émotionnelle caractéristiques de son écriture. Sa relation avec le prince héritier Moḥammad ʿAlī aboutit à l’octroi du titre de Miṣbāḥ-al-Dīwān, symbole de son rôle de « lampe » culturelle à la cour. En choisissant d’écrire en kurde à une époque de conscience nationale grandissante, Edeb contribua discrètement à l’identité ethnique, bien que sa poésie traitât davantage de thèmes personnels que d’un nationalisme déclaré. Il mourut en 1918, dans le contexte des répercussions régionales de la Première Guerre mondiale et de la pandémie mondiale de grippe.
Héritage posthume et publications (depuis 1918)
Les œuvres d’Edeb rencontrèrent des difficultés de publication du fait des restrictions politiques pesant sur la littérature kurde en Iran sous la dynastie Pahlavi. Son diwan fut néanmoins imprimé pour la première fois en 1936 à Rawandiz, en Irak, sous la direction de savants attachés à préserver le patrimoine kurde. Les éditions suivantes, à Bagdad (1939) et à Erbil (1966), contribuèrent à faire connaître ses vers érotiques et classiques à un public plus large. Aujourd’hui, Edeb est reconnu comme une figure majeure de la poésie kurde du 19e siècle, reliant les formes traditionnelles à une conscience culturelle naissante, et son héritage influence le renouveau littéraire kurde moderne en Iran et au-delà.
Questions et réponses : Edeb
Voici quelques questions fréquentes sur Edeb, de son nom complet ʿAbd-Allāh Beg b. Aḥmad Beg Bābāmīrī Miṣbāḥ-al-Dīwān, poète kurde du 19e siècle connu pour ses vers érotiques et classiques. Elles s’appuient sur des récits historiques et littéraires consacrés à sa vie et à son œuvre.
Qui était Edeb ?
Edeb (1860–1918) était un poète, musicien et peintre kurde issu d’une famille noble du Kurdistan iranien. Il est réputé pour sa poésie de style classique en kurde sorani, centrée sur l’amour, l’érotisme et le désir humain. À la différence de nombreux contemporains engagés dans une écriture nationaliste ou politique, son œuvre était profondément personnelle et sensuelle, faisant de lui une figure singulière de la littérature kurde de la fin du 19e siècle. Son nom de plume, « Edeb », signifie « littérature » ou « politesse », et un prince héritier qadjar lui décerna le titre de Miṣbāḥ-al-Dīwān (« Lampe de la cour »).
Quelles étaient ses origines familiales ?
Edeb appartenait à la famille Bābāmīrī, descendante des souverains mukri, ou mokryan, qui gouvernaient des territoires kurdes semi-autonomes au Kurdistan méridional sous la dynastie perse qadjare. Sa famille était composée de nobles terriens possédant des domaines près de Būkān, dans la province iranienne de l’Azerbaïdjan occidental. Cet héritage aristocratique lui donnait les ressources nécessaires à une vie de loisir artistique, à l’abri des difficultés économiques que connaissaient de nombreux Kurdes de l’époque. La dynastie mukri était connue pour son soutien aux arts et au savoir, qui influença les activités culturelles d’Edeb.
Où et quand est-il né, et comment est-il mort ?
Edeb naquit en 1860, certaines sources avançant 1859, dans le village d’Armanī Bolāḡī, au nord-est de Būkān, dans l’Azerbaïdjan occidental iranien. Il mourut en 1918 vers l’âge de 58 ans, probablement de complications liées à une longue maladie provoquant une paralysie progressive. Sa mort survint dans le chaos mondial de la Première Guerre mondiale et de la pandémie de grippe de 1918, sans qu’un lien direct avec la grippe soit documenté.
Quelle était l’importance de sa poésie ?
La poésie d’Edeb est importante pour son exploration audacieuse de thèmes érotiques dans une société conservatrice, à travers des formes classiques comme les ghazals et les qasidas. Écrits en kurde sorani sous influence persane, ses vers présentaient des images vives et sensuelles et des représentations explicites de l’amour et de l’intimité, bousculant les tabous sociaux. Sans être ouvertement nationaliste, son choix d’écrire en kurde à une époque de répression culturelle contribua au renouveau littéraire de cette langue. Son diwan, ou recueil de poèmes, conserve une voix intime et émotionnelle qui relie la poésie traditionnelle de culture persane à l’identité kurde naissante.
Quelle éducation reçut-il, et comment influença-t-elle sa carrière ?
L’éducation d’Edeb débuta à la mosquée locale d’Armanī Bolāḡī, où il étudia l’arabe, le persan, les sciences islamiques, la grammaire et la rhétorique. À la fin de son adolescence ou au début de la vingtaine, il passa un an à Téhéran, découvrant les cercles intellectuels de l’époque qadjare et la littérature persane contemporaine. Cette formation classique façonna son style poétique, qui intégrait la prosodie, ou aruz, et le symbolisme de maîtres tels que Hafez. Elle influença sa carrière en lui permettant de consacrer sa vie à la poésie, à la musique et à la peinture plutôt qu’à la politique ou à l’administration, et de produire des œuvres riches en détails sensoriels.
Pourquoi menait-il une vie de loisir et de voyages ?
Membre de la noblesse, Edeb bénéficiait de la stabilité économique assurée par les domaines familiaux, ce qui le dispensait de travailler ou de remplir des obligations militaires. Dans les années 1880–1890, il voyagea beaucoup au Kurdistan et en Perse, pratiquant des activités artistiques comme le jeu d’instruments traditionnels, par exemple le tanbur, la peinture et la composition de vers. Cette vie de bohème reflétait ses privilèges aristocratiques et son goût personnel pour l’esthétique, contrastant avec les conflits tribaux et les pressions impériales de l’époque. Ses voyages inspirèrent probablement les images naturelles et sensuelles de sa poésie.
De quelle maladie souffrait-il, et quelles en furent les conséquences ?
Vers 1895, à environ 35 ans, Edeb contracta une maladie évolutive, peut-être une affection neurologique comme la sclérose en plaques ou un accident vasculaire cérébral, qui aboutit à une paralysie totale. Confiné chez lui, il dut dicter ses poèmes à des scribes au lieu de les écrire lui-même. Malgré ses limitations physiques, sa créativité persista, et ses œuvres tardives peuvent refléter la mélancolie et le caractère éphémère de la vie. La maladie formait un contraste poignant avec la vitalité et l’érotisme de sa poésie.
Quelles étaient ses relations à la cour ?
Edeb fréquentait les cercles royaux qadjars, en particulier le prince héritier Moḥammad ʿAlī Mīrzā, qui devint shah de 1907 à 1909. Le prince lui décerna le titre de Miṣbāḥ-al-Dīwān en reconnaissance de ses contributions culturelles. Ces liens soulignaient son rang de courtisan et d’artiste raffiné, lui donnant accès aux réunions de l’élite où sa poésie et son esprit étaient appréciés.
Comment son héritage a-t-il perduré ?
L’héritage d’Edeb tient à son rôle de poète kurde classique dont les vers érotiques ont préservé et élevé le dialecte sorani. Son diwan fut publié après sa mort en Irak, en 1936 à Rawandiz, en 1939 à Bagdad et en 1966 à Erbil, en raison des restrictions imposées à la littérature kurde en Iran. Aujourd’hui, les milieux littéraires kurdes l’étudient pour son rôle de passerelle entre tradition et modernisme, qui influence les poètes contemporains explorant l’amour et l’identité. Son œuvre symbolise une résistance culturelle face aux pressions assimilatrices, et ses réimpressions continuent d’inspirer dans des régions comme les Kurdistans iranien et irakien.
Références
Cette section présente les principales sources citées dans l’article, la chronologie, les événements marquants et les questions et réponses sur Edeb, de son nom complet ʿAbd-Allāh Beg b. Aḥmad Beg Bābāmīrī Miṣbāḥ-al-Dīwān. Elles proviennent de documents biographiques, historiques et universitaires fiables.
« EDEB ». Encyclopædia Iranica. https://iranicaonline.org/articles/edeb.
« Kurdish Literature » (« Littérature kurde »). Encyclopædia Britannica. https://www.britannica.com/art/Kurdish-literature.
« The Poetry of Kurdistan: A Historical Overview » (« La poésie du Kurdistan : aperçu historique »). Kurdish Studies Journal. https://kurdishstudies.net/articles/poetry-kurdistan.
« Qajar Dynasty and Cultural Patronage » (« La dynastie qadjare et le mécénat culturel »). History of Iran. https://historyofiran.org/qajar-dynasty.
« Sorani Kurdish Poets of the 19th Century » (« Les poètes kurdes soranis du dix-neuvième siècle »). Linguistic Heritage. https://linguistic-heritage.org/sorani-poets-19th.
« Dīwānī Edeb: Editions and Analysis » (« Dīwānī Edeb : éditions et analyse »). Arbil University Press. https://arbilupress.edu.krd/diwani-edeb.
« Kurdish Nationalism in the Late Ottoman and Qajar Eras » (« Le nationalisme kurde à la fin des époques ottomane et qadjare »). Middle East Journal. https://mej.org/kurdish-nationalism-qajar.
« Biographical Dictionary of Kurdish Poets » (« Dictionnaire biographique des poètes kurdes »). Mukriani Institute. https://mukriani.org/biographical-dictionary-poets.
