Abu ʿAbdullah al-Husayn ibn Dustak al-Harbukhti, également connu sous les noms d’Abu Shudjaʿ ou simplement de Baḍ, est une figure majeure de l’histoire kurde. Son commandement et ses réalisations militaires ont posé les fondements de l’émirat marwanide, importante dynastie kurde qui a façonné le paysage politique de la région à la fin du 10e siècle. Malgré sa réputation redoutable et son influence durable, de nombreux détails de sa vie restent peu connus, faisant de son histoire un sujet à la fois intrigant et essentiel à la compréhension du patrimoine kurde.

Vue à hauteur des yeux du pont de Malabadi à Silvan, dans la province de Diyarbakır, symbolisant l’héritage de Baḍ

Jeunesse et origines

Baḍ est très probablement né près de Hizan, dans une région située aujourd’hui en Turquie. Il appartenait à la branche hamîdî, hevidi, de la tribu çêharbuxtî, çar botan, fédération tribale kurde. Cette fédération était centrée sur les villes de Sêrt et de Bedlîs et dépendait comme vassale de la dynastie hamdanide. Baḍ a hérité des domaines de son père, ce qui lui a donné le contrôle d’une importante fédération tribale kurde.

Ses liens familiaux étaient notables. Il avait une sœur nommée Fehm et un frère, Abu ’l-Fawaris Hasan, mort dans un combat contre la dynastie bouyide vers 987-988 apr. J.-C. Ses liens tribaux sont encore présents dans les mémoires : la tribu badkan du Kurdistan du Nord fait remonter ses origines à lui. Cette tribu continue de vivre dans les provinces de Muş, de Silvan et de Diyarbakır, en Turquie.

Apparence et personnalité

Les sources historiques décrivent Baḍ comme physiquement imposant, mais peu séduisant selon les critères habituels. On le disait immense et laid, une description qui contraste avec sa présence puissante et ses aptitudes à diriger. Ce portrait physique peu flatteur souligne que son influence provenait de sa force et de son esprit stratégique plutôt que de son charme ou de son apparence.

Campagnes militaires et expansion

L’ascension de Baḍ est étroitement liée à la rébellion de Bardas Skleros, général byzantin qui cherchait à contester l’autorité de l’empire. Pendant cette rébellion, Skleros a demandé son soutien à Baḍ. Celui-ci a répondu en dirigeant une importante force qui a attaqué la région du Taron et pillé la ville de Muş. Cette opération a démontré sa capacité à mobiliser et à commander une troupe nombreuse.

En 978 ou 979, Baḍ a pris Malazgirt, ville qui avait subi des destructions byzantines une décennie plus tôt. Ses conquêtes ne se sont pas arrêtées là. Il s’est ensuite emparé d’Erciş, d’Ahlat et de Bargiri, étendant son influence dans la région.

En 984, Baḍ avait pris Mayyafaraqin et toute la région de Diyarbakır. Ces victoires ont été cruciales dans l’établissement de l’émirat marwanide, qui allait devenir un puissant État kurde. Ses succès militaires ont non seulement agrandi les territoires kurdes, mais aussi renforcé l’ autonomie kurde pendant une période d’instabilité régionale.

L’émirat marwanide et le rôle de Baḍ

Baḍ est reconnu comme l’un des fondateurs les plus importants de l’émirat marwanide, principalement par la lignée maternelle. L’émirat a joué un rôle essentiel dans l’histoire kurde, servant de centre politique et culturel. Le commandement de Baḍ a contribué à unifier diverses tribus kurdes sous une même bannière, favorisant un sentiment d’identité et un objectif commun.

Les Marwanides ont gouverné certaines parties de l’actuel sud-est de la Turquie et du nord de l’Irak, avec Diyarbakır comme ville centrale. Leur règne est associé à la promotion de la culture, de la langue et du pouvoir politique kurdes. L’héritage de Baḍ est profondément lié à cette période de construction étatique kurde.

Héritage culturel et historique

L’influence de Baḍ dépasse les conquêtes militaires et les réalisations politiques. Plusieurs monuments et noms tribaux reflètent son empreinte durable :

  • Le pont de Malabadi: situé à Silvan, dans la province de Diyarbakır, ce pont historique porte le nom de Baḍ. « Malabadi » signifie « maison de Baḍ » en kurde, symbolisant sa présence durable dans la région.

  • La rivière Batman: cette rivière, qui a donné son nom à la ville moderne de Batman, fait elle aussi remonter son nom à Baḍ, soulignant son empreinte géographique et culturelle.

  • La tribu badkan: cette tribu honore Baḍ sous le nom de « Kalê Şêx Bad », ou « Grand-père cheikh Badh », entretenant sa mémoire au fil des générations.


Ces exemples montrent comment l’héritage de Baḍ s’inscrit dans la trame de l’identité et de la géographie kurdes.

Mort et importance historique

Baḍ est mort en 991, mais les circonstances de sa mort sont peu documentées. Son influence ne s’est pourtant pas effacée. L’émirat qu’il a contribué à établir a continué de prospérer pendant plusieurs décennies, façonnant l’histoire et la politique kurdes.

Son commandement pendant une époque agitée a contribué à préserver l’autonomie kurde face à de plus grands empires comme ceux des Byzantins et des Bouyides. Sa capacité à unir les tribus et à mener des campagnes militaires victorieuses a posé les bases pour les futurs souverains kurdes.

Pourquoi Baḍ compte aujourd’hui

Comprendre la vie et l’héritage de Baḍ éclaire l’histoire et l’identité kurdes. Son histoire illustre la résilience et la force des tribus kurdes face aux pressions extérieures. Pour les Kurdes d’aujourd’hui, Baḍ représente un symbole d’unité, de commandement et de fierté culturelle.

Son héritage rappelle également la complexité de l’histoire du Moyen-Orient, où différents peuples et empires interagissent depuis des siècles. Son rôle dans la fondation de l’émirat marwanide souligne l’importance des dirigeants régionaux dans une histoire qui ne se limite pas aux empires les plus connus.