Introduction
Afrin, en kurde Efrîn, est une ville et un district kurdes de l’extrême nord-ouest de la Syrie, dans la région que les Kurdes appellent Rojava, le Kurdistan occidental. Au milieu de collines couvertes d’oliviers, sur la rivière Afrin, près de la frontière turque, elle fut pendant des générations l’une des parties les plus nettement kurdes de Syrie, et l’une des plus paisibles.
Pendant la guerre de Syrie, Afrin devint d’abord un refuge et un centre d’autonomie kurde, puis, après une opération militaire menée par la Turquie en 2018, un lieu d’occupation, de déplacements massifs et de changements démographiques contestés. Cet article présente le cadre de la ville, sa population, son patrimoine antique et la rupture de 2018.
Points essentiels
• Afrin, en kurde Efrîn, est une ville et un district à majorité kurde du nord-ouest de la Syrie, dans la région appelée Rojava.
• Sa population est très majoritairement composée de Kurdes kurmandjiphones, avec une importante minorité yézidie et une célèbre tradition oléicole.
• Elle fut l’un des trois cantons fondateurs de l’administration autonome kurde de Syrie proclamée en 2014.
• Début 2018, une opération militaire menée par la Turquie s’empara d’Afrin, déplaçant bien plus de 100 000 habitants, majoritairement kurdes.
• La région d’Afrin abrite d’importants sites antiques, dont le temple de l’âge du fer d’Aïn Dara, endommagé pendant les combats de 2018.
Repères
Nom kurde : Efrîn
Pays / région : Syrie (Rojava / Kurdistan occidental)
Gouvernorat : Alep
Cours d’eau : Rivière Afrin
Population : Majorité kurde (kurmandji) ; minorité yézidie
Renommée : Oliveraies et huile d’olive
Autonomie : L’un des cantons fondateurs du Rojava (2014)
Tournant : Prise lors d’une opération menée par la Turquie en 2018
Sites antiques : Temple d’Aïn Dara ; Cyrrhus (Nebi Huri)
Sommaire
Afrin antique : Aïn Dara et Cyrrhus
2018 : opération Rameau d’olivier et déplacements de population
Personnalités, lieux et thèmes associés
Références et lectures complémentaires
Où se trouve Afrin ?
Afrin se situe à l’extrémité nord-ouest de la Syrie, dans le gouvernorat d’Alep, sur la rivière Afrin, près de la frontière turque. Cette terre de collines ondulantes est surtout célèbre pour ses oliveraies, parmi les plus anciennes et les plus productives de Syrie, dont l’huile constitue depuis longtemps le pilier de l’économie locale.
Géographiquement, Afrin est légèrement séparée des autres régions kurdes de Syrie, qui forment une longue bande plus à l’est le long de la frontière turque, à travers Kobani et la Djézireh. Cet isolement relatif a contribué à lui donner une forte identité locale au sein du vaste monde kurde du Rojava.
Un foyer kurde au Rojava
La population d’Afrin est très majoritairement kurde et parle le dialecte kurmandji ; ses villages comptent une importante communauté yézidie. Lorsque l’État syrien se retira des régions kurdes pendant la guerre civile, Afrin devint l’un des trois cantons fondateurs, avec Kobani et la Djézireh, de l’administration autonome établie par les Kurdes dans le nord de la Syrie à partir de 2014.
Pendant plusieurs années, Afrin fut l’une des parties les plus calmes d’une Syrie ravagée par la guerre. Elle accueillit de nombreux déplacés venus d’autres régions du pays et fut gouvernée par l’administration autonome dirigée par les Kurdes. Ses récoltes d’olives, ses fêtes et ses institutions kurdes en firent un symbole de ce que le Rojava espérait devenir.
Afrin antique : Aïn Dara et Cyrrhus
La région d’Afrin possède une riche histoire antique. Son site le plus célèbre est le temple d’Aïn Dara, sanctuaire de l’âge du fer bâti par les Araméens et les Néo-Hittites il y a environ trois mille ans, réputé pour ses lions et ses sphinx colossaux en basalte et pour les empreintes de pieds géantes sculptées sur son seuil. À proximité se trouvent les ruines de Cyrrhus (Nebi Huri), ville grecque et romaine dont les ponts romains subsistants servent encore aujourd’hui.
Ces monuments inscrivent Afrin dans l’un des paysages du Proche-Orient occupés de façon continue depuis le plus longtemps. Ce patrimoine subit de graves dégâts lorsque le temple d’Aïn Dara fut touché et largement détruit pendant les combats de 2018.
2018 : opération Rameau d’olivier et déplacements de population
En janvier 2018, la Turquie et des factions armées syriennes alliées lancèrent une opération militaire contre Afrin visant les YPG kurdes, que la Turquie considérait comme une menace à sa frontière. Après environ deux mois de combats, la ville d’Afrin tomba en mars 2018.
Les conséquences pour la population kurde furent graves. Bien plus de cent mille habitants, en grande majorité kurdes, fuirent le district, beaucoup vers la région voisine de Shahba. Des observateurs internationaux et des organisations de défense des droits humains documentèrent ensuite des pillages généralisés, la saisie de maisons et d’oliveraies, ainsi que l’installation de nouvelles populations venues d’autres parties de la Syrie, entraînant un changement démographique important dans une région auparavant très majoritairement kurde.
Afrin aujourd’hui
Dans les années qui suivirent 2018, Afrin resta sous le contrôle de forces soutenues par la Turquie, tandis qu’une grande partie de sa population kurde déplacée vivait en exil à proximité, incapable de rentrer et voyant se transformer sa terre natale. Le sort d’Afrin et le droit de sa population à rentrer chez elle sont restés l’une des questions les plus douloureuses et irrésolues pour les Kurdes de Syrie, une blessure qui incarne la vulnérabilité plus large du Rojava.
Chronologie
Vers 1300–740 avant notre ère — Le temple d’Aïn Dara est construit dans la région d’Afrin.
Époque gréco-romaine — La ville de Cyrrhus (Nebi Huri) prospère à proximité.
2012 — Les forces de l’État syrien se retirent ; l’administration autonome kurde s’installe à Afrin.
2014 — Afrin est proclamé l’un des trois cantons fondateurs du Rojava.
Janvier–mars 2018 — Une opération menée par la Turquie s’empare d’Afrin ; plus de 100 000 habitants, majoritairement kurdes, sont déplacés.
2018 — L’ancien temple d’Aïn Dara est gravement endommagé pendant les combats.
Questions fréquentes
Afrin est-elle une ville kurde ?
Oui. Afrin est une ville et un district historiquement à majorité kurde du nord-ouest de la Syrie, dans la région que les Kurdes appellent Rojava, avec une population largement kurmandjiphone.
Quel est le nom kurde d’Afrin ?
En kurde, la ville s’appelle Efrîn.
Que s’est-il passé à Afrin en 2018 ?
Début 2018, une opération militaire menée par la Turquie s’empara d’Afrin, déplaçant bien plus de 100 000 habitants, majoritairement kurdes, et entraînant des pillages et un changement démographique documentés.
Pourquoi Afrin est-elle célèbre ?
Afrin est réputée pour ses vastes oliveraies et son huile d’olive, ainsi que pour des sites antiques comme le temple d’Aïn Dara et les ruines de Cyrrhus.
Personnalités, lieux et thèmes associés
Rojava (Kurdistan occidental) · Kobani · Qamishli · la Djézireh · Aïn Dara · les yézidis · oléiculture.
