Introduction

Chamchamal, en kurde Çemçemal, est une ville kurde du gouvernorat de Souleimaniye, dans la Région du Kurdistan d’Irak. Elle se situe sur la route entre Kirkouk et Souleimaniye, à la lisière des territoires disputés du nord de l’Irak. Très majoritairement kurde, avec une longue histoire et une forte identité tribale, elle souffrit durement de la campagne Anfal du régime baasiste et demeure une frontière entre les hautes terres kurdes et les plaines contestées du sud-ouest.

Voici le dernier article de notre série géographique consacrée aux villes de la région : leur situation, les autorités qui les contrôlent, leurs habitants et leur importance dans l’histoire kurde.


Repères

Nom courant : Chamchamal

Nom kurde : Çemçemal

Pays : Irak — Région du Kurdistan, gouvernorat de Souleimaniye

Population : Environ 65 000 habitants dans la ville (2018) ; environ 173 000 dans le district (2024)

Population : Très majoritairement kurde ; foyer de la tribu Hamawand

Cadre : Entre Kirkouk et Souleimaniye, à la lisière des plaines du Garmian

Statut : Sous l’autorité du GRK, près des territoires disputés

Renommée : Sa citadelle, son héritage tribal et les souffrances subies pendant l’Anfal


Sommaire

Introduction

Repères

Situation et géographie

Habitants et population

Histoire

Chamchamal et l’Anfal

Chamchamal aujourd’hui

Chronologie des principaux événements

Débats et controverses

Importance pour les Kurdes

Questions fréquentes

Références et lectures complémentaires


Situation et géographie

Chamchamal se trouve dans le gouvernorat de Souleimaniye, au sein de la Région du Kurdistan, à environ 30 minutes de route à l’est de Kirkouk et une heure à l’ouest de la ville de Souleimaniye. Elle se situe là où les contreforts du Zagros cèdent la place aux plaines plus basses et plus chaudes que les Kurdes appellent Garmian, « le lieu chaud ». Elle marque ainsi la frontière entre les montagnes kurdes et les basses terres contestées vers Kirkouk. Cette position sur la route reliant une grande ville disputée au cœur du pays kurde lui confère depuis longtemps une importance stratégique.


Habitants et population

Chamchamal comptait environ 58 000 habitants en 2003 et quelque 65 000 en 2018, tandis que la population de l’ensemble du district était estimée à environ 173 000 en 2024. La population est très majoritairement kurde, et la ville est étroitement associée aux Hamawand, tribu kurde historiquement connue pour sa résistance aux pouvoirs extérieurs. La région a aussi accueilli des déplacés lors de conflits dans d’autres parties de l’Irak, reflétant son rôle de refuge à la lisière de la région kurde.


Histoire

Chamchamal possède une longue histoire : elle abrite une citadelle historique, et les premiers observateurs supposèrent que le site était habité depuis l’époque sassanide. Le district environnant est fortement lié à la tribu Hamawand, connue pour sa résistance aux autorités ottomanes et ultérieures. Au vingtième siècle, alors que l’État baasiste redessinait les limites provinciales et poursuivait l’arabisation de la région de Kirkouk, Chamchamal fut rattachée à la province de Souleimaniye. Sa situation à la lisière de la zone contestée et riche en pétrole de Kirkouk la plaça à maintes reprises sur le chemin des campagnes de l’État irakien contre les Kurdes.


Chamchamal et l’Anfal

Comme une grande partie du Kurdistan rural, la région de Chamchamal fut dévastée pendant la campagne Anfal de la fin des années 1980, opération baasiste largement considérée comme un génocide, au cours de laquelle des villages furent détruits, des habitants déplacés de force et nombre d’entre eux tués ou portés « disparus ». La ville devint une agglomération de regroupement où le régime installa des Kurdes dont les villages avaient été rasés ; elle se trouve près de sites associés à l’ensemble de la campagne. Cette histoire de destruction et de réinstallation forcée façonne encore la communauté et sa mémoire.


Chamchamal aujourd’hui

Aujourd’hui, Chamchamal est un chef-lieu de district administré par le Gouvernement régional du Kurdistan, dans le gouvernorat de Souleimaniye, plutôt favorable à l’UPK. C’est une ville de marché et de transit sur l’axe très fréquenté Kirkouk–Souleimaniye, avec une économie fondée sur l’agriculture, le commerce et les services. Sa proximité avec les territoires disputés lie sa sécurité et sa vie politique au statut irrésolu de Kirkouk et du Garmian, où la Région du Kurdistan et le gouvernement fédéral de Bagdad se disputent l’autorité.


Chronologie des principaux événements

Antiquité — Site d’une citadelle, peut-être habité depuis l’époque sassanide.

Époque ottomane — La région est un bastion de la tribu Hamawand.

20e siècle — Les changements de limites baasistes rattachent Chamchamal à la province de Souleimaniye.

Années 1980 — La campagne Anfal dévaste les villages environnants.

2003 — La ville compte environ 58 000 habitants après la chute du régime baasiste.

2018 — La ville compte environ 65 300 habitants, très majoritairement kurdes.

2024 — La population du district est estimée à environ 173 000 habitants.


Débats et controverses

Les débats concernant Chamchamal sont liés à sa position frontalière. Elle se situe à la lisière des territoires disputés, et les questions sur le statut de Kirkouk et du Garmian voisins, contestés entre la Région du Kurdistan et Bagdad dans le cadre de l’article 140 de la constitution irakienne, touchent directement sa sécurité et son administration. Les débats se poursuivent sur l’héritage de l’arabisation et de l’Anfal, notamment la reconnaissance et l’indemnisation des victimes. Localement, la ville s’inscrit dans la vie politique de Souleimaniye, plutôt favorable à l’UPK, au sein de la division plus vaste entre PDK et UPK au Kurdistan irakien. Cet article présente ces perspectives concurrentes sans les trancher.


Importance pour les Kurdes

Pour les Kurdes, Chamchamal représente la frontière entre les hautes terres kurdes et les plaines contestées autour de Kirkouk : une ville façonnée par la résistance tribale, le traumatisme de l’Anfal et la longue lutte autour des territoires disputés. Sa citadelle et son héritage Hamawand témoignent d’une histoire profonde, tandis que sa position sur la route de Kirkouk la maintient au cœur de l’une des grandes questions irrésolues du Kurdistan irakien moderne.



Souleimaniye, chef-lieu du gouvernorat à l’est.


Halabja, autre ville du même gouvernorat marquée par les violences baasistes. Kirkouk et les territoires disputés, le Garmian et la campagne Anfal.


Questions fréquentes

Où se trouve Chamchamal ?

Chamchamal se trouve dans le gouvernorat de Souleimaniye, au sein de la Région du Kurdistan d’Irak, sur la route entre Kirkouk et Souleimaniye, à la lisière des plaines du Garmian et des territoires disputés.


Chamchamal est-elle une ville kurde ?

Oui. Chamchamal est très majoritairement kurde et étroitement liée à la tribu Hamawand. Elle fut rattachée à la province de Souleimaniye lors des changements de limites baasistes.


Qu’arriva-t-il à Chamchamal pendant l’Anfal ?

La région de Chamchamal fut dévastée pendant la campagne Anfal des années 1980, lorsque les villages environnants furent détruits et leurs habitants déplacés ou tués. La ville devint une agglomération de regroupement pour les Kurdes dont les villages avaient été rasés.


Pourquoi Chamchamal est-elle stratégiquement importante ?

Elle se situe entre Kirkouk et Souleimaniye, à la lisière des territoires disputés, ce qui en fait une frontière entre les hautes terres kurdes et les plaines contestées, riches en pétrole, autour de Kirkouk.


Références et lectures complémentaires

Chamchamal — Wikipédia

Campagne Anfal — Wikipédia

Territoires disputés du nord de l’Irak — Wikipédia