Introduction

Parmi les femmes du Shahnameh, grand Livre des Rois persan, Farangis est l’une des plus fidèles et attachantes. Princesse du Touran, fille du grand ennemi de l’Iran, Afrasiab, elle donne pourtant son cœur et sa loyauté au pur prince iranien Siyavash, devient son épouse aimée et, après son cruel assassinat, met au monde et protège l’enfant qui le vengera et deviendra l’un des plus grands rois de l’épopée.

Farangis se tient au cœur de l’un des récits les plus tragiques et déterminants de l’épopée. Tiraillée entre terre natale et mari aimé, entre son père et la justice, elle choisit la fidélité et l’amour plutôt que le sang, endurant deuil, danger et exil pour son époux assassiné et leur fils. Sa constance devant la catastrophe en fait une héroïne discrète, cœur fidèle portant l’espoir de vengeance et de renouvellement à travers les heures les plus sombres du récit.

Appartenant au patrimoine épique partagé des peuples iraniens, tradition commune aux Kurdes, Persans et autres peuples iraniques, Farangis offre l’un des portraits féminins les plus émouvants du Shahnameh. Épouse fidèle, veuve endeuillée et mère protectrice, elle relie la tragédie de Siyavash à la gloire de Kay Khosrow. La connaître, c’est découvrir le centre tendre et loyal autour duquel tourne l’un des plus grands cycles de tragédie et de rédemption de l’épopée.


Sommaire

Qui est Farangis ?

Fille d’Afrasiab

L’essentiel

Repères

Épouse de Siyavash

Le meurtre de Siyavash

La fidélité plutôt que le sang

Mère de Kay Khosrow

Le retour en Iran

Symboles et sens

Farangis et les Kurdes

Débats et idées reçues

Sujets connexes

Questions fréquentes

Références et lectures complémentaires


Qui est Farangis ?

Farangis est une princesse du Shahnameh, fille du roi touranien Afrasiab, grand ennemi de l’Iran. Elle devient l’épouse aimée du prince iranien exilé Siyavash, puis, après son meurtre, la mère de Kay Khosrow, futur grand roi de l’épopée. Touranienne de naissance, elle reste inébranlablement fidèle à son époux et à sa dynastie iranienne. Elle survit à la catastrophe de sa mort et protège leur fils jusqu’au jour où elle peut l’amener en Iran accomplir son destin.

Fille d’Afrasiab

Farangis naît princesse du Touran, fille d’Afrasiab, roi redoutable et souvent malfaisant qui est le grand adversaire de l’Iran dans toute l’épopée. Appartenant au cœur même de la puissance ennemie, elle rend sa fidélité ultérieure à l’Iran d’autant plus frappante. Cette position divisée façonne d’emblée son histoire : une fille du Touran dont le cœur se donnera à la cause iranienne.

L’arrivée au Touran du prince iranien Siyavash transforme sa vie. Chassé de son pays par les intrigues de sa belle-mère Sudabeh et la faiblesse de son père, le prince s’exile et cherche refuge au Touran, où Afrasiab le reçoit un temps avec honneur. Là, le prince pur et noble rencontre la fille du roi. De cette rencontre naissent l’amour et le mariage qui détermineront le parcours tragique et héroïque de Farangis.

L’essentiel

  • Farangis est une princesse touranienne, fille du roi Afrasiab.

  • Elle devient l’épouse aimée du prince iranien exilé Siyavash.

  • Touranienne de naissance, elle reste fidèle à son époux et à l’Iran.

  • Après le meurtre de Siyavash, elle est sauvée et donne secrètement naissance à leur fils.

  • Elle est la mère de Kay Khosrow, grand roi vengeur.

  • Elle accompagne son fils dans son périlleux retour en Iran.

Repères

  • Nom : Farangis, aussi Ferangis

  • Source : Le Shahnameh, Livre des Rois persan

  • Origine : Princesse du Touran

  • Père : Afrasiab, roi du Touran et ennemi de l’Iran

  • Époux : Siyavash, pur prince de l’Iran

  • Fils : Kay Khosrow, roi idéal et vengeur de Siyavash

  • Demeure : Siyavashgerd, ville fondée par Siyavash en exil

  • Célèbre pour : Sa fidélité, sa survie et la protection de son fils

  • Protecteur : Piran, sage conseiller touranien qui la sauve

  • Qualités : Fidélité, courage, endurance et dévouement

Épouse de Siyavash

Au Touran, le prince exilé Siyavash épouse Farangis, fille d’Afrasiab, qui devient sa compagne chérie. Il fonde sur sa terre de refuge Siyavashgerd, ville de Siyavash, où ils vivent un temps dans la paix et le bonheur, loin de la cour qui l’a lésé. Le prince pur semble enfin trouver sécurité et contentement, avec une épouse aimante et un enfant à venir.

Cette tranquillité ne dure pas. La renommée croissante de Siyavash et l’amour des Touraniens suscitent jalousie et soupçon. Le perfide Garsivaz, frère d’Afrasiab, empoisonne l’esprit du roi par de faux rapports accusant le prince de convoiter le trône touranien. La paix de Siyavashgerd est brisée et le bonheur conjugal de Farangis s’apprête à céder à la plus sombre tragédie. Elle est enceinte lorsque la tempête s’abat sur eux.

Le meurtre de Siyavash

Convaincu par les calomnies de Garsivaz et sa propre peur, Afrasiab se retourne contre son gendre. Siyavash est capturé et perfidement mis à mort, acte cruel et injuste comptant parmi les grands crimes de l’épopée. Du sang versé du prince innocent surgit, selon la tradition, une plante appelée sang de Siyavash, signe du tort commis. Le prince pur est mort, assassiné sur ordre du père de son épouse.

Pour Farangis, le meurtre est une double catastrophe : elle perd son époux aimé par la cruauté de son propre père. Pis encore, la peur du tyran se tourne contre elle et son enfant à naître. Redoutant que le fils de Siyavash ne venge un jour son père, Afrasiab ordonne de saisir Farangis enceinte et de la maltraiter pour lui faire perdre l’enfant. La fille du roi est désormais en péril mortel entre les mains paternelles ; sa vie et celle de son fils ne tiennent qu’à un fil.

La fidélité plutôt que le sang

Dans cet instant terrible, son véritable caractère se révèle : sa loyauté va à la justice et à la mémoire de Siyavash, plutôt qu’au père qui l’a assassiné. Née touranienne et fille du roi, elle donne son cœur à la maison de son époux mort et à l’Iran, refusant de soutenir la cruauté de son propre peuple. Cette fidélité au-dessus des liens du sang est l’un de ses traits les plus admirés.

Piran, sage et compatissant conseiller d’Afrasiab, la sauve de la colère paternelle, refusant qu’un tel crime soit aggravé. Il intercède, la protège de la cruauté royale et l’accueille sous sa garde, abritant la princesse veuve jusqu’à ce que l’enfant puisse naître en sécurité. À travers ce noble Touranien qui se risque à protéger les innocents, l’épopée montre que même parmi l’ennemi existent honneur et miséricorde. Farangis doit à sa protection sa survie et celle de son fils.

Mère de Kay Khosrow

Sous la protection de Piran, Farangis donne naissance au fils de Siyavash, nommé Kay Khosrow. C’est l’enfant tant redouté d’Afrasiab, porteur du sang du plus noble prince iranien et destiné à venger son père. Pour le soustraire aux soupçons du tyran, on le cache et l’élève secrètement parmi les bergers, dissimulant son identité royale, tandis que sa mère attend et veille sur sa sécurité.

Lorsque Afrasiab, inquiet, exige enfin de voir son petit-fils, Kay Khosrow, averti et conseillé, feint la simplicité d’un enfant sans intelligence. Il répond comme s’il ne comprenait rien et désarme la peur du tyran, sauvant sa vie. Durant ces années de danger et de clandestinité, Farangis garde fidèlement son fils et l’espoir qu’il représente, protégeant le futur roi dans le pays du meurtrier de son père. Son dévouement est le fil même auquel tient l’avenir de l’épopée.

Le retour en Iran

En Iran, le souvenir de Siyavash reste brûlant et le désir de retrouver son fils perdu grandit. Giv est envoyé dans une longue et périlleuse quête au Touran pour le ramener. Après des années de recherche, il trouve enfin Kay Khosrow. Quand vient le moment de fuir en Iran, Farangis accompagne son fils : elle quitte sa terre natale pour lier entièrement son sort à l’Iran et à la vengeance de son époux.

La fuite est dangereuse, les poursuivants d’Afrasiab proches, mais Farangis et Kay Khosrow atteignent enfin l’Iran avec l’aide de Giv. Le jeune prince y est accueilli, puis établi roi par son grand-père Kay Kavus, avant de mener la grande guerre de vengeance qui s’achève par la mort d’Afrasiab et la vengeance de Siyavash. Ayant enduré le meurtre de son mari, la cruauté de son père et de longues années de dangers cachés, Farangis voit son fils accéder à la gloire. Épouse et mère fidèle, elle voit enfin sa fidélité récompensée par le triomphe de l’enfant protégé.

Symboles et sens

Farangis incarne la fidélité et l’amour constant dans l’adversité la plus profonde. Née chez l’ennemi, fille d’un tyran, elle choisit amour, justice et loyauté au-dessus du sang, reste fidèle à son mari assassiné et se consacre à leur fils. Elle symbolise la victoire de la fidélité morale sur la seule parenté, le cœur attaché au juste même lorsqu’il doit s’opposer à son père et à son peuple.

Elle incarne aussi l’espoir qui résiste à la tragédie. Lien vivant entre le meurtre de Siyavash et la gloire rédemptrice de Kay Khosrow, elle porte, mère fidèle, la semence de justice et de renouvellement à travers l’heure la plus sombre. L’épopée montre ainsi que même du pire crime et du deuil le plus profond, loyauté et dévouement peuvent préserver l’espoir d’un rétablissement. Contempler Farangis, c’est contempler l’héroïsme discret et durable du cœur fidèle, qui survit à la cruauté et à la tragédie pour voir enfin justice faite.

Farangis et les Kurdes

Farangis appartient au patrimoine épique partagé des peuples iraniens, à la tradition du Shahnameh commune aux Kurdes, aux Persans et aux autres peuples iraniques. Profondément enracinés dans cet univers culturel, les Kurdes héritent de son grand cycle de récits, dont la tragédie de Siyavash et l’ascension de Kay Khosrow, où Farangis joue un rôle si dévoué. Son histoire participe à cet héritage épique partagé dans tout le monde iranien.

Il faut reconnaître que Farangis, comme les autres figures légendaires du Shahnameh, appartient à la vaste tradition iranique plutôt qu’à un récit spécifiquement kurde. Son histoire de fidélité, de souffrance et de dévouement résonne pourtant dans tout cet espace culturel, notamment chez les Kurdes, au sein de l’un des cycles les plus aimés et pleurés de l’épopée. Le patrimoine commun offre ainsi le portrait d’une fidélité et d’un dévouement maternel face à la tragédie dont la force morale et émotionnelle appartient à tous les peuples attachés au grand Livre des Rois.

Débats et idées reçues

Farangis est-elle une figure kurde ? Elle se comprend mieux dans la tradition épique iranique partagée. Le Shahnameh est le patrimoine commun des peuples iraniens ; les Kurdes en partagent les personnages avec les Persans et les autres. Princesse du Touran légendaire, Farangis est plus justement présentée comme figure de cet héritage commun, chérie dans tout l’univers culturel auquel appartiennent les Kurdes.

Farangis est-elle déloyale envers son peuple ? Il vaut mieux dire qu’elle reste fidèle à la justice et à son époux face à la cruauté paternelle. Afrasiab assassine son mari innocent Siyavash et veut détruire son enfant à naître. En protégeant leur fils et en soutenant la justice, elle manifeste une loyauté suprême envers l’amour, le droit et la mémoire du prince assassiné. L’épopée présente ce choix comme entièrement admirable, fidélité s’élevant au-dessus des seuls liens du sang.

Le récit de Farangis relève-t-il de l’histoire ? Non. Elle appartient aux cycles légendaires du Shahnameh, sans histoire documentée. Figure de son âge héroïque, elle porte une tradition riche en sens moral et émotionnel, dans le domaine de la légende plutôt que des faits. Son récit s’apprécie pour sa profonde évocation de la fidélité, du deuil, du courage et du dévouement maternel et pour sa place dans un grand cycle de tragédie et de rédemption, sans constituer un compte rendu d’événements réels.


  • Siyavash : le prince pur, époux de Farangis, assassiné au Touran

  • Kay Khosrow : son fils, le grand roi vengeur

  • Afrasiab : roi touranien, père de Farangis et meurtrier de Siyavash

  • Sudabeh : la reine dont les intrigues poussent d’abord Siyavash à l’exil

  • Kay Kavus : roi d’Iran, père de Siyavash et grand-père de Kay Khosrow

  • Rostam : le grand héros qui élève Siyavash et combat dans la guerre de vengeance

  • Le Shahnameh : le Livre des Rois épique où est racontée l’histoire de Farangis


Questions fréquentes

Qui est Farangis dans le Shahnameh ?

Princesse touranienne, fille du roi Afrasiab, elle devient l’épouse aimée du prince iranien exilé Siyavash puis, après son meurtre, la mère de Kay Khosrow. Née chez les ennemis de l’Iran, elle reste fidèle à son époux et à sa dynastie, survit à sa mort et protège leur fils jusqu’à pouvoir l’amener en Iran accomplir son destin de grand roi.

Qui sont son époux et son fils ?

Son époux est Siyavash, pur prince iranien réfugié au Touran après son départ forcé d’Iran. Leur fils Kay Khosrow devient le roi juste idéal du Shahnameh, vengeant son père par la grande guerre contre le Touran qui s’achève par la mort d’Afrasiab. Farangis relie donc la tragédie de Siyavash à la gloire de Kay Khosrow.

Que lui arrive-t-il après le meurtre de Siyavash ?

Après avoir fait tuer Siyavash par trahison, Afrasiab dirige sa peur contre Farangis enceinte et ordonne de la maltraiter pour lui faire perdre son enfant. Piran, sage conseiller touranien compatissant, la sauve, la protège et l’abrite jusqu’à ce que Kay Khosrow puisse naître en sécurité. Mère et enfant sont ensuite cachés pour échapper aux soupçons du tyran.

Pourquoi Farangis est-elle admirée ?

Pour sa fidélité et sa constance face à une terrible adversité. Fille d’un tyran, elle choisit amour et justice au-dessus du sang, reste fidèle à son époux assassiné et protège leur fils durant des années dangereuses. Sa capacité à endurer le deuil et le péril, puis sa victoire morale finale dans l’ascension de Kay Khosrow, en font l’une des femmes les plus attachantes et admirables de l’épopée.

Comment Farangis et Kay Khosrow atteignent-ils l’Iran ?

Giv est envoyé d’Iran au Touran pour retrouver le fils perdu de Siyavash. Après des années, il trouve Kay Khosrow. À l’heure de fuir, Farangis accompagne son fils. Avec l’aide de Giv, ils échappent aux poursuivants d’Afrasiab et gagnent l’Iran, où Kay Khosrow est accueilli puis devient roi ; la guerre de vengeance de Siyavash peut commencer.

Farangis est-elle fidèle au Touran ou à l’Iran ?

Touranienne de naissance, elle choisit son époux Siyavash et l’Iran, surtout après le meurtre du prince innocent par son propre père Afrasiab. L’épopée présente ce choix comme fidélité à la justice et à la mémoire du mari assassiné plutôt que trahison de son peuple. En protégeant leur fils et en liant son sort à l’Iran, elle manifeste une loyauté dépassant le sang, raison essentielle de l’admiration qu’elle suscite.


Références et lectures complémentaires

Farangis — Wikipédia

Shahnameh, excursus sur le cycle de Siyavash et Kay Khosrow — Encyclopaedia Iranica

Personnages du Shahnameh de Ferdowsi : Farangis — Iraj Bashiri

Kay Khosrow — Wikipédia

Siyavash — Wikipédia

Afrasiab — Wikipédia

Le récit de Siyavash et de Soudabeh — Bilingual Shahnameh

Le Shahnameh — Wikipédia