Hajj Nematollah Mokri Jeyhunabadi (1871–1920), aussi appelé Hadj Nemat, était un mystique et écrivain kurde yarsani de l’ouest de l’Iran. Son héritage comprend poésie religieuse, mise par écrit des traditions Ahl-e Haqq et enseignement musical, notamment à son fils Ostad Elahi.

Un facteur de tanbur en chemise vert clair parmi des caisses d’instruments en bois et des outils
Atelier de tanbur à Kerend-e Gharb, province de Kermanshah, 7 janvier 2020. Illustration de la facture contemporaine ; cet homme n’est pas Hajj Nematollah. DTH-BD-NVT ; CC BY-SA 4.0. © DTH-BD-NVT · Wikimedia Commons · CC BY-SA 4.0.

De Jeyhunabad à la retraite

Nematollah naît à Jeyhunabad, dans le district de Dinavar. Membrado documente un bref emploi administratif, puis la gestion du domaine familial. Il épouse Sakina ; Nur Ali Elahi, Malek Jan et Maryam comptent parmi leurs enfants survivants. Une expérience comprise comme un éveil spirituel au début du XXe siècle le conduit vers l’ascèse et l’enseignement religieux. Son nom poétique, Mojrem, reconnaît la faillibilité humaine. [1]

Enseignement et autorité contestée

Membrado décrit des retraites répétées et un effort pour consigner les traditions orales et corriger les incohérences qu’il percevait. Certains fidèles le soutiennent ; les autorités religieuses réagissent diversement. [1] Forqan ol-Akhbar revendique une mission du Seigneur du Temps et annonce une nouvelle lignée Saheb-Zamani. Il s’agit de ses prétentions à l’autorité spirituelle, pas d’une preuve d’adhésion de toutes les communautés yarsanies. [2]

Forqan ol-Akhbar

Achevé en 1909, cet ouvrage est en prose persane. Selon le site officiel, il aurait d’abord été composé en vers kurdes, puis traduit pour toucher davantage de lecteurs. Quatre parties présentent mission, création et manifestations divines successives, expériences intérieures et prescriptions religieuses. [2] Vision autobiographique, affirmation théologique et description rituelle ne constituent pas le même type de témoignage historique. Il faut tenir compte de ces différences à la lecture.

Shahnameh-ye Haqiqat

Le Livre des Rois de Vérité interprète prophètes, saints et autres figures par leur signification spirituelle dans les Ahl-e Haqq. C’est une lecture religieuse de l’histoire. [3] Le poème persan comprend prières, conseils et dernière partie autobiographique. Une première édition paraît en 1966 ; celle de 1984 augmente le texte. Ostad Elahi fournit un commentaire expliquant certaines expressions de son père. [4] L’ouvrage ne se réduit pas à une chronologie politique.

Le tanbur au musée

Le Metropolitan Museum présente Nematollah comme le père et maître de tanbur d’Ostad Elahi. L’exposition The Sacred Lute, d’août 2014 à janvier 2015, rassemble des instruments ayant appartenu aux deux hommes, des manuscrits et d’autres objets. [5] Les instruments conservés donnent un contexte matériel à cette relation musicale. La photo de l’atelier illustre l’artisanat contemporain, sans montrer les musiciens ni un instrument dont leur propriété serait établie.

Lire une mémoire de fidèles

La biographie officielle reconnaît que beaucoup d’informations viennent des écrits autobiographiques, du fils et des témoignages familiaux. Elle les dit hagiographiques, façonnés par la vénération d’une personnalité spirituelle. [6] Ils conservent la compréhension des fidèles, y compris visions et sainteté. L’historien peut distinguer ces croyances des événements établis indépendamment. Nematollah meurt à Jeyhunabad en 1920. [1] Écriture et transmission musicale expliquent sa place historique.

Sources et lectures complémentaires

  1. Mojan Membrado, Jeyḥunābādi, Ḥājj Neʿmat-Allāh Mokri, Encyclopaedia Iranica XIV/6 (2008), pp. 641–643; biography, retreats and reception.
  2. Official Hadj Nemat site, Forqan ol-Akhbar; composition, four-part structure and the author’s spiritual claims.
  3. Official Hadj Nemat site, Introduction to the works; prose, poetry and the religious interpretation of history.
  4. Official Hadj Nemat site, Shâhnâmeh-ye Haqiqat; contents, 1966 and 1984 editions, and Ostad Elahi’s commentary.
  5. The Metropolitan Museum of Art, The Sacred Lute: The Art of Ostad Elahi (2014–2015); father, son and exhibited instruments.
  6. Official Hadj Nemat site, Biography: Introduction; explicit explanation of internal and hagiographic sources.
  7. DTH-BD-NVT, tanbur maker’s workshop, Kerend-e Gharb, 7 January 2020; original photograph, CC BY-SA 4.0.