Introduction
Parmi les grands champions du Shahnameh, Tus est l’un des plus éminents et des plus imparfaits : puissant paladin et commandant de l’Iran, fils de roi, porteur de la bannière la plus sacrée du royaume, il est pourtant un héros dont l’orgueil, l’impétuosité et le caractère querelleur apportèrent tragédie et discorde à son propre peuple. Il était le fils du roi au destin funeste Nowzar et, comme son père, une figure associant une haute position à de graves défauts.
Figurant parmi les principaux commandants de l’Iran pendant les longues guerres contre le Touran et porteur héréditaire de la bannière kaviani, le Derafsh-e Kaveyani, Tus occupait une place des plus honorables parmi les héros. Pourtant, son histoire est assombrie par les désastres que provoquèrent son orgueil et son impétuosité, avant tout la tragédie de Forud et l’amère querelle entre les champions de l’Iran. Il constitue la grande étude épique du guerrier brave mais imparfait, du puissant héros perdu par ses propres défauts.
Appartenant au patrimoine épique partagé des peuples iraniens, tradition que les Kurdes possèdent en commun avec les Persans et les autres peuples du monde iranique, Tus est l’un des champions les plus vivants et les plus humains du Shahnameh : ni héros irréprochable ni scélérat, mais grand guerrier entaché de graves défauts. Le connaître, c’est saisir le regard lucide de l’épopée sur le fait que vaillance et vertu ne vont pas toujours de pair et que même les plus puissants héros peuvent causer la ruine par orgueil. Son récit est l’un des plus instructifs de tout le grand cycle du Livre des rois.
Sommaire
Porteur de la bannière kaviani
La querelle avec la maison de Gudarz
Commandant dans la grande guerre
Références et lectures complémentaires
Qui était Tus ?
Tus, dont le nom s’écrit aussi Tous, est l’un des grands paladins iraniens du Shahnameh, fils du roi pichdadien Nowzar et l’un des principaux commandants des armées de l’Iran sous les règnes de Kay Kavus et de Kay Khosrow. Il était le porteur héréditaire de la bannière kaviani, étendard sacré de l’Iran, et l’un des premiers champions du royaume. Mais il était aussi orgueilleux, impétueux et querelleur, et ses défauts provoquèrent de graves désastres, surtout la tragédie de Forud et une amère discorde civile entre les héros iraniens. Il demeure l’un des guerriers les plus éminents mais aussi les plus imparfaits de l’épopée.
Fils du roi Nowzar
Tus était un fils de Nowzar, roi pichdadien dont le règne troublé s’acheva par la défaite et la mort aux mains des Touraniens. Il appartenait donc à la lignée royale pichdadienne, descendant en dernière instance des grands rois d’autrefois. Après la chute de Nowzar, pourtant, ni Tus ni son frère Gostaham ne devinrent rois, car les nobles de l’Iran estimèrent qu’ils n’avaient pas le farr, gloire divine désignant le souverain légitime, et le trône passa à d’autres lignées. Tus devint ainsi champion et commandant plutôt que roi, à la tête de la maison de Nowzar dans son rôle de grande famille guerrière de l’Iran.
En cela, Tus hérita d’une part du caractère de son père autant que de son rang. Comme Nowzar, il était de haute naissance et doté de capacités réelles, mais entaché de graves défauts : guerrier brave et compétent, son orgueil et son impétuosité causaient régulièrement des difficultés. Le parallèle entre le père et le fils imparfaits est l’un des fils que l’épopée tisse à travers la maison de Nowzar, lignée de grand honneur et de grandes fautes. Mais là où les défaillances de Nowzar avaient fait tomber un royaume, celles de Tus allaient apporter tragédie et discorde parmi les héros, au cours d’une longue carrière de vaillance toujours assombrie par ses défauts de caractère.
Points essentiels
Tus était un grand paladin iranien, fils du roi Nowzar.
Il était le porteur héréditaire de la bannière sacrée kaviani.
Il était l’un des principaux commandants de l’Iran dans les guerres contre le Touran.
Il était brave, mais orgueilleux, impétueux et querelleur.
Son impétuosité causa la tragédie de Forud et une querelle entre les héros.
Il disparut dans la neige lors de l’ascension finale de Kay Khosrow.
Repères
Nom : Tus, également Tous
Source : Le Shahnameh, le Livre des rois persan
Père : Nowzar, le roi pichdadien
Frère : Gostaham, lui aussi héros de l’Iran
Étendard : Porteur héréditaire de la bannière kaviani
Rôle : L’un des principaux commandants et champions de l’Iran
Rois servis : Kay Kavus et Kay Khosrow
Caractère : Brave, mais orgueilleux, impétueux et querelleur
Célèbre pour : La tragédie de Forud ; la querelle avec la maison de Gudarz
Destin : Disparu dans la neige lors de l’ascension de Kay Khosrow
Porteur de la bannière kaviani
L’un des principaux signes du haut rang de Tus était son rôle de porteur héréditaire du Derafsh-e Kaveyani, la bannière sacrée kaviani qui était l’étendard royal de l’Iran, née du tablier de Kawa le forgeron et emblème de la souveraineté iranienne légitime. Porter cet étendard entre tous sacré était un grand honneur, plaçant Tus et sa maison parmi les premiers champions de l’Iran, auxquels était confié le symbole même de la légitimité et de la gloire du royaume.
Cet honneur reflétait le rang élevé de la maison de Nowzar parmi les familles guerrières de l’Iran. Porteur de la bannière kaviani et fils de roi, Tus jouissait d’un immense prestige et tenait une place de premier plan dans les conseils des rois comme sur le champ de bataille. Son étendard rassemblait le courage de l’armée et signifiait la justesse de sa cause ; en le portant, Tus se trouvait au cœur même de l’effort de guerre iranien. Mais le contraste entre la dignité de sa charge et ses défauts de caractère est l’une des ironies de son histoire : le porteur de la bannière sacrée de la légitimité était lui-même une figure d’orgueil et d’impétuosité dont la conduite nuisait régulièrement à la cause qu’il servait.
La tragédie de Forud
Le plus douloureux des désastres causés par l’impétuosité de Tus fut la tragédie de Forud. Lorsque le roi idéal Kay Khosrow envoya ses armées contre le Touran dans la grande guerre destinée à venger Siyavash, il donna au commandant Tus une consigne claire : éviter le château de Forud, fils de Siyavash né d’une autre mère et donc propre demi-frère de Kay Khosrow, jeune homme de sang royal vivant aux frontières.
Mais Tus, dans son orgueil et son obstination, ignora l’ordre royal et s’approcha du château de Forud. Lorsque le jeune Forud, reconnaissant ses parents, sortit et proposa de rejoindre l’armée vengeresse, Tus l’attaqua au lieu de l’accueillir. Dans les combats qui suivirent, Forud tua Zarasp, le propre fils de Tus, et d’autres hommes, avant d’être lui-même submergé et tué : mort inutile d’un des propres fils de Siyavash aux mains de l’armée précisément envoyée pour venger son père. Entièrement due à la désobéissance et à l’impétuosité de Tus, la tragédie de Forud est l’un des épisodes les plus douloureux de la guerre, désastre qui coûta la vie à un prince innocent et au propre fils de Tus et constitue la démonstration la plus nette de la ruine que pouvait provoquer l’orgueil du commandant.
La querelle avec la maison de Gudarz
L’orgueil querelleur de Tus l’entraîna aussi dans un conflit acharné avec l’autre grande famille guerrière de l’Iran, la maison de Gudarz. La cause la plus profonde de cette discorde était la succession au trône. Lorsque le vieux Kay Kavus vint à choisir son héritier, Tus s’opposa aux droits de Kay Khosrow, fils de Siyavash, au motif que sa mère était touranienne, fille de l’ennemi juré de l’Iran, et que son couronnement risquait de faire monter le sang du Touran sur le trône iranien.
Tus préférait un autre prétendant, et son opposition à Kay Khosrow le dressa contre la maison de Gudarz, fidèle soutien de l’héritier légitime. Une discorde civile éclata entre les deux maisons au sujet de la succession, faisant tomber de célèbres guerriers des deux camps. Finalement, le vieux roi Kay Kavus régla le différend en soumettant les prétendants rivaux à une épreuve que remporta Kay Khosrow, assurant son droit au trône. Tus dut se soumettre au roi légitime, mais cet épisode révéla une nouvelle fois son orgueil et sa disposition à opposer son propre jugement à l’ordre légitime, conduisant les héros iraniens au bord d’une guerre intérieure dévastatrice. Que le porteur de la bannière de la légitimité ait ainsi failli plonger l’Iran dans la discorde civile est l’une des ironies les plus aiguës de l’épopée.
Commandant dans la grande guerre
Malgré tous ses défauts, Tus demeura l’un des premiers commandants et champions de l’Iran pendant les longues guerres contre le Touran, puissant guerrier dont la vaillance servait bien le royaume lorsqu’elle n’était pas compromise par son impétuosité. Sous Kay Kavus et Kay Khosrow il mena de grandes armées et combattit dans les principales campagnes. Malgré les difficultés causées par son caractère, de hauts commandements lui furent confiés à maintes reprises, signe de ses capacités réelles et de son rang parmi les premiers paladins de son temps.
Sa carrière offre donc un tableau complexe, ni simplement héroïque ni simplement désastreux. Tus était un commandant brave et compétent, capable de mener des armées et de gagner des batailles, qui servit l’Iran sous plusieurs règnes ; mais il était aussi une source récurrente de difficultés, son orgueil et son impétuosité apportant tragédie et discorde. Comme plusieurs héros de sa génération, il trouva sa fin au terme de cet âge : lorsque le roi idéal Kay Khosrow renonça à son trône et gravit les montagnes, Tus fut parmi les paladins qui l’accompagnèrent et périrent dans la neige sur les hauteurs, disparaissant du monde comme leur roi. Ainsi s’éteignit l’un des champions les plus éminents et les plus imparfaits de l’Iran.
Symbolisme et sens
Tus incarne le regard lucide de l’épopée sur le fait que vaillance et vertu ne vont pas toujours de pair. Il est sa grande étude du guerrier brave mais imparfait, puissant héros de haute naissance et de haute fonction dont l’orgueil, l’impétuosité et le caractère querelleur provoquent régulièrement la ruine. À travers lui, l’épopée montre que même le porteur de la bannière sacrée de la légitimité, même un fils de rois et l’un des premiers champions du royaume, peut être entaché de graves défauts et, par ces défauts, causer tragédie et discorde parmi les siens.
Son histoire porte un enseignement moral qui traverse tout le Shahnameh : les dangers les plus graves viennent souvent non seulement des ennemis extérieurs, mais aussi des défauts de ceux de l’intérieur, de l’orgueil et de l’obstination des grands. La tragédie de Forud et la querelle avec la maison de Gudarz naissent toutes deux des défauts de caractère de Tus et infligent à l’Iran des souffrances inutiles. En cela, Tus est une figure d’avertissement, rappelant le mal que l’orgueil et la désobéissance peuvent causer même chez un homme brave et compétent. Méditer sur Tus, c’est méditer sur la vision franche et sans complaisance de l’héroïsme qu’offre l’épopée, dans laquelle les champions iraniens sont des hommes complexes et faillibles, capables de grande vaillance comme de graves fautes, plutôt que des modèles sans défaut.
Tus et les Kurdes
Tus appartient au patrimoine épique partagé des peuples iraniens, à la tradition du Shahnameh que les Kurdes possèdent en commun avec les Persans et les autres peuples iraniques. Peuple iranique profondément enraciné dans cet univers culturel, les Kurdes sont les héritiers de son grand cycle de rois et de héros, notamment des champions de la maison de Nowzar à laquelle appartient Tus. Sa figure fait partie de cet héritage légendaire commun partagé dans tout le monde iranien.
Il convient de dire que Tus, comme les autres héros du Shahnameh, appartient à cette tradition iranique plus vaste plutôt que d’être une figure spécifiquement kurde ; c’est un champion du passé légendaire partagé des peuples iraniens dans leur ensemble. Mais les leçons morales de son histoire, les dangers de l’orgueil et de l’impétuosité, le mal que peuvent causer les défauts des grands et la vérité complexe selon laquelle vaillance et vertu ne coïncident pas toujours, sont universelles. Elles ont résonné dans tout le monde culturel iranien, y compris parmi les Kurdes, qui chérissent depuis longtemps la grande épopée. À travers Tus, le patrimoine partagé offre un portrait vivant et instructif du héros imparfait, portrait qui appartient à tous les peuples attachés au Livre des rois.
Débats et idées reçues
Tus était-il un héros ou un scélérat ? Ni l’un ni l’autre exactement ; il est l’une des figures les plus intéressantes de l’épopée précisément parce qu’il est à la fois brave et gravement imparfait. Tus était un véritable champion et commandant de l’Iran, fils de rois et porteur de la bannière sacrée, qui combattait vaillamment pour son pays. Mais il était aussi orgueilleux, impétueux et querelleur, et ses défauts provoquèrent de véritables tragédies, avant tout la mort de Forud. On le comprend mieux comme un homme complexe et faillible, un guerrier brave entaché de graves défauts, que comme un héros ou un scélérat, conformément au regard franc de l’épopée sur ses champions.
Tus avait-il raison de douter de Kay Khosrow à cause de sa mère touranienne ? L’épopée ne présente pas son opposition sous un jour favorable. Son objection, selon laquelle la mère de Kay Khosrow était touranienne, s’enracinait dans la méfiance et dans sa propre préférence pour un autre prétendant. Elle le dressa contre l’héritier légitime et la fidèle maison de Gudarz, manquant de plonger l’Iran dans la guerre civile. Kay Khosrow se révéla le roi idéal, le grand vengeur de Siyavash, si bien que les doutes de Tus étaient non seulement facteurs de division, mais erronés. L’épisode est présenté comme une nouvelle manifestation de son orgueil obstiné plutôt que d’un jugement sûr.
L’histoire de Tus relève-t-elle de l’histoire réelle ? Non ; Tus appartient aux cycles légendaires du Shahnameh et non à l’histoire documentée, même si son nom est ancien et si la maison de Nowzar, dont il est issu, fait partie de l’antique tradition héroïque iranienne. C’est une figure de l’âge héroïque de l’épopée, dont le récit est riche de sens moral mais relève de la légende plutôt que des faits. Son histoire s’apprécie pour son exploration puissante et franche du héros imparfait, plutôt que comme le compte rendu d’événements réels.
Sujets connexes
Nowzar : le roi au destin funeste, père de Tus
Kay Khosrow : le roi idéal auquel Tus s’opposa avant de le servir
Kay Kavus : le roi qui régla le différend successoral
Gudarz : le patriarche de la maison rivale dans la querelle
Rostam : le grand champion qui combattit aux côtés de Tus
Siyavash : le prince assassiné, père de Forud et de Kay Khosrow
Le Derafsh-e Kaveyani : la bannière sacrée kaviani portée par Tus
Le Shahnameh : le Livre des rois épique où apparaît Tus
Questions fréquentes
Qui était Tus dans le Shahnameh ?
Tus était l’un des grands paladins iraniens du Shahnameh, fils du roi pichdadien Nowzar et l’un des principaux commandants de l’Iran sous les règnes de Kay Kavus et de Kay Khosrow. Porteur héréditaire de la bannière sacrée kaviani et l’un des premiers champions du royaume, il était aussi orgueilleux, impétueux et querelleur. Ses défauts provoquèrent la tragédie de Forud et une amère querelle entre les héros iraniens.
Qui était le père de Tus ?
Tus était un fils de Nowzar, roi pichdadien dont le règne troublé s’acheva par la défaite et la mort aux mains des Touraniens. Tus appartenait donc à la lignée royale pichdadienne, mais après la chute de Nowzar, ni lui ni son frère Gostaham ne devinrent rois : les nobles jugeaient qu’ils n’avaient pas le farr, gloire divine de la souveraineté légitime. Tus devint plutôt champion et commandant, à la tête de la maison de Nowzar en tant que famille guerrière.
Quelle fut la tragédie de Forud ?
Lorsque Kay Khosrow envoya son armée contre le Touran, il ordonna au commandant Tus d’éviter le château de Forud, son propre demi-frère, fils de Siyavash. Mais Tus, dans son orgueil, ignora l’ordre et attaqua Forud lorsque le jeune homme sortit saluer ses parents. Dans les combats, Forud tua Zarasp, fils de Tus, avant d’être lui-même tué : mort inutile d’un prince innocent, entièrement causée par l’impétuosité et la désobéissance de Tus.
Pourquoi Tus se querella-t-il avec la maison de Gudarz ?
La querelle naquit surtout de la succession. Tus s’opposait aux droits de Kay Khosrow au trône, objectant que sa mère était touranienne, craignant de voir le sang de l’ennemi de l’Iran monter sur le trône et préférant un autre prétendant. Il se dressa ainsi contre la maison de Gudarz, fidèle soutien de l’héritier légitime, et une discorde civile éclata, faisant tomber des guerriers des deux camps, jusqu’à ce que le vieux roi Kay Kavus règle le différend par une épreuve remportée par Kay Khosrow.
Que portait Tus en tant que porteur de la bannière kaviani ?
Tus était le porteur héréditaire du Derafsh-e Kaveyani, la bannière sacrée kaviani qui était l’étendard royal de l’Iran, née du tablier de Kawa le forgeron et emblème de la souveraineté iranienne légitime. Porter cet étendard entre tous sacré était un grand honneur, plaçant Tus et sa maison parmi les premiers champions de l’Iran, auxquels était confié le symbole même de la légitimité du royaume.
Comment Tus mourut-il ?
Tus trouva sa fin au terme de l’âge héroïque. Lorsque le roi idéal Kay Khosrow renonça à son trône et gravit les montagnes pour disparaître du monde, Tus fut parmi les paladins qui l’accompagnèrent. Dans la tradition, plusieurs de ces héros, dont Tus, périrent dans une grande tempête de neige sur les hauteurs, disparaissant du monde comme leur roi, incapables de survivre à l’ascension qui emportait le souverain au-delà de ce monde.
Références et lectures complémentaires
Tous son of Nowzar (Tus, fils de Nowzar) — Wikipédia
House of Nowzar (La maison de Nowzar) — Grokipedia
Gostaham (brother of Tus) (Gostaham, frère de Tus) — Wikipédia
Characters of Firdowsi’s Shahname (Les personnages du Shahnameh de Ferdowsi) — Iraj Bashiri
