Introduction

Peu de symboles du monde iranien portent un sens aussi profond que le Derafsh-e Kaveyani, la légendaire bannière de Kawa. Né, dans le récit, de l’humble tablier de cuir de Kawa le forgeron, dressé sur une lance comme signe de ralliement de sa révolte contre le tyran aux serpents Zahhak, il devint avec le temps l’étendard royal orné de joyaux de l’Iran antique, emblème à la fois de la résistance à la tyrannie et de la souveraineté légitime.

L’histoire de la bannière est inséparable du plus aimé de tous les récits de rébellion du Shahnameh : le soulèvement du simple forgeron contre le roi monstrueux et l’élévation à sa place du souverain légitime Faridun. Du tablier d’un ouvrier marqué par le labeur à une bannière étincelante d’or et de gemmes, le Derafsh-e Kaveyani incarne le passage de l’oppression à la liberté et le triomphe du peuple et de son roi légitime sur le tyran.

Appartenant au patrimoine partagé des peuples iraniens, tradition que les Kurdes ont en commun avec les Persans et les autres peuples du monde iranien, la bannière de Kawa revêt une résonance particulière pour les Kurdes, chez qui la figure du forgeron rebelle est tout spécialement aimée. Connaître le Derafsh-e Kaveyani, c’est connaître l’un des grands symboles du passé iranien, un étendard qui réunissait l’humble et le royal, le tablier de l’ouvrier et les joyaux du roi, en un unique emblème de justice, de liberté et de souveraineté.


Sommaire

Qu’était le Derafsh-e Kaveyani ?

Le tablier du forgeron

Points essentiels

En bref

Du tablier à l’étendard royal

La bannière des rois

L’étendard historique

La perte de la bannière

Symbolisme et signification

La bannière et les Kurdes

Débats et idées reçues

Sujets connexes

Questions fréquentes

Références et lectures complémentaires


Qu’était le Derafsh-e Kaveyani ?

Le Derafsh-e Kaveyani, qui signifie « l’étendard de Kawa » ou « des rois kayaniens », était la légendaire bannière royale de l’Iran antique, identifiée dans la tradition au tablier de cuir de Kawa le forgeron. Selon le Shahnameh, Kawa dressa son tablier de forgeron sur une lance comme étendard de sa révolte contre le tyran Zahhak, et lorsque le roi légitime Faridun accéda au trône, il orna le tablier d’or, de brocart et de pierres précieuses, en faisant l’étendard impérial. Sous le nom de Derafsh-e Kaveyani, il servit, dans la légende comme dans l’histoire, de drapeau royal de l’Iran préislamique, surtout à l’époque sassanide, jusqu’à sa perte au moment de la conquête arabe.

Le tablier du forgeron

L’origine de la bannière réside dans l’acte le plus célèbre de Kawa le forgeron, héros de la grande rébellion contre le tyran aux serpents Zahhak. Dans le récit, Zahhak, dont les épaules portaient deux serpents qu’il fallait nourrir de cervelles de jeunes gens, avait dévoré les enfants de son peuple, dont les fils de Kawa. Lorsque les serviteurs du tyran vinrent enfin chercher le plus jeune fils de Kawa, le chagrin du forgeron se changea en fureur et il entra en révolte ouverte.

Comme signe de sa rébellion, Kawa prit le simple tablier de cuir qu’il portait à sa forge, humble marque de son métier et de son labeur, et le dressa haut sur la pointe d’une lance. Ce grossier tablier d’ouvrier, levé comme une bannière, devint le signe de ralliement du soulèvement. L’image parlait directement aux opprimés, car c’était l’emblème de l’homme du peuple et de son travail, et sous lui la population afflua aux côtés de Kawa. Ainsi, le plus ordinaire des objets, un tablier de forgeron, devint par cet acte de défi le germe de la plus glorieuse bannière du monde iranien, le symbole autour duquel un peuple se leva pour renverser son tyran.

Points essentiels

  • Le Derafsh-e Kaveyani était la légendaire bannière royale de l’Iran antique.

  • Il fut à l’origine le tablier de cuir de Kawa le forgeron, levé dans la révolte.

  • Kawa le dressa contre Zahhak, le tyran aux serpents.

  • Faridun l’orna d’or, de brocart et de joyaux pour en faire l’étendard royal.

  • Il servit de drapeau impérial de l’Iran préislamique, notamment chez les Sassanides.

  • Il fut perdu lors de la conquête arabe au septième siècle.

En bref

  • Nom : Derafsh-e Kaveyani (l’étendard de Kawa / des Kayaniens)

  • Origine : Le tablier de cuir de Kawa le forgeron

  • Dressé contre : Le tyran Zahhak

  • Orné par : Faridun, qui y ajouta de l’or, du brocart et des gemmes

  • Couleurs : Des glands rouges, jaunes (ou bleus) et violets

  • Rôle : L’étendard royal de l’Iran préislamique

  • Période principale : Les empires parthe et surtout sassanide

  • Sources : Le Shahnameh ; également Tabari, Bal’ami, Biruni

  • Signification : Résistance à la tyrannie ; justice ; souveraineté légitime

  • Destin : Capturé et détruit lors de la conquête arabe (7e s.)

Du tablier à l’étendard royal

La transformation de l’humble tablier en bannière royale est au cœur de la légende. Lorsque la révolte de Kawa eut triomphé et que le prince légitime Faridun eut été porté sur le trône à la place de Zahhak, renversé, le nouveau roi reconnut l’immense force symbolique de la bannière sous laquelle le peuple s’était rassemblé. Au lieu de jeter le grossier tablier, il l’honora en le transformant en un étendard digne d’un roi.

Faridun fit orner le tablier d’or, de riche brocart et de pierres précieuses, et y suspendit des glands rouges, jaunes ou bleus et violets. Il le nomma Derafsh-e Kaveyani, l’étendard de Kawa, en l’honneur du forgeron dont il commémorait le défi. Par la suite, raconte la tradition, chaque roi ajouta ses propres joyaux à la bannière, jusqu’à ce qu’elle rayonne d’une telle splendeur que, même dans l’obscurité de la nuit, elle brillait comme le soleil. Le tablier de l’ouvrier devint ainsi le plus magnifique des étendards royaux, sans jamais perdre le souvenir de son origine, demeurant toujours la bannière de Kawa, trésor royal qui avait commencé comme marque du labeur d’un forgeron. Une grande part de sa puissance durable de symbole résidait dans cette union de l’humble et du royal.

La bannière des rois

Sous le nom de Derafsh-e Kaveyani, la bannière devint l’étendard royal suprême de l’Iran, transmis à travers les dynasties légendaires du Shahnameh depuis le temps de Faridun. La tradition l’associe à Kawa et à Faridun, mais aussi à la gloire des anciens rois, remontant jusqu’à Jamshid, et elle fut l’emblème de la royauté iranienne légitime, l’étendard porté devant le souverain de droit et ses armées.

La bannière en vint ainsi à incarner l’idée même du pouvoir légitime. Marcher sous le Derafsh-e Kaveyani, c’était combattre pour la cause du roi légitime et pour l’ordre et la justice que sa royauté défendait ; l’étendard était le signe visible de la gloire divine et de la légitimité du trône. Dans les longues guerres de l’épopée, les grands héros et champions de l’Iran se ralliaient à cette bannière, dont la présence sur le champ de bataille désignait l’armée du véritable roi. Emblème de la souveraineté légitime, issu de la rébellion qui avait renversé un tyran et porté au pouvoir un roi juste, le Derafsh-e Kaveyani portait en lui toute l’histoire du triomphe du droit sur l’oppression.

L’étendard historique

Au-delà du monde de la légende, le Derafsh-e Kaveyani fut aussi une véritable bannière historique, l’étendard royal des empires iraniens préislamiques. Il est surtout associé à l’Empire sassanide, qui régna sur l’Iran du troisième au septième siècle et qui portait le Derafsh-e Kaviani comme drapeau impérial ; des traditions le rattachent aussi à l’époque parthe antérieure. L’origine légendaire dans le tablier de Kawa et l’étendard royal historique étaient compris comme une seule et même bannière, le mythe donnant au drapeau historique son sens et son prestige.

Les sources historiques décrivent la bannière comme grande et carrée, richement décorée et rayonnante d’or et de joyaux. En temps de paix, elle était conservée en sûreté dans le trésor royal ; à la guerre, on la sortait et on la portait devant l’armée, confiée au commandant en chef des forces iraniennes, et placée tout à l’avant lorsque le roi lui-même marchait au combat. Sa présence cristallisait le courage de l’armée et signalait l’autorité du roi. Au-delà du Shahnameh, les premiers historiens et savants de la période islamique, tels que Tabari, Bal’ami et Biruni, consignèrent l’histoire et la splendeur de la bannière, signe de la profondeur de son inscription dans la mémoire du passé iranien.

La perte de la bannière

La longue histoire du Derafsh-e Kaveyani prit fin avec la chute de l’Empire sassanide devant la conquête arabe au septième siècle. Lors des grandes batailles où les armées sassanides furent défaites, la bannière impériale fut capturée par les conquérants. La tradition rapporte que le magnifique étendard, avec son or et ses joyaux inestimables, fut emporté comme butin, dépouillé de ses trésors et détruit, ses joyaux étant partagés entre les vainqueurs.

La perte du Derafsh-e Kaveyani devint, dans la mémoire ultérieure, un poignant symbole de la chute de l’ancien monde iranien et de la disparition de sa gloire antique. La bannière qui flottait depuis le temps de Faridun, qui incarnait depuis tant de siècles la souveraineté et la royauté légitime de l’Iran, avait disparu, emportant avec elle un âge du monde. Pourtant, son souvenir perdura, préservé dans le Shahnameh et dans les récits historiques ; le Derafsh-e Kaveyani continua ainsi à vivre comme symbole même après la destruction de la bannière matérielle, emblème durable du passé iranien et des idéaux qu’il avait représentés.

Symbolisme et signification

Le Derafsh-e Kaveyani est l’un des symboles les plus riches, unissant plusieurs grandes significations dans un même emblème. Né de la révolte de Kawa contre Zahhak, il est avant tout un symbole de résistance à la tyrannie et de triomphe de la justice et de la liberté sur l’oppression. Tablier d’un simple ouvrier levé en signe de défi, il est l’emblème du peuple et de sa capacité, lorsqu’il se soulève, à renverser même le plus puissant des tyrans. Étendard du roi légitime, il est aussi le signe de la souveraineté de droit et du gouvernement juste.

Sa force la plus profonde réside peut-être dans l’union de ces significations, dans l’image de l’humble tablier transformé en bannière royale ornée de joyaux. Car le Derafsh-e Kaveyani réunit l’homme du peuple et le roi légitime dans un même symbole, suggérant que la royauté véritable et légitime repose sur le peuple et sur la justice, et que le trône est lié à la cause des opprimés contre le tyran. Contempler la bannière de Kawa, c’est contempler toute une vision du gouvernement juste et de la résistance légitime, un emblème où s’unissent le labeur de l’ouvrier et la gloire du roi, et qui porte à jamais la mémoire d’un peuple qui se souleva contre la tyrannie et gagna sa liberté.

La bannière et les Kurdes

Le Derafsh-e Kaveyani appartient au patrimoine partagé des peuples iraniens, à la tradition du Shahnameh et de l’ancien monde iranien que les Kurdes ont en commun avec les Persans et d’autres peuples. En tant qu’étendard royal de l’Iran préislamique, il est, dans sa dimension historique, un symbole de la souveraineté iranienne au sens large plutôt que de l’un des peuples iraniens en particulier. Il revêt pourtant une résonance particulière pour les Kurdes, car il est issu de la légende de Kawa le forgeron, héros rebelle qu’ils chérissent tout spécialement et dont la révolte est liée, dans la tradition kurde, à la fête de Newroz.

Pour les Kurdes, la figure de Kawa se dressant contre le tyran compte parmi les récits les plus aimés du passé héroïque, une histoire de résistance et de liberté qui entre profondément en résonance avec l’expérience kurde. La bannière née du tablier de Kawa occupe donc naturellement une place d’honneur dans l’imaginaire kurde comme étendard de cette rébellion chérie, tout en appartenant historiquement à l’héritage iranien plus large. Il est honnête de reconnaître ces deux vérités : le Derafsh-e Kaveyani était le drapeau royal des anciens empires iraniens dans leur ensemble et, comme bannière de Kawa, il porte pour les Kurdes une signification particulière et précieuse, liée à la figure du forgeron rebelle et aux idéaux de justice et de liberté qu’incarne son histoire.

Débats et idées reçues

Le Derafsh-e Kaveyani était-il un drapeau spécifiquement kurde ? Non ; il est plus exact de le comprendre comme l’étendard royal des anciens empires iraniens dans leur ensemble, un symbole de la souveraineté iranienne préislamique partagé par les peuples iraniens, plutôt que comme le drapeau de l’un d’entre eux. Sa signification particulière pour les Kurdes vient de son origine dans la légende de Kawa, héros qu’ils chérissent tout spécialement, plutôt que d’un caractère exclusivement kurde de la bannière elle-même. Une présentation honnête respecte à la fois le caractère iranien partagé de l’étendard historique et l’attachement particulier des Kurdes à la légende de Kawa dont il est issu.

La bannière n’était-elle vraiment qu’un tablier de cuir ? Dans la légende, oui : elle avait pour origine l’humble tablier de cuir du forgeron, et cette origine modeste est centrale dans sa signification. Mais la bannière devenue étendard royal était bien sûr beaucoup plus, transformée par Faridun et les rois successifs en un magnifique drapeau orné de joyaux. La force du symbole réside précisément dans le contraste et la continuité entre les deux : dans la mémoire, le glorieux étendard du roi ne cessa jamais d’être le tablier de l’ouvrier, et c’est là le cœur de sa signification.

L’histoire de la bannière relève-t-elle de l’histoire ou de la légende ? Des deux, intimement mêlées. Le Derafsh-e Kaveyani fut un véritable étendard historique des empires iraniens préislamiques, attesté dans les récits historiques et perdu lors de la conquête arabe. Mais son origine dans le tablier de Kawa appartient au monde légendaire du Shahnameh. La tradition a entrelacé la bannière royale historique et la légende bien-aimée du forgeron rebelle, de sorte que le mythe a donné son sens au drapeau réel. Il s’apprécie mieux comme un symbole où s’unissent histoire et légende que comme un simple relevé de faits.


  • Kawa le forgeron : le forgeron rebelle dont le tablier devint la bannière

  • Zahhak : le tyran aux serpents contre lequel la bannière fut dressée

  • Faridun : le roi qui fit du tablier l’étendard royal

  • Jamshid : le roi ancien à la gloire duquel la bannière est liée

  • Newroz : la fête liée à la révolte de Kawa dans la tradition kurde

  • Qaren : le fils guerrier de Kawa, issu de la lignée honorée par la bannière

  • Le Shahnameh : l’épopée où est racontée la légende de la bannière


Questions fréquentes

Qu’était le Derafsh-e Kaveyani ?

Le Derafsh-e Kaveyani, qui signifie « l’étendard de Kawa », était la légendaire bannière royale de l’Iran antique. Selon le Shahnameh, il fut d’abord le tablier de cuir de Kawa le forgeron, dressé sur une lance comme signe de sa révolte contre le tyran Zahhak. Le roi Faridun l’orna ensuite d’or et de joyaux, et il devint l’étendard impérial de l’Iran préislamique, porté surtout par l’Empire sassanide jusqu’à la conquête arabe.

Comment la bannière naquit-elle ?

Dans la légende, Kawa le forgeron se révolta lorsque les serviteurs du tyran Zahhak vinrent chercher son dernier fils, et dressa son tablier de travail en cuir sur une lance comme bannière de son soulèvement. L’humble tablier, marque du simple ouvrier, devint le signe de ralliement sous lequel le peuple se rassembla pour renverser Zahhak. Lorsque le roi légitime Faridun accéda au trône, il honora le tablier en le transformant en un étendard royal orné de joyaux.

Pourquoi l’appelait-on l’étendard de Kawa ?

Il fut nommé Derafsh-e Kaveyani, l’étendard de Kawa, en l’honneur de Kawa le forgeron, dont le tablier de cuir avait été la bannière initiale de la révolte contre Zahhak. Même après que Faridun l’eut orné d’or et de gemmes et qu’il fut devenu le magnifique étendard royal de l’Iran, il garda le souvenir de son origine dans le tablier du forgeron, demeurant toujours la bannière de Kawa. Le nom porte également le sens d’étendard des Kayaniens, les rois.

Qu’advint-il du Derafsh-e Kaveyani ?

La bannière fut perdue lors de la chute de l’Empire sassanide devant la conquête arabe au septième siècle. Quand les armées sassanides furent défaites, l’étendard impérial fut capturé comme butin, dépouillé de son or et de ses joyaux inestimables, puis détruit, ses trésors étant partagés entre les vainqueurs. Sa perte devint un poignant symbole de la chute de l’ancien monde iranien, même si son souvenir perdura dans le Shahnameh et les récits historiques.

Le Derafsh-e Kaveyani est-il un symbole kurde ?

Il est plus exact de le comprendre comme l’étendard royal des anciens empires iraniens dans leur ensemble, symbole de la souveraineté iranienne préislamique partagé par les peuples iraniens. Il revêt cependant une résonance particulière pour les Kurdes, car il est issu de la légende de Kawa le forgeron, héros qu’ils chérissent tout spécialement et dont la révolte est liée dans la tradition kurde à Newroz. Les deux vérités sont honnêtes : un étendard iranien partagé, doté d’une signification kurde particulière à travers Kawa.

La bannière était-elle réelle ou légendaire ?

Les deux, intimement mêlées. Le Derafsh-e Kaveyani fut un véritable étendard historique des empires iraniens préislamiques, attesté dans les premiers récits historiques et perdu lors de la conquête arabe. Mais son origine dans le tablier de Kawa appartient au monde légendaire du Shahnameh. La tradition a entrelacé la bannière royale historique et la légende bien-aimée du forgeron rebelle, de sorte que le mythe a donné au drapeau réel son sens et son prestige.


Références et lectures complémentaires

Derafsh Kaviani – Wikipédia

Derafs-e Kavian – Encyclopaedia Iranica

Kaveh le forgeron – Wikipédia

Du cuir sur une lance à l’emblème national : le Derafsh Kaviani – Amordadnews

Derafsh (bannières et étendards iraniens) – Wikipédia

Emblème de l’Iran (la légende kaviani) – Wikipédia

Zahhak – Encyclopaedia Iranica

Shahnameh – Wikipédia