La trame ancestrale du Kurdistan : guide complet de la généalogie kurde, de la recherche dans les archives et de l’histoire génétique

Sommaire
Introduction : le défi du généalogiste au sein d’une nation sans État
Les fondements ottomans : nüfus, temettuat et fin de l’Empire
Se repérer dans les Devlet Arşivleri pour rechercher des ancêtres kurdes
Registres fiscaux et documents de conscription militaire
Turquie (Bakur) : République, turquification et loi sur les noms de famille
Irak (Bashur) : administration coloniale, arabisation et archives du Zheen
Syrie (Rojava) : le recensement exceptionnel et les Kurdes apatrides
Diaspora et archives occidentales : retracer l’exil et les migrations
Généalogie génétique : ADN ancien, haplogroupes et héritage du Zagros
Haplogroupes du chromosome Y : J2, R1a et signatures tribales
ADN ancien : le lien avec Ganj Dareh
Méthodes de reconstitution : histoire orale et outils numériques
1. Introduction : le défi du généalogiste au sein d’une nation sans État
Dans le contexte kurde, la généalogie est une discipline qui dépasse la simple collecte de noms et de dates ; c’est un travail de reconstitution historique sur fond de fragmentation. Les Kurdes, largement reconnus comme la plus grande nation sans État au monde, habitent une région montagneuse d’un seul tenant, appelée Kurdistan, que la géopolitique partage entre quatre États souverains : la Turquie, l’Iran, l’Irak et la Syrie. Cette partition, consolidée au lendemain de la Première Guerre mondiale par des traités tels que celui de Lausanne, a créé un paysage généalogique singulier : une même famille élargie peut devoir retracer sa filiation à travers quatre systèmes juridiques distincts, quatre langues officielles (le turc, le persan, l’arabe et le kurde) et quatre récits différents de construction étatique et d’assimilation.