Janvier 2026 fut une période décisive et tourmentée pour les Kurdes de leurs territoires divisés. En Syrie, en Iran, en Irak et en Turquie, souvent appelés respectivement Rojava, Rojhelat, Bashur et Bakur, le mois fut marqué par des conflits intenses, des réorientations diplomatiques et des revendications tenaces de droits et d’autonomie. En Syrie, les Forces démocratiques syriennes, ou FDS, dirigées par les Kurdes, subirent une grande offensive du nouveau gouvernement de transition, entraînant pertes territoriales et accord d’intégration imposé. En Iran, les manifestations nationales s’intensifièrent dans les régions kurdes et furent brutalement réprimées, faisant des centaines de morts.

Dans la Région du Kurdistan d’Irak, les manœuvres politiques à Bagdad croisèrent les difficultés de gouvernement local, entre stabilité et incertitude. Les Kurdes de Turquie continuaient à subir la répression, tandis que la diaspora amplifiait les solidarités. Cet article examine ces événements à partir de reportages récents, pour offrir un panorama d’un peuple dont les aspirations à l’autodétermination persistent sous les pressions géopolitiques.

Environ 40 millions de Kurdes, privés d’État depuis le redécoupage du Moyen-Orient après la Première Guerre mondiale, sont depuis longtemps pris entre les puissances régionales. Janvier 2026 l’illustra : la chute du régime Assad fin 2025 provoqua une réaction en chaîne en Syrie, où ils avaient construit une administration semi-autonome au nord-est. Le nouveau gouvernement d’Ahmed al-Sharaa, ancien chef djihadiste connu comme Abu Mohammad al-Jolani, cherchait à centraliser le pouvoir et voyait le contrôle des zones pétrolières par les FDS comme une menace.

Les affrontements déplacèrent des milliers de personnes et firent craindre un nettoyage ethnique. Les États-Unis passèrent du soutien aux FDS, alliées essentielles contre l’État islamique, à l’approbation de l’accord avec Damas, qualifié d’« étape historique » pour l’unité syrienne. La France et d’autres acteurs menèrent une médiation, tandis que des dirigeants comme Massoud Barzani en Irak défendaient des protections constitutionnelles.

En Iran, les manifestations commencées fin 2025 contre les difficultés économiques et les politiques du régime s’intensifièrent dans les provinces kurdes. Des organismes de défense des droits humains recensèrent plus de 250 morts kurdes pour janvier, soulignant une violence disproportionnée contre les minorités. Les avancées économiques au Kurdistan irakien, réserves d’eau accrues et accords pétroliers notamment, offraient un contraste, mais les blocages internes persistaient. Le mois rappela partout une lutte faite d’alliances trahies, de résistance et de recherche de reconnaissance dans une région instable.

Crise au Rojava : offensive et intégration imposée aux Kurdes de Syrie

Les événements les plus spectaculaires se déroulèrent dans le nord-est syrien, où l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie, communément appelée Rojava, affronta une offensive rapide de Damas. En janvier 2026, le gouvernement de transition attaqua les FDS le 13, d’abord dans l’est du gouvernorat d’Alep, autour de Deir Hafer et de Maskanah. Le 17 janvier, l’offensive s’étendit à Raqqa, Deir ez-Zor et Hassaké. Les FDS perdirent des zones essentielles, dont le barrage de l’Euphrate et les champs pétroliers de Thawra. Les médias d’État annoncèrent l’entrée des troupes à Tabqa et sur d’autres sites stratégiques, malgré les appels américains à la retenue.

Force multiethnique dominée par les YPG et YPJ kurdes, les FDS contrôlaient environ un tiers de la Syrie depuis la défaite de l’État islamique en 2019. L’après-Assad apporta de nouvelles difficultés. Le président Ahmed al-Sharaa annonça unilatéralement un cessez-le-feu en 14 points le 18 janvier, négocié par l’émissaire américain Tom Barrack. Les FDS devaient rejoindre l’armée syrienne et remettre les gouvernorats de Raqqa et de Deir ez-Zor, les camps de détenus de l’État islamique, les postes-frontières et les champs pétroliers. Elles qualifièrent leur retrait de « contraint ». Des informations faisaient état de sièges, notamment à Kobané, où bombardements et blocus privaient 400 000 personnes d’électricité, d’eau et de nourriture. Des convois humanitaires commencèrent à entrer le 25 janvier, mais les pénuries et une crise médicale persistaient parmi les déplacés.

Source : timesofisrael.com

Les forces gouvernementales syriennes entrent dans des villes du nord après…

Forces gouvernementales syriennes entrant dans des zones contrôlées par les Kurdes en janvier 2026.

Le 30 janvier, un accord global transforma le cessez-le-feu en trêve permanente. Il prévoyait une intégration progressive : combattants FDS dans l’armée, fusion des institutions autonomes avec celles de l’État et déploiement des forces de sécurité à Hassaké et Qamishli. L’autonomie du Rojava était fortement réduite au profit du pouvoir unitaire de Damas, malgré des engagements sur les droits civils et éducatifs kurdes. Le décret d’Al-Sharaa du 16 janvier reconnaissait les Kurdes comme peuple distinct, accordait la citoyenneté aux apatrides, reconnaissait le kurde comme langue nationale et faisait de Newroz un jour férié. Des mesures ultérieures prévoyaient des programmes kurdes à l’école.

Les réactions kurdes furent partagées, mais surtout prudentes. Le commandant des FDS Mazloum Abdi souligna la souplesse nécessaire pour préserver l’identité. Beaucoup y voyaient une trahison, particulièrement américaine. Washington salua une avancée, annonçant la fin du soutien militaire direct aux FDS et un rapprochement avec Damas. Le sénateur Lindsey Graham qualifia l’abandon des Kurdes de « honte », révélant les divisions américaines. La France joua un rôle de médiation en réaffirmant son soutien aux droits kurdes.

Source : aljazeera.com

L’abandon américain des FDS a affecté les Kurdes de toute la région…

Manifestants prokurdes à Erbil en soutien aux Kurdes de Syrie, le 21 janvier 2026.

L’offensive déplaça plus de 15 000 personnes, provoquant une crise humanitaire et des craintes de génocide. Les combats menaçaient aussi de favoriser le retour de l’État islamique, les prisons FDS abritant des milliers de djihadistes étant sous pression. Des analystes soulignaient l’ambiguïté et la possible révocation de l’accord, laissant aux Kurdes adaptation pragmatique ou résistance armée. Le président Massoud Barzani de la Région du Kurdistan irakien intervint comme médiateur pour éviter une guerre ethnique et défendre des garanties constitutionnelles.

La Turquie pesait fortement : Ankara soutenait des forces alliées et considérait les FDS comme liées au PKK. Des informations firent état d’une participation turque à l’offensive, conforme à la position antikurde d’Erdoğan. Les manifestations de la diaspora au Canada et en Europe amplifièrent les appels à défendre le Rojava.

La crise révéla la fragilité des acquis kurdes en Syrie. Après la défaite de l’État islamique et la construction d’un confédéralisme démocratique attaché à l’égalité des sexes et à l’écologie, l’expérience du Rojava affrontait une menace existentielle. L’intégration pouvait stabiliser la région à court terme, mais au prix de l’autonomie et au risque de troubles futurs.

Source : jacobin.com

Les Kurdes résistent à l’attaque du gouvernement syrien contre le Rojava

Manifestants kurdes armés au Rojava, résistant aux avancées gouvernementales.

Soulèvement au Rojhelat : les Kurdes d’Iran au premier rang de la répression

Au Kurdistan oriental, le Rojhelat, les manifestations contre la République islamique s’intensifièrent en janvier 2026, après les grèves de commerçants de fin 2025. Kermanshah, le Kurdistan et Ilam devinrent des épicentres d’un mouvement national désormais dirigé contre le régime. Des observateurs des droits humains annoncèrent au moins 257 morts kurdes, dont 20 mineurs et 19 femmes, avec le bilan le plus élevé à Kermanshah, 145. L’organisation Hengaw, basée à Oslo, documenta la sévérité de la répression et l’extension depuis les zones kurdes du recours à des moyens militaires.

Nées de revendications économiques, les manifestations demandèrent un changement de régime. Le 8 janvier, sept partis kurdes appelèrent à une grève nationale contre la répression. À Ilam, près de l’Irak, les soulèvements furent spectaculaires : les manifestants prirent Malkshahi, ses commissariats et des armes, tandis qu’à Avdanan des forces de sécurité auraient fait défection. Le régime répondit par des tirs à balles réelles, des gaz lacrymogènes et des arrestations. Des vidéos montraient des manifestants dansant avec défi au milieu du chaos.

Source : theguardian.com

« Ils nous tuent » : les autorités emploient la force contre les manifestants…

Manifestants du Kurdistan iranien face aux forces de sécurité en janvier 2026.

Environ 10 % de la population iranienne est kurde et subit de longue date discriminations, répression linguistique et marginalisation économique. Les manifestations amplifièrent ces questions, avec des revendications fédéralistes ou indépendantistes. La réponse du régime risquait d’aggraver la rupture, alors que l’expansion militaire faisait craindre le pire. L’attention internationale augmenta et de possibles discussions irano-américaines pouvaient influer sur la situation, malgré les signaux contradictoires de l’administration Trump.

À la fin du mois, le bilan continuait d’augmenter, soulignant le rôle d’avant-garde du Rojhelat. La solidarité des autres Kurdes et les actions de la diaspora faisaient écho au cri « Jin, Jiyan, Azadi », « Femme, Vie, Liberté ».

Source : france24.com

La répression militaire iranienne s’étend depuis les régions kurdes…

Manifestations nocturnes dans les régions kurdes d’Iran, avec des feux symbolisant la résistance.

Stabilité et difficultés au Bashur : un Kurdistan irakien en évolution

À l’inverse des troubles voisins, la Région du Kurdistan irakien, le Bashur, se concentra en janvier 2026 sur la consolidation politique et la reprise économique. La formation du gouvernement à Bagdad plaçait les Kurdes en position d’arbitres. Le Cadre de coordination chiite désigna Nouri al-Maliki comme candidat au poste de Premier ministre, suscitant les positionnements kurdes pour la présidence et l’influence politique. La formation bloquée du Gouvernement régional du Kurdistan, ou KRG, s’entremêlait à ces négociations fédérales.

Le président Massoud Barzani insista sur les garanties constitutionnelles pour les Kurdes de Syrie. Le Premier ministre Masrour Barzani aborda la stabilité régionale à Davos et à Dubaï avec des responsables émiratis. Les réserves d’eau dépassèrent un milliard de mètres cubes grâce au remplissage des barrages, favorisant l’autosuffisance agricole. Malgré les retards budgétaires, les prolongations d’accords pétroliers et l’extension de la couverture électrique continue sur 24 heures apportèrent un soulagement.

Les initiatives sanitaires comprenaient la 11e Conférence de santé de Mésopotamie et une baisse des taux de cancer. Des alertes sur la pollution du Tigre suscitèrent toutefois des inquiétudes environnementales. Les liens allemands se renforcèrent par des délégations commerciales.

La stabilité relative du Bashur en fit un médiateur des affaires syriennes, tandis que la diplomatie de Barzani donnait une portée mondiale à la cause kurde.

Source : en.wikipedia.org

Citadelle d’Erbil — Wikipédia

Vue aérienne de la citadelle d’Erbil, symbole du patrimoine ancien du Kurdistan irakien au milieu des évolutions modernes.

Au Bakur et au-delà : les Kurdes de Turquie et la mobilisation de la diaspora

Au Kurdistan de Turquie, le Bakur, janvier connut des tensions persistantes autour du PKK et de la répression étatique. Des informations évoquaient ses retraits et des sanctions contre des clubs pour « propagande prokurde ». Des marches de solidarité avec le Rojava défièrent les interdictions.

Dans le monde, les Kurdes se mobilisèrent : au Canada contre les attaques syriennes, en Europe contre les politiques turques. Des pétitions demandaient à Israël de protéger les civils du Rojava. Ces actions soulignaient une identité kurde transnationale.

Conclusion : les horizons des aspirations kurdes

Janvier 2026 révéla une position kurde tenace mais précaire. Intégration du Rojava, soulèvements du Rojhelat et diplomatie du Bashur mêlèrent trahisons et espoirs. Face aux changements géopolitiques, la quête des droits exige une attention internationale durable. L’unité au-delà des frontières pourrait être le meilleur atout pour un avenir plus libre.