Qu’était la principauté de Palu ?
La principauté de Palu était un émirat kurde centré sur la ville de Palu, sur le Murat, dans l’actuelle province d’Elazığ, à l’est de la Turquie. Étroitement liée à la principauté voisine d’Eğil, les deux maisons régnantes revendiquant la même lignée ancestrale, Palu faisait partie des principautés kurdes autonomes qui subsistèrent pendant des siècles sous suzeraineté ottomane. À l’époque contemporaine, la région de Palu devint célèbre comme le pays de Cheikh Saïd, chef de la grande révolte kurde de 1925.
Points essentiels
• Palu était une principauté kurde située sur le Murat, dans l’actuelle province d’Elazığ, à l’est de la Turquie.
• Sa maison régnante était apparentée à celle de la principauté d’Eğil, toutes deux se réclamant de la même lignée fondatrice, la lignée bulduqani de Pir Mansûr.
• Après la bataille de Tchaldiran (1514), son dirigeant se rallia aux Ottomans et Palu devint un sandjak autonome et héréditaire.
• Elle figure parmi les dynasties kurdes du Sharafnama (1597).
• La région de Palu devint ensuite le pays de Cheikh Saïd, qui mena la révolte kurde de 1925.
Repères
Nom : la principauté de Palu, ou émirat de Palu
Type : principauté kurde / sandjak ottoman autonome de type hükümet
Région : Palu, sur le Murat, dans l’actuelle province d’Elazığ, en Turquie
Maison régnante : une branche de la lignée bulduqani, apparentée aux princes d’Eğil
Époque : origines médiévales ; importance affirmée à partir de la fin du 15e siècle et au 16e siècle
Dirigeant notable : Cemşid Bey, rallié aux Ottomans au début du 16e siècle
Suzerains : les Aq Qoyunlu, les Safavides, puis les Ottomans
Source primaire : le Sharafnama de Sharaf Khan Bidlisi (1597)
Héritage contemporain : pays de Cheikh Saïd, chef de la révolte de 1925
Table des matières
Qu’était la principauté de Palu ?
Une sœur d’Eğil : la maison régnante
Palu et le règlement ottoman de 1514
Un sandjak autonome et héréditaire
Déclin et centralisation ottomane
Dirigeants et figures majeures
La place de Palu dans l’histoire kurde
Personnes, lieux et thèmes associés
Références et lectures complémentaires
Palu : la ville sur le Murat
Palu se trouve sur les rives du Murat, la principale branche orientale de l’Euphrate, dans l’actuelle province d’Elazığ, à l’est de la Turquie. La vieille ville se resserre au pied d’un escarpement rocheux abrupt couronné par les ruines du château de Palu. La position dominante de cette forteresse sur le passage du fleuve rendit le site précieux dès l’Antiquité.
C’est dans cette ville fluviale stratégique qu’une principauté kurde prit forme, l’un des émirats qui contrôlaient le haut Euphrate entre Diyarbakır, Harput et les hautes terres du Dersim. Comme pour tant d’émirats kurdes, le site associait une citadelle aisément défendable à la maîtrise d’une voie essentielle.
Une sœur d’Eğil : la maison régnante
La principauté de Palu était étroitement liée à sa voisine, la principauté d’Eğil. Elles partageaient une origine dynastique commune : la maison régnante de Palu était une branche de la lignée qui avait fondé et gouverné Eğil et qui, selon la tradition, descendait de l’ancêtre saint Pir Mansûr. Palu et Eğil étaient ainsi des principautés sœurs appartenant à une même famille kurde étendue.
Cette parenté inscrivait Palu dans l’une des traditions dynastiques kurdes les plus anciennes et les plus prestigieuses de la région de Diyarbakır, fondée sur l’union d’une filiation religieuse soufie et d’une autorité tribale et territoriale. À mesure que la famille se ramifiait, Palu s’affirma comme une principauté à part entière, gouvernant la vallée du Murat tandis que ses cousins d’Eğil tenaient les territoires du sud.
Palu et le règlement ottoman de 1514
Comme les autres émirats kurdes de la région, Palu passa de l’orbite des Aq Qoyunlu et des Safavides à celle des Ottomans après la victoire décisive de ces derniers à Tchaldiran en 1514. Dans le cadre du grand règlement du Kurdistan négocié par l’homme d’État kurde Idris Bitlisi, le dirigeant de Palu, mentionné sous le nom de Cemşid Bey, se rallia aux Ottomans et fut confirmé dans la possession héréditaire de sa principauté.
Comme à Eğil et dans les autres dynasties kurdes solidement établies, les Ottomans accordèrent à Palu un statut autonome au lieu de l’intégrer à leur système provincial ordinaire. La principauté traversa ainsi intacte les bouleversements du début du seizième siècle, sa famille régnante assurée de conserver le pouvoir le long de la frontière des longues guerres ottomano-safavides qui marquèrent la région.
Un sandjak autonome et héréditaire
Sous les Ottomans, Palu fut gouvernée comme un district autonome et héréditaire, un sandjak de type « hükümet ». La dynastie kurde locale y régnait de plein droit, exemptée du système ordinaire des timars et largement à l’abri des ingérences du pouvoir central. Pendant des générations, les begs de Palu administrèrent leur propre territoire, à l’image de leurs parents d’Eğil au sud.
Un témoignage matériel de cette époque subsiste à Palu : la mosquée historique attribuée à Cemşid Bey. Elle rappelle que les dirigeants de la principauté étaient des seigneurs des frontières et des commanditaires d’édifices religieux et civils dans leur ville fluviale.
Déclin et centralisation ottomane
L’autonomie de Palu, comme celle de toutes les principautés kurdes, fut érodée puis abolie par la politique centralisatrice de l’État ottoman au dix-neuvième siècle, lorsque les réformes des Tanzimat entraînèrent le démantèlement des émirats kurdes dans l’ensemble de l’empire.
Le pouvoir héréditaire des begs de Palu céda la place à l’administration ottomane directe, et la principauté cessa d’exister en tant que puissance autonome. Son territoire fut intégré à l’organisation provinciale ordinaire, mettant fin à des siècles de gouvernement autonome des seigneurs kurdes du Murat.
Palu et Cheikh Saïd
Au vingtième siècle, la région de Palu revint de manière spectaculaire au centre de l’histoire kurde. Elle était le pays de Cheikh Saïd, l’influent chef religieux qui mena en 1925 la première grande révolte kurde contre la nouvelle République turque. La rébellion de Cheikh Saïd cherchait à défendre l’identité kurde et islamique face à l’État laïque centralisateur.
Qu’une région autrefois gouvernée par une principauté kurde autonome soit devenue, des siècles plus tard, un berceau de la résistance kurde moderne confère à Palu une continuité frappante. Ce même pays du haut Euphrate, qui avait abrité un émirat héréditaire, devint à l’époque contemporaine un symbole de l’insoumission kurde.
Chronologie
Époque médiévale : une branche de la lignée bulduqani, la famille de Pir Mansûr, établit la principauté de Palu ; sa date de fondation exacte demeure incertaine. 15e siècle : Palu est une principauté kurde reconnue sur le Murat, aux côtés de son émirat frère d’Eğil. 1514 : après Tchaldiran, le dirigeant de Palu, mentionné sous le nom de Cemşid Bey, se rallie aux Ottomans. Début du 16e siècle : Palu est confirmée comme sandjak autonome et héréditaire de type hükümet sous suzeraineté ottomane. 1597 : Palu figure dans le Sharafnama de Sharaf Khan Bidlisi. 19e siècle : la centralisation ottomane met fin à l’autonomie de la principauté. 1925 : la région de Palu est un foyer de la révolte de Cheikh Saïd contre la République turque.
Dirigeants et figures majeures
La principauté était gouvernée par une lignée héréditaire de begs kurdes, branche de la famille qui régnait aussi sur Eğil. La figure la mieux attestée est Cemşid Bey, le dirigeant qui fit entrer Palu dans l’orbite ottomane après 1514 et dont la mémoire demeure associée à ses constructions dans la ville. La succession complète des begs de Palu n’est que partiellement conservée, et les noms et les dates des différents dirigeants, particulièrement avant le seizième siècle, doivent être considérés avec prudence. À l’époque contemporaine, le fils le plus célèbre de la région fut Cheikh Saïd, chef de la révolte de 1925.
Débats et incertitudes
Comme pour les autres principautés kurdes du haut Euphrate, les débuts de Palu ne sont que partiellement documentés. Sa date de fondation précise reste incertaine, et la généalogie détaillée de sa maison régnante, bien que clairement liée à la lignée bulduqani d’Eğil, repose largement sur la tradition et le témoignage du Sharafnama. Il convient aussi de ne pas confondre la principauté médiévale avec le district contemporain de Palu, ni de projeter rétrospectivement l’épisode ultérieur de Cheikh Saïd sur l’émirat lui-même.
La place de Palu dans l’histoire kurde
Palu illustre le réseau dense de principautés kurdes apparentées qui gouvernèrent pendant des siècles le haut Euphrate et la région de Diyarbakır. Avec son émirat frère d’Eğil et la tradition plus ancienne des Marwanides dans la région, elle représente la longue continuité du gouvernement autonome kurde le long du Murat et du Tigre.
Son histoire relie aussi de manière remarquable les émirats médiévaux au récit national kurde moderne : d’une principauté bulduqani autonome à un sandjak ottoman de type hükümet, puis au pays d’origine de l’une des révoltes kurdes les plus célèbres du vingtième siècle. Peu de petits émirats établissent un lien aussi direct entre le passé lointain et le passé récent des Kurdes.
Personnes, lieux et thèmes associés
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Questions fréquentes
Où se trouvait la principauté de Palu ?
Palu se situait sur le Murat, dans l’actuelle province d’Elazığ, à l’est de la Turquie. Elle était centrée sur la ville de Palu, au pied de son château perché sur une hauteur.
Palu était-elle apparentée à la principauté d’Eğil ?
Oui. La maison régnante de Palu était une branche de la même lignée kurde qui gouvernait la principauté voisine d’Eğil et qui, selon la tradition, descendait de Pir Mansûr. Les deux étaient donc des principautés sœurs.
Palu était-elle kurde ?
Oui. Palu était une principauté kurde, gouvernée par une dynastie kurde héréditaire et mentionnée parmi les maisons kurdes du Sharafnama.
Quelle était la relation de Palu avec les Ottomans ?
Après la bataille de Tchaldiran (1514), le dirigeant de Palu se rallia aux Ottomans et la principauté devint un sandjak autonome et héréditaire de type hükümet, gouverné par ses propres begs jusqu’au dix-neuvième siècle.
Quel lien existe-t-il entre Palu et Cheikh Saïd ?
La région de Palu était le pays de Cheikh Saïd, le chef religieux qui mena la grande révolte kurde de 1925 contre la République turque, donnant à la région une place majeure dans l’histoire kurde moderne.
Qu’est-ce qui mit fin à la principauté de Palu ?
La centralisation ottomane du dix-neuvième siècle mit fin à son autonomie : les émirats kurdes héréditaires furent démantelés et remplacés par une administration directe.
Références et lectures complémentaires
Sharaf Khan Bidlisi, Sharafnama (1597) : mentionne Palu parmi les principautés kurdes.
Études sur les émirats kurdes du haut Euphrate et de la région de Diyarbakır.
Travaux historiques sur Palu, son château et la révolte de Cheikh Saïd de 1925.
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