Introduction
Tawuse Melek, l’Ange-Paon, est la figure la plus vénérée de la foi yézidie, ou êzidî : le premier des sept êtres saints auxquels Dieu a confié le soin du monde. Rayonnant, créé de la propre lumière de Dieu, il est pour les Yézidis un être entièrement bienveillant, l’intendant divin de la création.
Le yézidisme est une religion vivante, et non un recueil de récits anciens ; Tawuse Melek est une figure sacrée profondément vénérée. Son histoire a pourtant été tragiquement mal comprise par les personnes extérieures à cette foi, un malentendu qui a valu des siècles de persécution au peuple yézidi. Comprendre qui est véritablement l’Ange-Paon suppose de distinguer la croyance yézidie des mythes racontés à son sujet.
Sommaire
Le récit : l’Ange-Paon et l’épreuve de la dévotion
Tawuse Melek dans la croyance yézidie
Persécutions et génocide de 2014
Références et lectures complémentaires
Qui est Tawuse Melek ?
Tawuse Melek est le chef des heft sirr, les sept êtres saints ou « Sept Mystères » par lesquels le Dieu unique, Xwede, gouverne le monde. Créé le premier, de la propre lumière de Dieu, il est honoré comme son représentant sur terre et figuré par le paon, symbole de beauté, d’immortalité et de renouveau. Il n’est ni un ange déchu ni une source de mal ; dans la croyance yézidie, il est avant tout le fidèle serviteur de Dieu.
À retenir
Tawuse Melek, l’Ange-Paon, est le premier des sept êtres saints de la foi yézidie.
Il fut créé le premier, de la propre lumière de Dieu, et exerce la fonction de représentant de Dieu sur le monde.
Il refusa de se prosterner devant Adam par dévotion à Dieu seul, acte que les Yézidis vénèrent comme une fidélité suprême.
Il est entièrement bienveillant ; affirmer que les Yézidis « adorent le diable » est une assimilation fausse et profondément nuisible.
Il est symbolisé par le paon et étroitement associé au cheikh Adi et à la vallée sacrée de Lalish.
Repères
Nom : Tawuse Melek, l’Ange-Paon
Autres graphies : Melek Taus, Malak Tawus
Sens : « Melek » signifie roi ou ange et « Tawus », paon
Tradition : le yézidisme, ou foi êzidî, religion kurde monothéiste
Rôle : premier des sept êtres saints (heft sirr) ; représentant de Dieu et intendant du monde
Création : le premier, de la propre lumière de Dieu (Ronahi)
Symbole : le paon et sa plume : immortalité, renouveau et splendeur divine
Centre sacré : Lalish, dans le nord de l’Irak
Figure associée : le cheikh Adi ibn Musafir, vénéré comme son incarnation terrestre
Attestation : tradition orale sacrée (qewls), avec quelques textes écrits contestés, du passage de l’oral à l’écrit
Le récit : l’Ange-Paon et l’épreuve de la dévotion
Dans la croyance yézidie, le Dieu unique, Xwede, créa d’abord un être rayonnant de sa propre lumière : Tawuse Melek. Il créa ensuite six autres êtres saints, qui forment ensemble l’Heptade par laquelle la volonté de Dieu s’accomplit dans le monde.
Lorsque Dieu façonna le premier homme, Adam, à partir de poussière et lui insuffla la vie, il ordonna aux anges de se prosterner devant cette nouvelle création. Tawuse Melek refusa. Il le fit par dévotion plutôt que par orgueil : Dieu lui avait dit de ne se prosterner devant personne d’autre que son Créateur, et il plaça ce commandement au-dessus de tout.
Dans la compréhension yézidie, il s’agissait d’une épreuve de fidélité, que Tawuse Melek réussit. Loin d’être puni, il fut élevé au rang de chef des anges et nommé représentant de Dieu sur terre, chargé de gouverner la création.
Une tradition largement racontée veut que Tawuse Melek ait pleuré sa séparation d’avec Dieu pendant sept mille ans. Ses larmes auraient rempli sept jarres, dont le contenu aurait servi à éteindre les feux de l’enfer. L’image est éloquente : dans la croyance yézidie, il n’existe pas d’enfer éternel gouverné par un diable, puisque les larmes de l’Ange-Paon en ont éteint les flammes.
Chaque année, les Yézidis commémorent la descente de Tawuse Melek sur terre, lorsqu’il lui aurait apporté la vie et la couleur. À cette occasion, des lampes sont allumées en son honneur et sa présence est portée parmi la communauté sous une forme sacrée.
Tawuse Melek dans la croyance yézidie
L’Ange-Paon et les sept êtres saints
Le yézidisme est une religion monothéiste et non dualiste : il existe un seul Dieu transcendant, Xwede, qui ne gouverne pas directement le monde, mais le confie aux sept êtres saints. Tawuse Melek est le premier d’entre eux. Selon le récit yézidi de la création, Dieu fit d’abord une perle de sa propre lumière ; de celle-ci émergea l’Heptade, puis l’univers entier, l’Ange-Paon devenant l’intendant de ce qui avait été créé.
L’assimilation erronée à Satan
Depuis la fin du 16e siècle, certaines personnes extérieures à la foi accusent à tort les Yézidis d’« adorer le diable ». L’accusation repose sur une seule ressemblance : dans l’islam, Iblis refuse lui aussi de se prosterner devant Adam et se trouve pour cela condamné comme Satan. Mais le sens est inverse. Là où l’islam voit dans le refus d’Iblis le péché qui le damne, les Yézidis voient dans celui de Tawuse Melek la preuve de sa pure dévotion à Dieu. Les Yézidis ne croient pas du tout à un diable ; ils considèrent que le mal vient du cœur humain et non d’un être divin, et le nom même de Satan est tabou chez eux. Identifier Tawuse Melek à Satan constitue, selon les chercheurs, une erreur fondamentale de catégorie.
Le cheikh Adi et la parole sacrée
Le mystique du 12e siècle, le cheikh Adi ibn Musafir, qui s’installa à Lalish, est vénéré dans le yézidisme comme une incarnation terrestre de Tawuse Melek. Tous deux sont les principales figures actives de cette foi. L’enseignement yézidi se conserve avant tout dans les qewls, hymnes oraux sacrés transmis par des récitants formés. Certains textes écrits, comme le Kiteba Cilwe, ou « Livre de l’illumination », sont réputés contenir ses paroles. Mais les chercheurs traitent ces manuscrits tardifs avec prudence et considèrent la tradition orale vivante comme un témoin plus fiable de la croyance yézidie.
Symbolisme
Le paon est l’emblème parfait de Tawuse Melek. Son plumage chatoyant et multicolore évoque la splendeur divine et la beauté de la création. Une ancienne croyance selon laquelle sa chair ne se décompose pas en a fait un symbole d’immortalité et de renouveau. Des représentations du paon ornent les sanctuaires, les portails et les tombes yézidis.
Au-delà de l’oiseau, Tawuse Melek incarne la lumière et la dévotion. Créé de la propre lumière de Dieu, il représente le serviteur fidèle dont l’allégeance première va au Créateur et, par ses pleurs et sa réconciliation, le triomphe de la miséricorde sur la punition.
Culte et lieux sacrés
Le cœur spirituel du yézidisme est Lalish, vallée sacrée du nord de l’Irak où le cheikh Adi est enterré et où les Yézidis se rendent en pèlerinage. Les représentations du paon emplissent ses sanctuaires, et des étendards sacrés en bronze figurant l’Ange-Paon, appelés sanjaks, sont portés parmi les communautés yézidies lors de processions solennelles. Les Yézidis prient plusieurs fois par jour en se tournant vers le soleil, et la lumière marque nombre de leurs pratiques, des lampes des sanctuaires aux bougies du Nouvel An.
Persécutions et génocide de 2014
La fausse accusation de culte du diable a eu des conséquences terribles. Pendant des siècles, les Yézidis subirent des massacres répétés qui poussèrent leurs communautés vers les montagnes isolées du Sinjar, ou Singal, et la région de Lalish. En 2014, le groupe armé État islamique lança un génocide contre les Yézidis du Sinjar, assassinant des milliers d’hommes, réduisant en esclavage des milliers de femmes et d’enfants et contraignant des centaines de milliers de personnes à fuir. D’importantes communautés yézidies vivent aujourd’hui en déplacement et au sein d’une diaspora croissante, surtout en Allemagne. L’histoire de l’Ange-Paon est indissociable des souffrances et de la survie du peuple qui le tient pour sacré.
Débats et idées fausses
Les Yézidis adorent-ils le diable ? Non. C’est le mythe le plus nuisible au sujet de leur foi, et il est faux. Les Yézidis ne croient pas à un diable, ne considèrent pas Tawuse Melek comme maléfique ou déchu et se voient même interdire de prononcer le nom de Satan. L’accusation naît seulement d’une ressemblance superficielle avec le récit islamique d’Iblis.
Le yézidisme est-il simplement un « ancien zoroastrisme » ? Le yézidisme partage certains traits avec la religion iranienne ancienne et puise à plusieurs traditions, mais les chercheurs mettent en garde contre sa réduction à une simple survivance du zoroastrisme. C’est une foi distincte et vivante. Et comme elle se transmet principalement par des hymnes oraux, les textes imprimés tardifs parfois cités comme des « écritures » yézidies doivent être abordés avec prudence.
Sujets connexes
Le mythe yézidi de la création : la perle, l’oiseau primordial et la naissance du monde
Les qewls : les hymnes oraux sacrés des Yézidis
Sex Sems : la figure sainte solaire de la tradition yézidie
Lalish : la vallée sacrée du yézidisme
Carsema Sor : le Nouvel An yézidi
Les sept anges de la croyance yézidie
Questions fréquentes
Qui est Tawuse Melek ?
Tawuse Melek, l’Ange-Paon, est le premier des sept êtres saints de la foi yézidie et le représentant de Dieu sur le monde. Il fut créé le premier, de la propre lumière de Dieu, et est entièrement bienveillant.
Les Yézidis adorent-ils le diable ?
Non. C’est une accusation fausse et nuisible. Les Yézidis ne croient pas à un diable et ne considèrent pas Tawuse Melek comme maléfique. Le mythe vient seulement d’une ressemblance superficielle entre son refus de se prosterner devant Adam et le récit islamique d’Iblis.
Pourquoi Tawuse Melek refusa-t-il de se prosterner devant Adam ?
Parce que Dieu lui avait ordonné de ne se prosterner devant personne d’autre que son Créateur. Dans la croyance yézidie, son refus était une épreuve de fidélité qu’il réussit, ce qui lui valut d’être élevé au rang de chef des anges.
Pourquoi Tawuse Melek est-il représenté par un paon ?
Le paon symbolise la splendeur et la beauté divines ainsi que l’immortalité et le renouveau, en raison d’une ancienne croyance selon laquelle sa chair ne se décompose pas. Ses représentations décorent les sanctuaires et les objets sacrés yézidis.
Quel est le lien entre Tawuse Melek et le cheikh Adi ?
Le mystique du 12e siècle, le cheikh Adi ibn Musafir, enterré à Lalish, est vénéré comme une incarnation terrestre de Tawuse Melek. Tous deux sont les figures centrales de la dévotion yézidie.
