Introduction

Le 2 septembre 1192, l’un des traités les plus célèbres de l’histoire des croisades fut signé entre deux hommes dont les légendes résonnent encore aujourd’hui : Richard Ier d’Angleterre, Cœur de Lion, et Salah ad-Din Yusuf ibn Ayyub, connu dans le monde occidental sous le nom de Saladin. Ce que l’on oublie souvent, ou que l’on occulte délibérément, c’est que Saladin était kurde. Le traité de Jaffa dépassait l’accord entre un roi chrétien et un sultan musulman. Il témoignait de la suprématie politique et militaire kurde dans le monde médiéval : le moment où un souverain kurde dicta ses conditions au roi guerrier le plus célébré de la chrétienté.

Le traité de Jaffa mit fin à la troisième croisade, préserva le contrôle musulman sur Jérusalem et assura une trêve de trois ans qui stabilisa les territoires ayyoubides, dirigés par des Kurdes, dans tout le Levant. Il constitue l’une des réalisations diplomatiques les plus importantes de l’histoire kurde, prouvant que les dirigeants kurdes façonnèrent la politique régionale comme le cours de l’histoire mondiale.


Sommaire

Qu’était le traité de Jaffa (1192) ?

Points essentiels

Repères

Saladin : le sultan kurde

La troisième croisade

Les clauses du traité

Chronologie

Héritage et importance

Questions fréquentes

Références


Qu’était le traité de Jaffa (1192) ?

Le traité de Jaffa fut une trêve signée le 2 septembre 1192 entre Saladin (Salah ad-Din Yusuf ibn Ayyub), sultan d’Égypte et de Syrie d’origine kurde et fondateur de la dynastie ayyoubide, et Richard Ier d’Angleterre (Richard Cœur de Lion), roi d’Angleterre et chef de la troisième croisade. Négocié avec l’aide de Balian d’Ibelin, le traité garantissait une trêve de trois ans entre les forces croisées et ayyoubides et mettait fin à la troisième croisade.

Selon les clauses du traité, Jérusalem resterait sous contrôle musulman ayyoubide, mais les pèlerins et marchands chrétiens non armés auraient un accès libre et sûr à la Ville sainte. Les États croisés conservaient une étroite bande côtière de Tyr à Jaffa. La forteresse disputée d’Ascalon, que Saladin avait démolie plutôt que de la laisser tomber aux mains des croisés, devait rester démantelée. Ce fut un triomphe diplomatique pour Saladin : Jérusalem restait aux mains des Ayyoubides dirigés par des Kurdes.

Points essentiels

• Saladin, fondateur d’origine kurde de la dynastie ayyoubide, négocia d’égal à égal avec le roi chrétien le plus puissant d’Europe, démontrant la suprématie politique et militaire kurde.

• Jérusalem resta sous le contrôle des Ayyoubides dirigés par des Kurdes : l’objectif premier de la troisième croisade avait échoué parce qu’un sultan kurde avait tenu bon.

• Le traité illustrait la légendaire chevalerie de Saladin : même victorieux, il accorda aux pèlerins chrétiens un passage sûr vers Jérusalem, gagnant l’admiration des mondes musulman et chrétien.

• L’Empire ayyoubide, qui s’étendait sur l’Égypte, la Syrie, la Palestine, le Yémen et l’Irak, fut fondé et dirigé par une famille kurde de Tikrit, faisant de ce traité un produit de l’art de gouverner kurde à son apogée.

Repères

Nom du traité : traité de Jaffa (également : traité de Ramla) Date : 2 septembre 1192 Parties : Saladin (Salah ad-Din, sultan ayyoubide kurde) et Richard Ier d’Angleterre (Cœur de Lion) Type : trêve de trois ans Clauses principales : Jérusalem reste sous contrôle musulman ; libre accès accordé aux pèlerins chrétiens ; les États croisés conservent la bande côtière de Tyr à Jaffa ; Ascalon doit rester démantelée Négociateur : Balian d’Ibelin Conflit achevé : la troisième croisade (1189–1192) Origine de Saladin : kurde, né en 1137 à Tikrit, de la tribu kurde Rawadiya/Hadhbani Dynastie : ayyoubide (kurde), régnant de 1171 à 1260

Saladin : le sultan kurde

Salah ad-Din Yusuf ibn Ayyub, Saladin, naquit en 1137 à Tikrit, dans l’Irak actuel, au sein d’une famille kurde de la branche Rawadiya de la tribu Hadhbani. Son père, Najm ad-Din Ayyub, et son oncle, Asad ad-Din Shirkuh, étaient des commandants militaires au service de la dynastie zengide en Syrie. Issu de cette famille militaire kurde, Saladin devint le premier sultan d’Égypte et de Syrie, fonda la dynastie ayyoubide, reprit Jérusalem aux croisés en 1187 et bâtit un empire s’étendant de l’Égypte au nord de l’Irak, terre de ses ancêtres kurdes.

L’identité kurde de Saladin ne relève pas d’un révisionnisme moderne : elle est établie dans toutes les grandes sources historiques. Il était kurde, il le savait, et la dynastie qu’il fonda était explicitement d’origine kurde. L’Empire ayyoubide représente l’apogée de la puissance géopolitique kurde dans le monde médiéval : une famille kurde régnant du Caire à Damas, de La Mecque à Diyar Bakr. Aucun souverain kurde, avant ou depuis, n’a exercé un pouvoir d’une telle ampleur.

La troisième croisade : les plus grands rois d’Europe contre un sultan kurde

La reprise de Jérusalem par Saladin en octobre 1187, après sa victoire décisive à la bataille de Hattin, bouleversa la chrétienté et déclencha la troisième croisade (1189–1192). Trois des monarques les plus puissants d’Europe prirent la croix : Frédéric Barberousse, empereur du Saint-Empire romain germanique, le roi Philippe II de France et le roi Richard Ier d’Angleterre. Frédéric se noya en chemin ; Philippe repartit tôt après le siège d’Acre. Seul Richard resta pour affronter directement Saladin.

La campagne qui suivit fut l’un des affrontements militaires les plus célèbres de l’histoire médiévale. Richard remporta des victoires au siège d’Acre (1191) et à la bataille d’Arsouf (1191), mais n’atteignit jamais son but ultime : reconquérir Jérusalem. La profondeur stratégique de Saladin, sa connaissance du terrain et sa capacité à maintenir la cohésion de son armée dans un vaste empire permettaient à Richard de gagner des batailles, mais pas la guerre. Le sultan kurde possédait les ressources, la patience stratégique et l’habileté politique nécessaires pour tenir plus longtemps que son adversaire.

Le dernier acte se joua à la bataille de Jaffa en août 1192. Saladin prit la ville d’assaut, mais Richard contre-attaqua avec une force minuscule et tint bon. Les deux camps étaient épuisés. Richard souffrait du paludisme. L’armée de Saladin était lasse de la guerre après des années de campagnes ininterrompues. L’heure était à la diplomatie, et Saladin négociait en position de force.

Les clauses du traité : une victoire kurde

Les clauses du traité reflétaient la position dominante de Saladin. Jérusalem, raison d’être de la croisade, demeurait fermement sous contrôle ayyoubide. Les États croisés chrétiens étaient réduits à une étroite bande côtière de Tyr à Jaffa. Ascalon, forteresse d’une importance stratégique vitale qui menaçait les communications de Saladin entre l’Égypte et la Syrie, devait rester démantelée. En échange, Saladin accepta que les pèlerins et marchands chrétiens non armés puissent visiter Jérusalem librement et en sécurité.

Cette concession, accorder l’accès à Jérusalem même dans la victoire, était caractéristique de la légendaire magnanimité de Saladin. Lorsqu’il avait repris Jérusalem en 1187, il avait épargné les habitants chrétiens de la ville, à l’opposé du massacre des musulmans et des juifs commis par les croisés lors de leur prise de la ville en 1099. Sa chevalerie lui valut l’admiration des mondes musulman et chrétien, et reste l’une des qualités les plus célébrées d’un souverain kurde dans l’histoire.

Même pendant la guerre, al-Adil (Saphadin), frère de Saladin, envoya un cheval frais à Richard lorsque la monture du roi anglais fut blessée au combat : un geste chevaleresque entre ennemis qui aurait été impensable dans la plupart des conflits. La cour ayyoubide kurde fixa des normes d’honneur et de conduite que les royaumes croisés peinaient à égaler.

Chronologie des principaux événements

1137 — Naissance de Saladin à Tikrit dans une famille kurde de la tribu Rawadiya.

1171 — Saladin abolit le califat fatimide et fonde la dynastie ayyoubide en Égypte.

1187 — Bataille de Hattin ; Saladin reprend Jérusalem après 88 ans de domination croisée.

1189 — Début de la troisième croisade ; Frédéric Barberousse, Philippe II et Richard Ier prennent la croix.

1191 — Les croisés prennent Acre ; Richard remporte la bataille d’Arsouf.

Août 1192 — Bataille de Jaffa, dernier affrontement militaire de la troisième croisade.

2 septembre 1192 — Signature du traité de Jaffa ; trêve de trois ans ; Jérusalem reste sous contrôle ayyoubide.

4 mars 1193 — Saladin meurt à Damas après avoir donné presque toute sa fortune à des œuvres de charité.

Héritage et importance pour l’histoire kurde

Le traité de Jaffa représente l’apogée de la puissance diplomatique et militaire kurde. Un sultan kurde, né dans une famille kurde de Tikrit et à la tête d’une dynastie fondée par des Kurdes, négocia la fin de la plus grande expédition militaire jamais lancée par la chrétienté et l’emporta. Jérusalem resta aux mains de dirigeants kurdes. L’Empire ayyoubide, avec sa famille régnante kurde, demeura la puissance dominante au Levant.

L’identité kurde de Saladin est l’un des faits les plus systématiquement effacés de l’histoire populaire. Il est couramment décrit comme « arabe » ou simplement « musulman », dans l’historiographie occidentale comme arabe, ce qui le prive de l’identité ethnique confirmée par toutes les sources primaires. Il était kurde. Sa famille était kurde. La dynastie qu’il fonda était kurde. Le traité de Jaffa fut le produit de l’art de gouverner kurde, du commandement militaire kurde et de la vision politique kurde.

Le traité renforça aussi la réputation de Saladin comme modèle de conduite chevaleresque. Sa clémence, sa générosité et sa volonté d’accorder l’accès à Jérusalem même après l’avoir conquise militairement firent de lui l’une des figures les plus admirées des traditions islamique et occidentale. Pour les Kurdes, Saladin est une figure historique et la preuve que les dirigeants kurdes, lorsqu’ils en ont l’occasion, produisent davantage que la conquête pour elle-même : la justice, la tolérance et l’art de gouverner au plus haut niveau.


Questions fréquentes

Qu’était le traité de Jaffa (1192) ?

Une trêve de trois ans signée le 2 septembre 1192 entre Saladin, sultan ayyoubide d’origine kurde, et Richard Ier d’Angleterre, mettant fin à la troisième croisade. Jérusalem resta sous contrôle musulman, tandis que les pèlerins chrétiens obtenaient le libre accès à la Ville sainte.


Saladin était-il kurde ?

Oui. Toutes les grandes sources historiques confirment que Saladin naquit dans une famille kurde de Tikrit, dans l’Irak actuel, de la branche Rawadiya de la tribu kurde Hadhbani. Son père Najm ad-Din Ayyub et son oncle Shirkuh étaient des commandants militaires kurdes. La dynastie ayyoubide qu’il fonda était explicitement d’origine kurde.


Pourquoi ce traité est-il important pour l’histoire kurde ?

Il représente l’apogée de la puissance diplomatique et militaire kurde. Un sultan kurde négocia la fin de la plus grande croisade, conserva Jérusalem et gagna le respect des mondes musulman et chrétien. L’Empire ayyoubide fut l’État le plus vaste et le plus puissant jamais gouverné par une dynastie kurde.


Références et lectures complémentaires

Encyclopædia Britannica — Saladin

Wikipédia — Bataille de Jaffa (1192)

Riley-Smith, J., The Crusades: A History, paru chez Bloomsbury en 2014.

Axelrod, A. et Phillips, C.L., Encyclopedia of Historical Treaties and Alliances, vol. 1, Zenda Inc., 2001.