Introduction
Zembilfiros, « le vendeur de paniers », est l’un des récits les plus aimés de la littérature kurde : l’histoire d’un prince qui renonça à la richesse et au pouvoir pour vivre humblement en tressant et en vendant des paniers, et qui choisit la mort plutôt que de trahir sa foi. Elle subsiste à la fois comme poème kurde classique et comme légende populaire vivante.
Là où Mem u Zin et Siyabend u Xece sont des tragédies amoureuses, Zembilfiros est une tragédie de la vertu. Son héros est tenté de transgresser un code moral plutôt qu’un code social, et son refus, même au prix de sa vie, en a fait un modèle de piété et d’intégrité dont on se souvient dans tout le Kurdistan.
Sommaire
Le prince qui vendait des paniers
Un récit qui rappelle celui de Joseph
Le poème, ses poètes et son sanctuaire
Références et lectures complémentaires
Qu’est-ce que Zembilfiros ?
Zembilfiros, « le vendeur de paniers », également écrit Zembilfirosh, est un poème narratif kurde classique et une légende populaire, attribué au poète Feqiye Teyran et également transmis par la tradition orale. Il raconte l’histoire du prince Saed, qui abandonne sa vie royale pour devenir un humble vendeur de paniers, et de la noble dame dont il repousse le désir, choisissant de mourir plutôt que de trahir sa foi. Ce récit est souvent comparé à celui de Joseph et de la femme de Potiphar.
Points essentiels
Zembilfiros signifie « le vendeur de paniers » et figure parmi les grands récits de la littérature kurde.
Son héros est le prince Saed, qui renonce au pouvoir pour vivre humblement de la vente de paniers.
Une noble dame le désire, mais il la repousse par piété et par foi.
Il choisit une chute mortelle plutôt que de trahir ses convictions morales et religieuses.
Le récit fait écho à celui de Joseph, ou Yusuf, et de la femme de Potiphar, Zuleikha.
Repères
Nom : Zembilfiros (« le vendeur de paniers » ; également Zembilfirosh, Zambil Frosh)
Type : Poème narratif kurde classique et légende populaire
Attribué à : Feqiye Teyran, ainsi qu’à Mela Bate ; également vivant dans la tradition orale
Héros : Le prince Saed, fils du prince Hassan de Farqin (Silvan), près d’Amed
Récit : Un prince qui renonce au pouvoir pour vivre humblement de la vente de paniers
Conflit : Une noble dame le désire ; il la repousse par piété
Dénouement : Il fait une chute mortelle plutôt que de trahir sa foi
Parallèle : Le récit de Joseph (Yusuf) et de la femme de Potiphar (Zuleikha)
Sanctuaire : Sa tombe est vénérée à Batifa, près de Zakho, au Kurdistan irakien
Attestation : Un récit kurde très aimé, entré jusque dans la littérature religieuse orale yézidie
Le prince qui vendait des paniers
Le héros du récit est le prince Saed, fils du prince Hassan, qui gouvernait la ville de Farqin, l’actuelle Silvan, près d’Amed dans le Kurdistan septentrional. Son père laissa le souvenir d’un souverain dur et peu aimé. Le jeune prince, pieux et troublé par la vie de cour, se détourna de la richesse et du pouvoir auxquels sa naissance le destinait.
Quittant le domaine de son père, Saed voyagea vers le sud jusqu’à la région de Zakho et y exerça le plus humble des métiers, tressant des paniers et les vendant pour gagner son pain. De là vint le nom sous lequel tous le connaissent : Zembilfiros, le vendeur de paniers. En choisissant la pauvreté et le travail honnête plutôt que les privilèges d’un prince, il devint une figure de piété et de renoncement.
La tentation et la chute
Le cœur de l’histoire est une épreuve de vertu. Une noble dame, l’épouse du seigneur de la citadelle dans les versions les plus connues, aperçoit le beau jeune vendeur de paniers et brûle de désir pour lui. Elle le fait venir et le presse de céder, lui offrant tout ce à quoi il avait renoncé. Mais Saed, fidèle à Dieu et à sa propre intégrité, la repousse encore et encore.
Lorsqu’elle refuse de renoncer et qu’il ne peut plus lui échapper, le vendeur de paniers choisit la mort plutôt que le déshonneur. Dans les récits du Kurdistan septentrional, il se jette d’une haute fenêtre de la citadelle sur les rochers en contrebas et meurt. Il sacrifie sa vie plutôt que de trahir sa foi, passant ainsi de prince à vendeur de paniers, puis à martyr de la vertu.
Un récit qui rappelle celui de Joseph
L’histoire de Zembilfiros appartient à une famille de récits connus dans tout le Moyen-Orient. Elle rappelle étroitement celle de Joseph et de la femme de Potiphar, connus dans le monde islamique sous les noms de Yusuf et Zuleikha : le beau et vertueux Joseph repousse les avances de l’épouse de son maître et souffre pour sa chasteté. Ce thème était profondément apprécié des Kurdes, et Zembilfiros en est la grande incarnation kurde.
Le récit kurde donne toutefois à ce motif sa couleur propre. Son héros n’est pas un esclave, mais un prince qui a choisi la pauvreté, et son refus tient autant au renoncement au pouvoir terrestre qu’à la chasteté. Dans Zembilfiros, les tentations de la chair et du monde sont rejetées ensemble.
Le poème, ses poètes et son sanctuaire
Zembilfiros est à la fois écrit et chanté. Une célèbre version versifiée du récit est attribuée au grand poète mystique Feqiye Teyran, et une autre au poète Mela Bate, tandis que les dengbej l’ont porté en chanson pendant des siècles. Le récit était si aimé qu’une version entra jusque dans la littérature religieuse orale des Yézidis, prenant place parmi leurs récitations sacrées, proches des qewls yézidis.
La légende est aussi enracinée dans la terre. La tombe du vendeur de paniers est vénérée à Batifa, près de Zakho au Kurdistan irakien, où l’on honore encore aujourd’hui le tombeau du prince devenu vendeur de paniers. Comme la montagne de Siyabend et Xece, ce sanctuaire rattache le récit à un lieu réel du pays.
Symbolisme
Zembilfiros est une parabole de l’intégrité. Son héros renonce tour à tour aux trois choses que le monde prise le plus : le pouvoir, la richesse et la satisfaction du désir. En abandonnant sa principauté pour une vie de vannier, puis sa vie elle-même plutôt que sa foi, il incarne un idéal de piété et de maîtrise de soi que la tradition kurde honore au plus haut point.
Le récit comporte aussi une critique sociale discrète. Son héros vertueux est l’artisan pauvre, tandis que la tentation et la corruption siègent dans la citadelle des puissants. Dans Zembilfiros, la véritable noblesse tient à la droiture plutôt qu’au rang, message qui a gardé le vendeur de paniers près du cœur des gens ordinaires.
Débats et idées reçues
Était-ce l’épouse du seigneur ou sa fille ? Les versions diffèrent. Dans la tradition kurde septentrionale, c’est le plus souvent l’épouse du prince ou du seigneur qui désire le vendeur de paniers ; dans certains récits méridionaux, il s’agit de sa fille. De telles variations sont naturelles dans une histoire portée pendant des siècles par de nombreuses voix sur un vaste territoire.
Qui a écrit Zembilfiros, et l’histoire est-elle vraie ? Le poème est attribué à Feqiye Teyran ainsi qu’à Mela Bate, et il est probable que plusieurs poètes aient façonné les versions dont nous disposons, à partir d’un récit oral encore plus ancien. La tradition veut qu’il s’inspire d’un prince réel, et son sanctuaire est montré à Batifa, mais, comme pour les autres grandes légendes kurdes, sa vérité la plus profonde est morale plutôt que strictement historique.
Sujets connexes
Mem u Zin : la grande romance tragique kurde
Siyabend u Xece : une autre légende qui se termine par une chute mortelle depuis les hauteurs
Feqiye Teyran : le poète mystique auquel le poème est attribué
Les qewls yézidis : les récitations sacrées dans lesquelles le récit est entré
Yusuf et Zuleikha : l’histoire de Joseph à laquelle le récit fait écho
Les dengbej : les bardes qui gardent le récit vivant par le chant
Questions fréquentes
Que signifie Zembilfiros ?
Zembilfiros signifie « le vendeur de paniers » en kurde. C’est à la fois le nom de la légende et celui de son héros, le prince Saed, qui abandonna sa vie royale pour vendre des paniers.
Quelle est l’histoire de Zembilfiros ?
Elle raconte l’histoire d’un prince qui renonce au pouvoir pour vivre humblement comme vendeur de paniers. Une noble dame le désire, mais il la repousse par piété et choisit la mort plutôt que de trahir sa foi.
Pourquoi compare-t-on Zembilfiros à Joseph ?
Parce que le récit fait écho à l’histoire de Joseph et de la femme de Potiphar, Yusuf et Zuleikha, dans laquelle un jeune homme vertueux repousse les avances d’une femme puissante et souffre pour sa chasteté.
Qui a écrit Zembilfiros ?
Une célèbre version versifiée est attribuée au poète mystique Feqiye Teyran, et une autre à Mela Bate. Le récit vit également dans la tradition orale et était chanté par les dengbej.
Existe-t-il un sanctuaire de Zembilfiros ?
Oui. La tombe du vendeur de paniers, identifié au prince Saed, est vénérée à Batifa, près de Zakho au Kurdistan irakien.
Références et lectures complémentaires
Folklore kurde — The Kurdish Project
Littérature écrite kurde — Encyclopaedia Iranica
Zanbilfirosh, le vendeur de paniers (folklore néo-araméen et kurde du nord de l’Irak)
