Büryan kebab : l’agneau kurde rôti en fosse que la Turquie revendique comme sien
Le büryan kebab est une méthode kurde de cuisson lente d’un agneau ou d’une chèvre entiers dans un four en fosse profonde : la viande est salée, suspendue à des crochets et descendue dans un tanûr chauffé au bois pendant des heures, jusqu’à se défaire au toucher. Il vient des villes kurdes de Siirt (Sert) et de Bitlis (Bedlîs), deux des plus anciens centres de peuplement kurde du nord du Kurdistan. Les termes employés pour décrire la viande du plat sont kurdes : hevur (bouc), tiştîr (chèvre n’ayant jamais mis bas). La technique de cuisson dans une fosse souterraine est un savoir-faire pastoral kurde ancien. Pourtant, à l’international, le büryan est qualifié de « plat traditionnel turc à base de viande ». En 2021, les autorités turques lui ont accordé une indication géographique sous une dénomination turque. Son origine kurde — les villes kurdes, les bouchers kurdes, la terminologie kurde — est effacée.
Points essentiels
• Agneau ou chèvre entiers rôtis lentement dans une fosse profonde de type tanûr pendant 2–3,5 heures, servis sur du pain plat avec du yaourt
• Originaire de Siirt et de Bitlis, des villes kurdes qui précèdent la Turquie de plusieurs millénaires
• Même la terminologie de la viande est kurde : hevur (bouc), tiştîr (chèvre n’ayant jamais mis bas)
• Des migrants kurdes ont apporté le büryan à Istanbul, où il est aujourd’hui vendu au Kadınlar Pazarı, décrit comme « ce qui ressemble le plus à un petit Kurdistan à Istanbul »
• En 2021, la Turquie lui a accordé une indication géographique sous une dénomination turque, sans attribution kurde
Repères
Nom kurde : Büryan Kebab
Rebaptisé : « Plat traditionnel turc à base de viande » — certifié par une indication géographique sous une dénomination turque (2021)
Type : Agneau/chèvre entiers rôtis dans un tanûr souterrain, servis sur du pain plat
Origine : Siirt (Sert) et Bitlis (Bedlîs), villes kurdes du nord du Kurdistan
Statut : ÉLEVÉ — plat kurde revendiqué comme cuisine nationale turque, certifié par une indication géographique de l’État turc
Origines : villes kurdes, bouchers kurdes, mots kurdes
Le büryan kebab vient de Siirt et de Bitlis. Il ne s’agit pas de villes turques qui se trouveraient avoir des minorités kurdes. Ce sont des villes kurdes, centres de peuplement du peuple kurde depuis des siècles avant la proclamation de la République turque en 1923. Siirt est la ville qui a donné au monde le perde pelav. Bitlis se situe sur la rive sud du lac de Van, au cœur du territoire historique kurde. Le plat est préparé dans ces villes depuis des générations par des bouchers kurdes, à l’aide de catégories d’élevage et d’une terminologie kurdes.
La langue raconte cette histoire. À Bitlis, la viande employée pour le büryan s’appelle hevur, le mot kurde désignant la viande de bouc. L’animal préféré est le tiştîr, terme kurde pour une chèvre n’ayant jamais mis bas, dont la viande est considérée comme la plus tendre et la plus savoureuse. À Siirt, on emploie à la place de l’agneau mâle. Ce sont des termes kurdes d’élevage qui subsistent dans les publications culinaires même lorsque le plat est qualifié de turc, parce qu’ils n’ont pas d’équivalent en turc. Les mots sont kurdes. Les bouchers sont kurdes. Les villes sont kurdes.
Le feu souterrain
Une fosse profonde tapissée de pierres est chauffée au bois jusqu’à ce que ses parois rayonnent d’une chaleur intense. Une demi-carcasse d’agneau ou de chèvre est salée, suspendue à des crochets de fer et descendue dans la fosse. L’ouverture est fermée hermétiquement. La viande rôtit doucement pendant deux à trois heures et demie ; les morceaux avec os demandent davantage de temps que les morceaux désossés. En fondant, la graisse s’égoutte dans un chaudron placé au fond de la fosse, ce qui évite la fumée et produit un effet d’arrosage naturel. On obtient une viande si tendre qu’elle se défait, à la peau croustillante et à la profonde saveur fumée. Elle est sortie de la fosse, tranchée ou déchirée à la main et servie sur un lit de pain plat chaud. Elle s’accompagne d’avşor çorbası, une soupe épicée et revigorante préparée avec les jus du büryan, relevée de poivre et garnie de fines lamelles de viande rôtie. Du yaourt, des herbes fraîches et de l’oignon cru complètent le repas.
Des noms contestés : de la fosse kurde au brevet turc
L’appropriation suit un schéma familier. Un plat préparé par des Kurdes dans des villes kurdes, selon des techniques kurdes, est rebaptisé « turc » simplement parce que ces villes se trouvent à l’intérieur des frontières de la Turquie, des frontières tracées dans les années 1920 sur des terres que les Kurdes habitaient depuis des millénaires. Grokipedia décrit le büryan comme « un plat traditionnel turc à base de viande originaire de la province de Bitlis ». L’encyclopédie KÜRE le classe dans la « cuisine traditionnelle turque ». En 2021, les autorités turques lui ont accordé une indication géographique (IG), le même mécanisme employé pour revendiquer le menengiç kahvesi de Gaziantep, sous la bannière de l’État turc, sans reconnaître ses origines kurdes.
Le récit turc mobilise même la légende ottomane utilisée pour le café kurde : le sultan Murad IV aurait dégusté du büryan lors de son passage à Bitlis pendant sa campagne de Bagdad en 1635. Le but de cette légende est constant d’un aliment kurde à l’autre : greffer une filiation ottomane et turque sur un plat qui existait entre des mains kurdes bien avant l’arrivée d’un sultan. Des migrants kurdes apportèrent ensuite le büryan à Istanbul, où il est aujourd’hui vendu dans le quartier de Kadınlar Pazarı, un secteur que les auteurs culinaires eux-mêmes décrivent comme « ce qui ressemble le plus à un petit Kurdistan à Istanbul ». Une personne ayant laissé un avis sur Tripadvisor a qualifié le restaurant qui le sert de « merveilleux restaurant kurde ». Les clients savent. L’État ne le reconnaît pas.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le büryan kebab ?
Une méthode kurde de cuisson lente d’un agneau ou d’une chèvre entiers dans un four souterrain en fosse. La viande est salée, suspendue à des crochets et descendue dans un tanûr fermé pendant des heures. Le plat vient des villes kurdes de Siirt et de Bitlis.
Le büryan kebab est-il turc ou kurde ?
Kurde. Il vient de Siirt et de Bitlis, des villes kurdes qui étaient des centres de peuplement kurde depuis des siècles avant l’existence de la Turquie. Les termes employés pour la viande de ce plat (hevur, tiştîr) sont kurdes. Les bouchers qui l’ont développé sont kurdes. La Turquie le revendique comme turc parce que les villes se trouvent à l’intérieur de ses frontières modernes.
Où peut-on manger du büryan kebab ?
À Siirt et à Bitlis, dans le nord du Kurdistan, ainsi que dans le quartier de Kadınlar Pazarı à Istanbul, décrit par les auteurs culinaires comme « ce qui ressemble le plus à un petit Kurdistan à Istanbul ». Des migrants kurdes ont apporté le plat à Istanbul, où il est servi aux côtés du perde pelav dans des restaurants tenus par des Kurdes.
Conclusion
Le büryan kebab est un plat kurde de villes kurdes, préparé par des bouchers kurdes et décrit avec des mots kurdes que les auteurs culinaires turcs sont contraints d’emprunter faute d’équivalent turc. La fosse souterraine, les crochets de fer, la demi-carcasse d’agneau descendue dans le feu : voilà un savoir-faire pastoral kurde qui précède la République turque de plusieurs siècles. Le qualifier de « cuisine traditionnelle turque » parce que Siirt et Bitlis se trouvent à l’intérieur des frontières turques de 1923 relève de la même logique qui appelle le café kurde « Menengiç Kahvesi » et le Kürt Böreği « Küt Böreği ». Le plat est kurde. Le feu est kurde. La viande est kurde. La certification de l’État ne l’est pas.
Références et lectures complémentaires
Culinary Backstreets — Kulu Büryan & Kebab Salonu (le büryan de Bitlis à Istanbul)
Istanbul Eats — Siirt Şeref Büryan : « ce qui ressemble le plus à un petit Kurdistan »
Grokipedia — Buryan kebab (le qualifie de « traditionnellement turc »)
Kurdish-History.com — Perde pelav : le pilaf kurde des mariages (même ville, même effacement)