Qu’était le Royaume du Kurdistan ?
Le Royaume du Kurdistan était un État kurde éphémère et non reconnu, proclamé à Souleimaniye, en Mésopotamie occupée par les Britanniques, au début des années 1920. Dirigé par le cheikh Mahmoud Barzanji, qui s’était proclamé roi du Kurdistan, il constituait la première tentative de bâtir un État kurde moderne sur les ruines de l’Empire ottoman après la Première Guerre mondiale. Défiant l’Empire britannique, il n’a survécu que quelques années tumultueuses avant d’être écrasé en 1924, mais il a laissé une empreinte durable dans l’imaginaire national kurde.
À retenir
• Le Royaume du Kurdistan était un État kurde éphémère centré sur Souleimaniye, dans ce qui est devenu l’Irak sous mandat britannique.
• Il était dirigé par le cheikh Mahmoud Barzanji, qui s’était proclamé roi du Kurdistan.
• La Grande-Bretagne l’avait nommé gouverneur de Souleimaniye en 1918 ; il s’est ensuite révolté pour obtenir l’indépendance kurde.
• Les Britanniques ont réprimé le royaume principalement par les bombardements de la RAF, un exemple précoce de recours à la puissance aérienne contre une révolte coloniale.
• Il constituait la première tentative de créer un État kurde moderne, préfigurant la République de l’Ararat (1927) et la République de Mahabad (1946).
Repères
Nom : le Royaume du Kurdistan
Type : État kurde éphémère et non reconnu
Capitale : Souleimaniye (Silêmanî), en Mésopotamie occupée par les Britanniques / Irak sous mandat
Dirigeant : le cheikh Mahmoud Barzanji (« roi du Kurdistan »)
Période : début des années 1920 (généralement daté de 1921/1922–1924)
Adversaire : l’Empire britannique et le nouvel État irakien
Réprimé par : les forces britanniques, notamment par les bombardements de la RAF
Contexte : l’après-Première Guerre mondiale ; les traités de Sèvres (1920) et de Lausanne (1923)
Importance : la première tentative de créer un État kurde moderne
Sommaire
Qu’était le Royaume du Kurdistan ?
Après l’empire : le Kurdistan après la Première Guerre mondiale
Le Royaume du Kurdistan (1922–1924)
La réponse britannique et la RAF
Sèvres, Lausanne et la promesse perdue
Le souverain et les figures majeures
La place dans l’histoire kurde
Personnes, lieux et sujets connexes
Références et lectures complémentaires
Après l’empire : le Kurdistan après la Première Guerre mondiale
Le Royaume du Kurdistan est né des ruines de la Première Guerre mondiale. La défaite et l’effondrement de l’Empire ottoman en 1918 ont laissé les terres kurdes divisées et dans l’incertitude. Les puissances alliées victorieuses, avant tout la Grande-Bretagne, ont entrepris d’occuper et de remodeler les anciennes provinces ottomanes de Mésopotamie, dont la région majoritairement kurde autour de Souleimaniye.
Pendant un bref moment, les aspirations nationales kurdes ont semblé à portée de main. Le traité de Sèvres de 1920 laissait même entrevoir une possible autonomie kurde, puis une éventuelle indépendance. C’est dans cette atmosphère chargée d’effondrement impérial, d’occupation étrangère et d’espoir national grandissant qu’une tentative d’État kurde a pris forme à Souleimaniye.
Le cheikh Mahmoud Barzanji
La figure centrale était le cheikh Mahmoud Barzanji (Mahmud Hafid), puissant chef religieux et tribal de la région de Souleimaniye. Reconnaissant son influence, les autorités d’occupation britanniques l’ont nommé gouverneur du district de Souleimaniye en 1918, espérant gouverner par son intermédiaire le sud kurde de la Mésopotamie.
Mais le cheikh Mahmoud nourrissait ses propres ambitions. Loin d’être un client docile, il se voyait comme le dirigeant d’une nation kurde et s’est rapidement retourné contre les Britanniques pour rechercher un État kurde indépendant, entamant une lutte qui allait faire de lui une légende.
Le premier soulèvement (1919)
En 1919, le cheikh Mahmoud a lancé sa première révolte contre l’autorité britannique, sous la bannière de l’autogouvernement kurde. Les forces britanniques ont réprimé le soulèvement ; le cheikh a été blessé, capturé et envoyé en exil en Inde.
Le problème de fond restait pourtant entier pour les Britanniques : gouverner sans lui cette région kurde agitée se révélait difficile. Quelques années plus tard, ils l’ont ramené à Souleimaniye, espérant qu’il stabiliserait la région pour leur compte. Il a plutôt saisi l’occasion de proclamer un royaume.
Le Royaume du Kurdistan (1922–1924)
À son retour, le cheikh Mahmoud a de nouveau rompu avec les Britanniques et, au début des années 1920, s’est proclamé souverain, et même roi, du Kurdistan, avec Souleimaniye pour capitale. Jamais reconnu internationalement, le Royaume du Kurdistan a pourtant fonctionné un temps comme un véritable gouvernement kurde sur la région.
L’administration du cheikh Mahmoud s’est dotée des attributs d’un État : il a formé un conseil des ministres, émis ses propres timbres et sa monnaie, et publié un journal pour promouvoir la cause nationale kurde. Pendant une brève période, Souleimaniye a été le siège d’un gouvernement ouvertement nationaliste kurde défiant l’un des grands empires du monde.
La réponse britannique et la RAF
Les Britanniques étaient déterminés à empêcher un État kurde indépendant de s’enraciner au cœur de leur nouveau mandat de Mésopotamie. Faute de troupes pour mener une campagne terrestre prolongée, ils se sont tournés vers la puissance aérienne : la Royal Air Force a bombardé à plusieurs reprises Souleimaniye et les forces du cheikh Mahmoud.
Le bombardement du royaume kurde est devenu l’un des premiers exemples tristement célèbres d’utilisation des bombardements aériens pour réprimer une rébellion coloniale. Sous une pression militaire incessante, le cheikh Mahmoud a perdu à plusieurs reprises son contrôle sur Souleimaniye, tout en se montrant remarquablement difficile à vaincre définitivement.
Sèvres, Lausanne et la promesse perdue
Le destin du Royaume du Kurdistan s’est scellé sur le champ de bataille et à la table des négociations. La promesse d’un État kurde contenue dans le traité de Sèvres de 1920 a été abandonnée dans le traité de Lausanne de 1923, qui reconnaissait la nouvelle République de Turquie sans rien prévoir pour un Kurdistan indépendant.
La voie internationale vers un État kurde étant fermement refermée, et les terres kurdes divisées entre la Turquie, le mandat britannique, bientôt Royaume d’Irak, la Perse et le mandat français en Syrie, le royaume du cheikh Mahmoud n’avait aucun soutien extérieur ni aucun avenir diplomatique. Il était seul.
La chute et ses suites
En 1924, le Royaume du Kurdistan avait été écrasé, et Souleimaniye était passée fermement sous le contrôle de l’État irakien soutenu par les Britanniques. Le cheikh Mahmoud a pourtant refusé de renoncer à sa cause : il a continué à lancer des révoltes depuis les montagnes pendant les années 1920 et jusqu’au début des années 1930, avant d’être finalement soumis.
Il a vécu jusqu’en 1956, restant à jamais dans les mémoires comme le « roi du Kurdistan ». Bien que son royaume n’ait duré que quelques années sans obtenir de reconnaissance, il a laissé une empreinte durable dans l’imaginaire national kurde.
Chronologie
1918 — L’Empire ottoman s’effondre ; la Grande-Bretagne occupe la Mésopotamie et nomme le cheikh Mahmoud Barzanji gouverneur de Souleimaniye. 1919 — La première révolte du cheikh Mahmoud est réprimée ; il est blessé, capturé et exilé. 1920 — Le traité de Sèvres ouvre la perspective d’une autonomie kurde. Début des années 1920 — Le cheikh Mahmoud revient et proclame le Royaume du Kurdistan, dont il devient roi. 1922–1924 — Le royaume fonctionne à Souleimaniye, avec un conseil des ministres, une monnaie et un journal ; la RAF le bombarde à plusieurs reprises. 1923 — Le traité de Lausanne abandonne la promesse d’un État kurde. 1924 — Le Royaume du Kurdistan est écrasé et Souleimaniye passe sous contrôle irakien. Années 1920–1930 — Le cheikh Mahmoud poursuit des révoltes sporadiques avant d’être soumis. 1956 — Mort du cheikh Mahmoud Barzanji.
Le souverain et les figures majeures
Le Royaume du Kurdistan était avant tout la création d’un homme : le cheikh Mahmoud Barzanji, qui s’est proclamé roi du Kurdistan et a dirigé à la fois son gouvernement et sa résistance armée. Chef religieux de l’ordre soufi qadiri et chef de l’influente famille Barzanji de Souleimaniye, il associait autorité spirituelle, commandement tribal et ambition nationaliste. Le royaume est né et a disparu avec lui.
Débats et incertitudes
Les sources datent diversement le Royaume du Kurdistan, car l’autorité du cheikh Mahmoud a fluctué au fil de plusieurs révoltes et de brefs rétablissements entre 1919 et 1924 ; le « royaume » proprement dit est le plus souvent situé vers 1922–1924. Les historiens débattent aussi de la mesure dans laquelle il a fonctionné comme un véritable État ou comme une administration rebelle sous une pression militaire presque constante. Son importance symbolique comme première tentative de créer un État kurde moderne n’est toutefois pas contestée.
La place dans l’histoire kurde
Le Royaume du Kurdistan occupe une place fondatrice dans l’histoire kurde moderne, comme première tentative sérieuse de bâtir un État kurde indépendant à l’époque moderne. Apparu lors de la recomposition du Moyen-Orient après la guerre, il incarnait les espoirs et les frustrations des aspirations nationales kurdes tandis que les terres kurdes étaient partagées entre de nouveaux États.
Le royaume du cheikh Mahmoud annonçait les tentatives ultérieures d’autogouvernement kurde, de la République de l’Ararat à la fin des années 1920 à la République de Mahabad en 1946. Premier à revendiquer un trône kurde, le cheikh Mahmoud, « roi du Kurdistan », est devenu un symbole durable de la lutte kurde pour un État.
Personnes, lieux et sujets connexes
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Questions fréquentes
Qu’était le Royaume du Kurdistan ?
C’était un État kurde éphémère et non reconnu, proclamé par le cheikh Mahmoud Barzanji à Souleimaniye, en Mésopotamie occupée par les Britanniques, au début des années 1920 : la première tentative de créer un État kurde moderne.
Qui était le roi du Kurdistan ?
Le cheikh Mahmoud Barzanji, chef religieux et tribal de Souleimaniye, qui s’est proclamé roi du Kurdistan après s’être retourné contre les Britanniques, lesquels l’avaient initialement nommé gouverneur en 1918.
Quand le Royaume du Kurdistan a-t-il existé ?
Ses dates varient selon les sources, car le cheikh Mahmoud s’est révolté plusieurs fois entre 1919 et 1924 ; le royaume proprement dit est généralement situé vers 1922–1924, lorsqu’il a été écrasé par les forces britanniques.
Comment les Britanniques ont-ils vaincu le Royaume du Kurdistan ?
Principalement par la puissance aérienne : la Royal Air Force a bombardé à plusieurs reprises Souleimaniye et les forces du cheikh Mahmoud, exemple précoce et tristement célèbre d’emploi des bombardements aériens pour réprimer une révolte coloniale.
Pourquoi les Kurdes n’ont-ils pas obtenu d’État après la Première Guerre mondiale ?
Le traité de Sèvres de 1920 ouvrait la perspective d’une autonomie kurde, mais celle-ci a été abandonnée dans le traité de Lausanne de 1923, qui ne prévoyait rien pour le Kurdistan. Les terres kurdes ont plutôt été divisées entre la Turquie, l’Irak, l’Iran et la Syrie.
Pourquoi le Royaume du Kurdistan compte-t-il ?
Première tentative de créer un État kurde moderne, il est devenu un symbole puissant des aspirations nationales kurdes et a préfiguré des initiatives ultérieures comme la République de l’Ararat et la République de Mahabad.
Références et lectures complémentaires
Études sur le cheikh Mahmoud Barzanji et le mandat britannique en Irak.
Histoires du traité de Sèvres (1920), du traité de Lausanne (1923) et de la question kurde après la Première Guerre mondiale.
Récits du rôle de la RAF dans la répression des révoltes de Souleimaniye.
Kurdish-History.com — Lectures connexes sur le cheikh Mahmoud Barzanji et les révoltes kurdes de l’entre-deux-guerres.