Sa carrière relie l’administration de Mascara, les travaux publics et le patronage lettré aux combats et négociations qui rendent Oran à la Régence en 1792.

Famille et lien kurde
Mohammed ben Osman gouverne une province de la Régence d’Alger. Gorguos, en 1857, nomme son père Osman le Kurde, ancien caïd de Miliana et bey de Titteri. Ce témoignage fonde précisément le lien familial kurde, sans établir une naissance de Mohammed au Kurdistan. Il mentionne aussi le surnom Lekh’al. [1] Une année de naissance certaine ou une enfance montagnarde imaginée ne sont pas nécessaires à sa biographie.
Une carrière dans l’administration provinciale
Selon la notice, Osman confie sa famille à Ibrahim ; Mohammed devient le gendre de celui-ci et le suit dans l’Ouest. Caïd des Flitta en 1764–1765, il devient khalifa, adjoint provincial, en 1768. Il commande les contingents occidentaux contre l’expédition espagnole de 1775 à Alger. Il ne succède pas immédiatement à Ibrahim : Khelil précède sa nomination à Mascara, datée de 1779. [1] Sa promotion passe par une maison dirigeante et des fonctions précises.
Vivres, eau et constructions
Gorguos rapporte achats et ventes de grains contre la cherté, cuisines ouvertes aux pauvres et chantiers rémunérant des ouvriers. À Mascara il attribue au bey mosquées restaurées ou agrandies, conduites, fontaines, ponts, remparts et funduq du marché. Ce dernier associe hébergement et commerce ; les biens habous entretiennent des institutions religieuses. [1] Approvisionnement, infrastructures et fondations renforcent ainsi le pouvoir. Le récit favorable ne constitue cependant pas une preuve moderne de prospérité universelle.
Bibliothèques et patronage
La notice décrit médersa et bibliothèque habous auprès de la mosquée de Mascara, restauration de deux médersas et de leurs dotations à Tlemcen, récompenses pour compilations littéraires et médicales, poètes et copistes. Gorguos utilise largement le poème commenté d’Ahmed ben Mohammed ben Ali ben Sahnoun, proche du bey. [1] Le patronage éclaire les éloges conservés. Le compilateur français de 1857 ajoute ses présupposés coloniaux : les deux regards demandent une lecture critique.
Des changements de souveraineté antérieurs
L’Espagne prend Mers-el-Kébir en 1505 et Oran en 1509 ; la Régence reprend les deux places en 1708, puis l’Espagne les récupère en 1732. L’occupation n’est donc pas ininterrompue jusqu’en 1792. [2] L’action du bey concerne ces places côtières, pas toute l’Algérie. Mascara et les garnisons littorales occupent des positions distinctes dans cet espace disputé.
Pression militaire et restitution négociée
Terki Hassaine, à partir d’archives espagnoles, associe pression militaire et diplomatie. Le séisme d’octobre 1790 compte, mais les discussions ont commencé avant. Les combats reprennent pendant les pourparlers de 1791. La convention du 12 septembre 1791 à Alger, ratifiée à Madrid en décembre, prévoit restitution et privilèges commerciaux espagnols. Les troupes évacuent en février 1792 ; le bey envoie alors une clé d’or cérémonielle à Constantinople. [2] Il faut distinguer siège, séisme, accord et évacuation.
Un palais de plusieurs époques
L’étude Imaneo de l’INHA situe la résidence dans l’ancienne forteresse espagnole de Rosalcazar. Les successeurs du bey y restent ; les militaires français s’y installent en 1831. Colonnade et salles de réception sont remaniées au XIXe siècle. [3] La gravure, cataloguée vers 1833, est postérieure à sa vie. [4] Le monument témoigne de gouvernements successifs : son décor actuel ne peut être intégralement attribué à Mohammed ou daté de 1792.
Sources et lectures complémentaires
- Gorguos, Notice sur le Bey d’Oran, Mohammed el Kebir, Revue africaine, 1857, pp. 403–416; family, offices, public works and patronage.
- Ismet Terki Hassaine, Oran au XVIIIe siècle, Insaniyat 23–24, 2004, pp. 197–222; Spanish archival research on occupation, negotiations and restitution.
- INHA, Imaneo, Palais du Bey, Oran; architectural history of the fortress, palace and nineteenth-century alterations.
- Bey’s Palace colonnade, Oran, engraving catalogued about 1833, unidentified artist; public-domain reproduction, Wikimedia Commons.