Qui est Sara Omar ?

Sara Omar, سارا عومه‌ر en kurde, est une écrivaine, poétesse et militante des droits humains kurdo-danoise, née le 21 août 1986 à Souleimaniye, au Kurdistan irakien. Première romancière de cette région à être reconnue internationalement, elle a fait de son premier roman, Dødevaskeren (« La Laveuse des morts », 2017), un phénomène littéraire au Danemark. Vendu à plus de 100 000 exemplaires, il a été salué par les médias danois comme « le MeToo des femmes musulmanes ».

Elle écrit en danois sur les violences liées à l’honneur, les mutilations génitales féminines, les mariages forcés et les violences patriarcales infligées aux femmes dans des communautés kurdes musulmanes conservatrices. Son œuvre lui a valu certains des prix littéraires et des distinctions pour les droits humains les plus prestigieux du Danemark, mais aussi de graves menaces de mort qui l’ont placée sous protection policière à Copenhague.


L’essentiel

  • Née le 21 août 1986 à Souleimaniye, au Kurdistan irakien ; citoyenne danoise depuis 2001.

  • Son premier roman, Dødevaskeren, 2017, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires au Danemark et a reçu le prix des lecteurs en 2018.

  • Sa suite, Skyggedanseren, 2019, a remporté en 2020 De Gyldne Laurbær, l’un des grands prix littéraires danois.

  • Elle écrit en danois sur les violences liées à l’honneur, les mutilations génitales féminines, les mariages forcés et les violences patriarcales envers les femmes.

  • Elle vit sous protection policière et représente DIGNITY, la Société des femmes danoises, Crossing Borders et GAPF.


Repères

Nom complet : Sara Omar

Nom en kurde : سارا عومه‌ر, kurde

Date de naissance : 21 août 1986

Lieu de naissance : Souleimaniye, Kurdistan irakien

Nationalité : Danoise, depuis 2001

Origines : Kurde ; enfance durant la guerre Iran-Irak et le génocide d’Anfal

Activités : Romancière, poétesse, chroniqueuse et militante des droits humains

Période : Époque contemporaine, de 2004 à aujourd’hui

Formation : Diplôme de premier cycle en science politique, BSc

Connue pour : Dødevaskeren, 2017 ; la rupture des tabous sur les violences faites aux femmes

Œuvres majeures : Dødevaskeren, 2017, et Skyggedanseren, 2019

Maison d’édition : Politikens Forlag

Grandes distinctions : Prix des lecteurs, 2018 ; prix de la liberté d’expression, 2018 ; prix des droits humains de l’Institut danois des droits humains, 2019 ; De Gyldne Laurbær, 2020

Langues de traduction : Suédois, norvégien, serbe, macédonien et français


Sommaire

Enfance et origines

Contexte historique

Grandes réalisations et contributions

- Œuvres littéraires

- Thèmes et engagement

- Prix et reconnaissance

Chronologie des événements majeurs

Débats et idées reçues

Héritage et influence culturelle

Personnes, lieux et sujets connexes

Questions fréquentes

Références et lectures complémentaires


Enfance et origines

Sara Omar naquit le 21 août 1986 à Souleimaniye, dans la Région du Kurdistan irakien. Elle grandit pendant la guerre Iran-Irak de 1980–1988, directement suivie de la guerre du Golfe de 1990–1991. Encore petite, elle vivait dans les environs de Halabja lors de l’attaque chimique du 16 mars 1988, l’une des pires atrocités d’Anfal, la campagne de Saddam Hussein contre les Kurdes. De nombreux membres de sa famille périrent dans ce génocide à la fin des années 1980. Les guerres de son enfance deviendraient la toile de fond de ses romans.

Elle fuit le Kurdistan irakien au début de l’adolescence et arriva au Danemark en 2001, à quinze ans. Elle y termina ses études secondaires avant d’entrer à l’université. D’abord étudiante en droit, elle se réorienta vers la science politique, où elle obtint un BSc.


Contexte historique

Sara Omar grandit au croisement de trois tragédies : la guerre Iran-Irak, les campagnes chimiques de Saddam Hussein contre les civils kurdes et la persécution systématique des Kurdes dans l’ensemble de la région. Halabja et le génocide d’Anfal constituent le socle moral de son écriture.

Elle devint adulte au Danemark à une époque où l’immigration, l’islam et la liberté d’expression dominaient le débat public, particulièrement après la controverse sur les caricatures de Mahomet en 2005–2006. Ses romans se retrouveraient au cœur de ces débats, où la question de savoir qui est autorisé à critiquer les pratiques religieuses et culturelles est particulièrement sensible.


Grandes réalisations et contributions

Œuvres littéraires

Le premier roman de Sara Omar, Dødevaskeren (« La Laveuse des morts »), parut chez Politikens Forlag le 30 novembre 2017. Il raconte l’histoire de Frmesk, prénom signifiant « larme » en kurde, de sa naissance à Souleimaniye en 1986 jusqu’à un lit d’hôpital au Danemark en 2016. Elle y rencontre une jeune étudiante kurde en médecine, prise entre un père autoritaire et ses propres ambitions. Le roman se vendit à plus de 100 000 exemplaires au Danemark, un chiffre extraordinaire pour un premier roman dans un pays de moins de six millions d’habitants. Des critiques danois le qualifièrent de « MeToo des femmes musulmanes ».

La suite, Skyggedanseren (« La Danseuse de l’ombre »), parut le 26 novembre 2019, prolongeant l’histoire de Frmesk. Publiés chez Politikens Forlag, les deux romans ont été traduits en suédois, en norvégien, en serbe, en macédonien et en français. En décembre 2020, le magazine français Le Point classa Dødevaskeren parmi les trente livres les plus importants publiés en France cette année-là.

Plus tôt dans sa carrière, Omar publia en 2006 l’essai « Den konfliktfyldte unge i et samfund, der er ligeglad » avec The Voices, puis un poème dans la revue littéraire Kritiker en 2014, ainsi que le poème « Barndommens tavshed », « Le Silence de l’enfance », dans l’anthologie du PEN danois Ord på flugt (2016).

Thèmes et engagement

Omar écrit en danois sur des sujets qu’elle dit avoir dû arracher aux tabous pour les publier : violences liées à l’honneur, mutilations génitales féminines, mariages forcés, inceste, agressions sexuelles, contrôle social et violences patriarcales envers les femmes dans des communautés kurdes musulmanes conservatrices. Depuis 2004, elle écrit aussi des essais critiques dans les médias du Moyen-Orient sur les droits des femmes, des enfants, des personnes handicapées et des homosexuels. Pendant des années, elle employa un pseudonyme masculin pour éviter les représailles.

Son œuvre littéraire est indissociable de son militantisme. Elle est ambassadrice de DIGNITY, l’Institut danois contre la torture, de la Société des femmes danoises, de l’organisation de jeunesse Crossing Borders et de l’association suédoise GAPF, engagée contre les violences liées à l’honneur. Elle a participé à des campagnes d’Amnesty International et de Danner, réseau danois de refuges pour femmes.

Après la publication de Dødevaskeren, Omar reçut de graves menaces de mort et vit désormais sous protection policière, ce dont elle a parlé ouvertement dans les médias danois et internationaux. Elle se décrit comme une « musulmane agnostique » et affirme que son message est universel : il porte sur les violences envers les femmes partout où elles sont tolérées, et non sur l’islam comme foi.

Prix et reconnaissance

Parmi les distinctions de Sara Omar figurent :

  • Bourse de voyage Erik Hoffmeyer, 2015.

  • Ytringsfrihedsprisen, prix de la liberté d’expression, 2018.

  • Årets Victor, prix Victor de l’année décerné par Ekstra Bladet, 2018.

  • Prix Artbeat, 2018.

  • Læsernes Bogpris, prix des lecteurs, 2018, pour Dødevaskeren.

  • ELLE Style Awards : femme de l’année, 2019.

  • Prix littéraire de la fondation Martin Andersen Nexø, 2019.

  • Prix des droits humains de l’Institut danois des droits humains, 2019.

  • De Gyldne Laurbær, le Laurier d’or, 2020, pour Skyggedanseren.

Elle inaugura le festival littéraire danois Bogforum à Copenhague en 2019 et prononça le discours d’ouverture de CPH:DOX en 2020. Elle siège au groupe consultatif d’experts de l’Arts & Globalization Communication Group.


Chronologie des événements majeurs

1986 — Naissance le 21 août à Souleimaniye, au Kurdistan irakien.

1988 — Elle vit dans la région de Halabja lors de l’attaque chimique du 16 mars.

Fin des années 1980 — Génocide d’Anfal ; de nombreux membres de sa famille sont tués.

Fin des années 1990 — Elle fuit le Kurdistan irakien comme réfugiée.

2001 — Arrivée au Danemark à 15 ans ; reprise de la scolarité, puis entrée à l’université.

2004 — Premiers essais critiques dans les médias du Moyen-Orient, souvent sous pseudonyme masculin.

2014 — Publication d’un poème dans la revue littéraire suédoise Kritiker.

2016 — Contribution de « Barndommens tavshed » à l’anthologie du PEN danois Ord på flugt.

2017 — Publication du premier roman, Dødevaskeren, chez Politikens Forlag le 30 novembre.

2018 — Prix des lecteurs, de la liberté d’expression, Victor de l’année et Artbeat.

2019 — Prix de l’Institut danois des droits humains, femme de l’année des ELLE Style Awards et prix de la fondation Martin Andersen Nexø. Publication de Skyggedanseren le 26 novembre. Ouverture du Bogforum de Copenhague.

2020 — Skyggedanseren reçoit De Gyldne Laurbær. Discours d’ouverture de CPH:DOX. Le Point classe Dødevaskeren parmi les 30 livres les plus importants de l’année en France.


Débats et idées reçues

L’œuvre de Sara Omar a suscité de vives réactions dans tout l’éventail politique et religieux. Célébrée comme une voix sans peur pour les droits des femmes, elle a aussi été accusée d’islamophobie. Elle rejette ces deux lectures extrêmes et se décrit comme une « musulmane agnostique » dont l’œuvre vise les violences envers les femmes partout où elles se produisent, plutôt que l’islam en tant que foi.

Les menaces reçues l’ont conduite à vivre sous protection policière au Danemark peu après la publication de Dødevaskeren. Sa décision de traduire elle-même ses livres en kurde et en arabe, à ses frais, pour contourner la censure au Moyen-Orient, témoigne de la difficulté à atteindre les lecteurs qui ont le plus directement inspiré son travail.

Elle est parfois présentée à tort comme dano-norvégienne. Elle est en réalité kurdo-danoise : ses romans ont été traduits en norvégien, comme en suédois, en serbe, en macédonien et en français, mais elle est citoyenne danoise et vit au Danemark depuis 2001.


Héritage et influence culturelle

Sara Omar est la première romancière de la Région du Kurdistan irakien reconnue internationalement. Ses livres ont porté la voix d’une femme kurde au cœur de la culture littéraire scandinave et donné à de nombreuses femmes, notamment musulmanes et kurdes dans les pays nordiques, des mots pour dire des expériences jusque-là indicibles en public. Selon Omar, ses livres ont « lancé un mouvement très discret parmi les femmes, notamment celles issues de milieux musulmans en Scandinavie ».

Son œuvre s’inscrit dans une tradition plus large de littérature kurde en exil européen, aux côtés de Mehmed Uzun en Suède et de Bachtyar Ali en Allemagne. Elle se distingue toutefois par une écriture entièrement danoise, le succès massif de son premier roman et la franchise avec laquelle elle aborde les violences sexistes.


Personnes, lieux et sujets connexes

  • Mehmed Uzun — Romancier kurde ayant vécu en exil en Suède.

  • Bachtyar Ali — Grand romancier kurde écrivant en sorani.

  • Attaque chimique de Halabja — Atrocité de 1988 dans la région de son enfance.

  • Campagne Anfal — Génocide des Kurdes perpétré par Saddam Hussein.

  • Souleimaniye — Sa ville natale.

  • Politikens Forlag — Sa maison d’édition danoise.

  • Kurdes du Danemark — La diaspora au sein de laquelle elle est devenue adulte.


Questions fréquentes

Qui est Sara Omar ?

Sara Omar, née le 21 août 1986, est une écrivaine, poétesse et militante des droits humains kurdo-danoise. Son premier roman, Dødevaskeren, « La Laveuse des morts », 2017, est devenu l’un des romans danois les plus lus de ces dernières années et lui a valu certaines des plus grandes distinctions littéraires et pour les droits humains du pays.

Pour quoi est-elle surtout connue ?

Pour Dødevaskeren, 2017, et sa suite Skyggedanseren, 2019, des romans qui ont brisé des tabous de la littérature danoise sur les violences liées à l’honneur, les mutilations génitales féminines et les violences envers les femmes dans des communautés kurdes musulmanes conservatrices.

Sara Omar est-elle kurde ?

Oui. Elle est née dans la Région du Kurdistan irakien et se définit comme kurde. Citoyenne danoise depuis 2001, elle inscrit explicitement ses romans dans l’identité, la géographie et l’histoire kurdes.

Dans quelle langue écrit-elle ?

Elle écrit ses romans en danois et entreprend elle-même leur traduction en kurde et en arabe, à ses frais, pour les rendre accessibles aux lecteurs du Moyen-Orient sans censure.

Pourquoi vit-elle sous protection policière ?

Depuis la publication de Dødevaskeren en 2017, elle reçoit de graves menaces de mort en réaction à sa représentation ouverte des violences liées à l’honneur, des mutilations génitales féminines et de sévices qu’elle attribue à des interprétations religieuses réactionnaires.


Références et lectures complémentaires

Wikipédia — Sara Omar.

AFP / The Arab Weekly — Une écrivaine danoise née au Kurdistan dénonce les violences envers les femmes.

Copenhagen Democracy Summit — Présentation de l’intervenante Sara Omar, 2021.

Institut danois des droits humains — Sara Omar reçoit le prix des droits humains.

TV2 — Sara Omar reçoit De Gyldne Laurbær, 2020.