Şirin Kaynana : la pâtisserie kurde « douce belle-mère »

La şirin kaynana, « douce belle-mère », est un dessert kurde composé de lanières de pâte frite superposées avec des noix concassées et généreusement arrosées de sirop de sucre à la cardamome. Son nom raconte son histoire : c’est une douceur faite pour impressionner. Dans la tradition kurde, la relation entre une jeune épouse et sa belle-mère est l’une des plus importantes de la vie familiale, et la nourriture est le langage par lequel s’expriment le respect, le savoir-faire et l’accueil. La şirin kaynana est la pâtisserie qu’une jeune épouse pourrait préparer, ou qu’une famille pourrait servir à l’occasion d’une visite de la belle-mère, parce que sa douceur, sa richesse et sa beauté disent ce que les mots ne peuvent parfois pas exprimer. C’est l’un des rares aliments kurdes dont le nom inscrit une relation sociale plutôt qu’un ingrédient ou une technique. La pâtisserie elle-même est simple, pâte frite, noix et sirop, mais son nom porte le poids de la culture familiale kurde.


Points essentiels

• Lanières de pâte frite superposées avec des noix concassées et arrosées de sirop de sucre à la cardamome

• Le nom signifie « douce belle-mère » : une pâtisserie qui inscrit une relation familiale kurde dans son nom

• Faite pour impressionner, liée au mariage, à l’hospitalité et à la relation entre jeune épouse et belle-mère dans la culture kurde

• Appartient à la vaste tradition kurde des pâtisseries frites, aux côtés de la zalobiya, du bersaq et du kürt tatlısı


Repères

Nom kurde : Şirin Kaynana (شیرین کەینانا) — « douce belle-mère »

Type : Lanières de pâte frite aux noix dans un sirop à la cardamome, douceur kurde historique

Ingrédients : Pâte à pâtisserie, huile de friture, noix concassées, sucre, eau, cardamome, jus de citron

Occasion : Visites familiales, célébrations de mariage, hospitalité : préparée pour impressionner


Comment préparer la şirin kaynana

On prépare une pâte simple avec de la farine, un peu d’huile et de l’eau. On l’étale finement et on la découpe en lanières ou en rectangles. On les fait frire dans l’huile chaude jusqu’à ce qu’ils soient dorés et croustillants, puis on les égoutte. À part, on prépare un sirop en dissolvant du sucre dans de l’eau avec des gousses de cardamome écrasées et un trait de jus de citron, puis en faisant bouillir jusqu’à obtenir la consistance d’un sirop léger. On concasse grossièrement les noix. On dispose ensuite les lanières de pâte frite dans un plat : une couche de pâte, quelques noix, un filet de sirop, une nouvelle couche de pâte, encore des noix et du sirop. Le dessert terminé est un empilement de couches croustillantes, sucrées et riches en noix, qui se brisent sous la dent. La cardamome parfume le sirop. Les noix apportent la richesse. La pâte frite donne le croquant. Le dessert est servi à température ambiante, souvent avec du thé.


La nourriture comme langage familial

Les noms des aliments kurdes décrivent habituellement des ingrédients, comme nanê tenûrê, le pain au tandoor, des techniques, comme berbesel, des céréales remuées avec des produits laitiers, ou des saveurs, comme tirşik, « acide ». La şirin kaynana est différente. Elle décrit une relation. La belle-mère, kaynana, est l’une des figures les plus puissantes de la structure familiale kurde, et son opinion sur la cuisine d’une jeune épouse peut marquer les premières années du mariage. Une douceur qui porte son nom est plus qu’une recette : c’est un geste social. Elle dit : je l’ai préparée pour vous. Je l’ai faite riche. Je l’ai faite douce. Cette série a documenté la cuisine kurde comme survie, avec le torak, le nanê tîrî et le qelî, comme résistance, avec le kürt tatlısı et la qehweya kezwanê, et comme célébration, avec le biryanî et la kulicha. La şirin kaynana ajoute une nouvelle dimension : la cuisine kurde comme diplomatie au sein de la famille.


Conclusion

La şirin kaynana porte le nom le plus doux de cette série. Ce n’est pas l’aliment le plus sucré : le pelûl et le gozbez sont plus riches, le biryanî plus grandiose et le halva plus cérémoniel. Mais la şirin kaynana porte quelque chose que les autres n’ont pas : une relation humaine inscrite dans son nom. Cette pâtisserie existe parce que les familles kurdes comprennent que la nourriture n’est pas seulement subsistance, célébration ou survie. Elle est aussi une manière de parler aux personnes qui comptent le plus. Au terme de quarante-huit articles dans cette série, la şirin kaynana rappelle que la cuisine kurde ne parle pas uniquement de montagnes, d’histoire et d’effacement. Elle parle aussi d’une jeune épouse dans une cuisine, préparant une douceur pour une femme dont elle souhaite l’approbation. C’est la cuisine kurde dans ce qu’elle a de plus humain.


Références et lectures complémentaires

Kurdish-History.com — Zalobiya : la pâtisserie frite kurde, de la même tradition de pâte frite

Kurdish-History.com — Kulicha : le biscuit kurde aux dattes et aux noix, de la même tradition de douceurs de fête

Kurdish-History.com — Halva : le roux sucré kurde, l’autre douceur de l’hospitalité