Introduction
Ourmia, Wirmê ou Ûrmiye en kurde et Orumiyeh en persan, est une grande ville du nord-ouest de l’Iran et la capitale de la province d’Azerbaïdjan occidental. Réputée pour sa diversité, elle abrite des Turcs azerbaïdjanais, des Kurdes, des Assyriens et des Arméniens, sur une plaine fertile près du grand lac salé qui porte son nom. Bien que sa population soit majoritairement azerbaïdjanaise plutôt que kurde, Ourmia se trouve dans la région plus large que les Kurdes appellent Rojhelat. Elle possède une importante communauté kurde et une place ancienne, parfois douloureuse, dans l’histoire kurde.
Voici la nouvelle entrée de notre série géographique consacrée aux villes et aux bourgs de la région : leur emplacement, ceux qui les contrôlent, ceux qui y vivent et leur importance dans l’histoire kurde.
Repères
Nom courant : Ourmia
Nom kurde : Wirmê (Ûrmiye)
Pays : Iran — capitale de la province d’Azerbaïdjan occidental
Population : 667 499 habitants dans la ville au recensement de 2012 ; plus de 1 million dans le département
Population et communautés : Majoritairement azerbaïdjanaise, avec des communautés kurde, assyrienne et arménienne
Situation : Sur la plaine d’Ourmia, à l’ouest du lac d’Ourmia, près de la frontière turque
Altitude : Environ 1 330 m au-dessus du niveau de la mer
Connue pour : Sa diversité, le lac d’Ourmia et un ancien patrimoine chrétien
Sommaire
Une ville de multiples peuples
Chronologie des événements majeurs
Références et lectures complémentaires
Situation et géographie
Ourmia se situe sur la vaste et fertile plaine d’Ourmia, à l’extrême nord-ouest de l’Iran, à environ 1 330 mètres d’altitude, le long du Shahar Chay, la « rivière de la ville ». À l’est s’étend le lac d’Ourmia, autrefois l’un des plus grands lacs salés du monde, dont des décennies de sécheresse et de dérivation des eaux ont considérablement réduit la superficie. À l’ouest s’élèvent les montagnes de la frontière turque. La province environnante d’Azerbaïdjan occidental touche l’Irak, la Turquie, l’Arménie et la République d’Azerbaïdjan. Cette position, sur de riches terres agricoles, près d’un grand lac et à la rencontre de plusieurs pays et peuples, a fait d’Ourmia depuis des siècles un important centre commercial et agricole, réputé pour ses pommes, ses raisins et son tabac.
Population et communautés
Au recensement de 2012, la ville d’Ourmia comptait 667 499 habitants, ce qui en faisait la dixième ville la plus peuplée d’Iran. Le département environnant avait dépassé le million d’habitants en 2016. Les habitants de la ville sont majoritairement des Azerbaïdjanais iraniens parlant l’azéri, une langue turcique, aux côtés d’importantes minorités kurdes et de communautés chrétiennes assyriennes et arméniennes historiques. Autrement dit, Ourmia n’est pas une ville à majorité kurde, mais elle est réellement plurielle, et les Kurdes constituent une part importante de sa population et de la province alentour. Cette présentation honnête compte : son importance pour les Kurdes repose sur sa place dans le Rojhelat et son histoire entremêlée à celle du peuple kurde, sans prétendre à tort qu’ils y sont majoritaires.
Une ville de multiples peuples
Peu de villes de la région possèdent une telle diversité ethnique et religieuse. Pendant des siècles, Ourmia fut un grand centre de vie chrétienne assyrienne et arménienne : vers 1900, les chrétiens représentaient peut-être près de la moitié de sa population, et la plaine autour du lac comptait bien plus d’une centaine de villages assyriens. Les Turcs azerbaïdjanais constituent depuis longtemps le groupe le plus nombreux dans la ville même, tandis que les Kurdes sont fortement présents à Ourmia, dans les districts ruraux et dans les secteurs voisins de la province. Le nom d’Ourmia est bien plus ancien que toutes ces communautés et remonte au royaume antique d’Urartu. Cette profonde diversité est la clé pour comprendre la richesse de la ville comme les tragédies qui la frappèrent au vingtième siècle.
Histoire
Ourmia est une ville ancienne, longtemps disputée entre les Empires ottoman et persan et parfois occupée par la Russie au début du vingtième siècle. Son chapitre le plus tragique eut lieu pendant la Première Guerre mondiale. Des dizaines de milliers d’Assyriens et d’Arméniens fuyant les massacres dans l’Empire ottoman se réfugièrent dans la ville et ses environs. Celle-ci changea plusieurs fois de mains entre les forces russes, ottomanes et locales. Au début de 1918, la région sombra dans le chaos : le patriarche assyrien Mar Shimun XXI Benyamin fut assassiné par le chef kurde Simko Shikak et, dans les mois suivants, plusieurs milliers d’Assyriens furent massacrés dans le cadre du génocide assyrien plus large, le Sayfo, tandis que d’autres fuyaient vers le sud et l’Irak sous contrôle britannique. Des Kurdes figurèrent parmi les auteurs de ces violences : une part douloureuse de l’histoire qu’un récit honnête ne doit pas effacer. La propre révolte de Simko contre l’État iranien, menée à l’ouest du lac d’Ourmia de 1918 à 1922, est elle-même un jalon de l’affirmation kurde en Iran.
Ourmia aujourd’hui
Ourmia est aujourd’hui une capitale provinciale prospère et une ville universitaire, le cœur commercial d’une riche région agricole et un lieu de rencontre entre les peuples et les confessions. Mosquées, églises et patrimoine chrétien remarquable restent visibles dans ses rues. Son grand défi environnemental est la diminution du lac d’Ourmia, dont le recul alarme les scientifiques comme les habitants et symbolise la crise de l’eau plus large en Iran. La ville reste un lieu où coexistent les identités azerbaïdjanaise, kurde, assyrienne et arménienne, parfois difficilement compte tenu des sensibilités ethniques de la région, mais comme un exemple vivant de la diversité du nord-ouest iranien.
Chronologie des événements majeurs
Antiquité — Le nom d’Ourmia dérive du royaume antique d’Urartu.
Vers 1900 — Les chrétiens, assyriens et arméniens, représentent près de la moitié de la population de la ville.
1914–1918 — La Première Guerre mondiale amène des réfugiés assyriens et arméniens, l’occupation et les massacres.
1918 — Le patriarche assyrien Mar Shimun XXI est assassiné par Simko Shikak ; des massacres suivent.
1918–1922 — Simko Shikak mène une révolte kurde à l’ouest du lac d’Ourmia.
2012 — La population de la ville atteint 667 499 habitants, au dixième rang en Iran.
Années 2010–20 — Le lac d’Ourmia diminue considérablement dans le contexte de la crise de l’eau iranienne.
Débats et controverses
Ourmia se trouve à un carrefour ethnique sensible. C’est une ville à majorité azerbaïdjanaise que les Azerbaïdjanais iraniens considèrent comme un centre de leur culture et de leur identité. Elle se situe aussi dans la région que les Kurdes nomment Rojhelat, et ceux-ci constituent une communauté importante dans la ville et ses environs. Ce chevauchement a parfois produit des tensions entre les communautés kurdes et azerbaïdjanaises, surtout lorsque les sentiments nationalistes sont vifs. L’histoire de la Première Guerre mondiale, dont les massacres d’Assyriens auxquels participèrent certaines forces kurdes, demeure une mémoire douloureuse pour le peuple assyrien ; un récit kurde honnête la reconnaît au lieu de l’éluder. Rédigé dans une perspective kurde, ce portrait traite Ourmia comme une ville partagée et disputée, où les Kurdes sont un peuple important parmi plusieurs, plutôt que comme une ville kurde.
Importance pour les Kurdes
Pour les Kurdes, Ourmia compte en tant que grande ville du Rojhelat et théâtre de la révolte de Simko Shikak, l’un des premiers grands défis kurdes à l’État iranien au vingtième siècle. Elle se trouve près du cœur kurde de la province d’Azerbaïdjan occidental, à proximité de villes à majorité kurde comme Mahabad, et son importante communauté kurde la relie fermement au monde kurde plus large. Son importance est celle d’une grande ville plurielle à la lisière des terres kurdes, plutôt que d’une capitale kurde. Elle rappelle que la carte du Kurdistan se fond progressivement dans les territoires des peuples voisins et que l’honnêteté à ce sujet constitue une force pour la cause kurde, sans l’affaiblir.
Lieux et sujets connexes
Mahabad, la ville kurde au sud, également située dans la province d’Azerbaïdjan occidental.
Saqqez, une ville kurde de la province voisine du Kurdistan. La révolte de Simko Shikak, le peuple assyrien d’Iran et l’histoire plus large du Rojhelat.
Questions fréquentes
Où se trouve Ourmia ?
Ourmia se situe à l’extrême nord-ouest de l’Iran. Capitale de la province d’Azerbaïdjan occidental, elle s’étend sur une plaine juste à l’ouest du lac d’Ourmia, près de la frontière turque.
Ourmia est-elle une ville kurde ?
Non : Ourmia est une ville majoritairement azerbaïdjanaise iranienne, ou azérie, avec d’importantes communautés kurde, assyrienne et arménienne. Elle se trouve dans la région kurde plus large du Rojhelat, mais sa population n’est pas majoritairement kurde.
Qui vit à Ourmia ?
La ville parle majoritairement l’azéri, une langue turcique, et abrite d’importantes minorités kurdes ainsi que des communautés chrétiennes assyriennes et arméniennes historiques.
Que s’est-il passé à Ourmia pendant la Première Guerre mondiale ?
Ourmia devint un refuge pour les Assyriens et les Arméniens fuyant les massacres ottomans, puis le théâtre de grandes violences : le patriarche assyrien fut assassiné par Simko Shikak en 1918 et des milliers d’Assyriens furent massacrés dans le cadre du génocide assyrien.
