Introduction

Le mythe yézidi de la création est l’une des cosmogonies les plus singulières du Moyen-Orient. Il commence par une perle lumineuse, plutôt que par une parole ou un vide. Formée par Dieu de sa propre lumière, elle contient le germe de tout ce qui viendra à l’existence.

Pour les Yézidis, ou Ezidi, ancienne communauté religieuse kurde, c’est une histoire sacrée conservée depuis des siècles dans les hymnes oraux. La perle, l’oiseau primordial, les sept anges et la vallée de Lalish distinguent ce récit de ceux du judaïsme, du christianisme et de l’islam, et le relient au monde religieux plus ancien de l’Iran et de la Mésopotamie.


Sommaire

Qu’est-ce que le mythe yézidi de la création ?

À retenir

Repères

Le récit : de la perle au monde

Origines et croyances

Symbolisme

Les textes sacrés et la tradition orale

Débats et idées reçues

Sujets connexes

Questions fréquentes

Références et lectures complémentaires


Qu’est-ce que le mythe yézidi de la création ?

Ce récit explique comment le Dieu unique, Xwede, fit naître l’univers. D’abord seul dans une perle blanche, il crée sept êtres saints, puis brise la perle pour former la mer, la terre et les cieux. Le mythe explique l’origine du monde, la place de Tawuse Melek, l’Ange-Paon, et l’ascendance du peuple yézidi.

À retenir

  • Selon la croyance yézidie, Dieu créa d’abord une perle blanche, dur, de sa propre lumière et y demeura.

  • Il créa les Sept Anges avant le monde ; leur chef est Tawuse Melek, l’Ange-Paon.

  • La perle se brisa et libéra la mer, la terre, les montagnes, le soleil, la lune et les étoiles.

  • Dieu serait venu demeurer à Lalish, qui reste le lieu yézidi le plus sacré.

  • Les Yézidis se rattachent à Shehid bin Jerr, fils d’Adam, qui fait d’eux un peuple distinct.

Repères

  • Sujet : Le mythe yézidi de la création, ou cosmogonie

  • Tradition : Le yézidisme, foi ezidi

  • Avant la création : Enzel, l’éternité antérieure à la création

  • Première création : Une perle blanche, dur, formée par Dieu de sa lumière

  • L’oiseau : Un oiseau primordial sur lequel la perle reposa pendant 40 000 ans

  • Événement majeur : La perle se brise et forme mer, terre, montagnes, soleil, lune et étoiles

  • Les Sept Anges : Créés de la lumière divine avant le monde, sous la direction de Tawuse Melek

  • Humanité : Adam et Ève ; les Yézidis se rattachent à Shehid bin Jerr, fils d’Adam

  • Centre sacré : Lalish, où Dieu serait venu demeurer

  • Attestation : Hymnes sacrés oraux, les qewls ; également des écrits ultérieurs contestés, de l’oral à l’écrit

Le récit : de la perle au monde

Avant toute existence était Enzel, l’éternité précédant la création, vide sans ordre ni forme. Dieu fit alors naître de sa pure lumière une perle blanche, dans laquelle il demeura seul. Un monde intérieur et caché apparut avant le monde visible que nous connaissons.

Dieu créa un grand oiseau, posa la perle sur son dos et y resta quarante mille ans. Il créa aussi de sa lumière sept êtres saints, auxquels il confia toutes les affaires du monde. À leur tête se trouvait Tawuse Melek qui est l’Ange-Paon.

Puis vint la création. Dieu poussa un cri puissant et la perle éclata. L’eau en jaillit et devint la mer. Dans une autre version, il frappa la perle du pied : le bruit fit naître les montagnes, le tumulte les collines et la fumée le ciel. La mer tremblante fut solidifiée et devint la terre.

Des fragments de la perle, Dieu plaça le soleil et la lune dans les cieux et dispersa les plus petits morceaux en étoiles. Il vint demeurer sur la montagne sacrée de Lalish, depuis lors le lieu le plus saint du monde yézidi.

Enfin, il annonça la création d’Adam et d’Ève, ancêtres de l’humanité. Selon la tradition yézidie, Adam seul eut un fils, Shehid bin Jerr. De lui descendit le peuple yézidi, peuple de l’Ange-Paon, distinct du reste de l’humanité.

Origines et croyances

La perle blanche et l’œuf cosmique

La perle blanche, dur, est au centre de la cosmogonie. Elle contient tous les éléments de l’univers et s’ouvre pour libérer la création. Elle est une version de l’ancien « œuf cosmique » présent notamment dans le zoroastrisme et les religions de l’Inde. Le récit appartient ainsi à un très ancien univers d’idées iraniennes et mésopotamiennes, plutôt qu’à la création à partir du néant des religions abrahamiques.

Les Sept Anges et Tawuse Melek

Avant le monde matériel, Dieu créa de sa lumière sept êtres divins et leur confia les mécanismes de la création. Leur chef est Tawuse Melek qui est l’Ange-Paon, nommé représentant de Dieu sur le monde. Le mythe est donc indissociable de l’Heptade : un Dieu lointain ne gouverne pas directement, mais à travers ces sept êtres saints.

Adam et l’origine des Yézidis

Comme d’autres traditions régionales, le récit comprend Adam et Ève, mais prend une direction singulière. Les Yézidis se disent descendants de Shehid bin Jerr, fils né d’Adam seul, et possèdent ainsi une lignée sacrée distincte. Cette origine explique en partie l’absence de conversion : on naît yézidi, on ne le devient pas.

Symbolisme

La lumière est le thème le plus profond. Dieu crée de sa propre lumière, la perle en brille et les Sept Anges en émanent : créer, c’est répandre la lumière divine sous différentes formes. La perle représente l’unité et le potentiel, l’univers entier contenu en un point avant de se déployer dans la multiplicité.

Le nombre sept, dans les anges et les cieux, revient tout au long de la croyance. Les quatre éléments, feu, eau, air et terre, sont sacrés et ne doivent pas être souillés. Le respect du soleil, vers lequel les Yézidis prient, découle de cette vision d’un monde fait de lumière.

Les textes sacrés et la tradition orale

Une grande partie de ce que les observateurs extérieurs connaissent vient de deux petits livres, le Kiteba Cilwe, Livre de la Révélation, et le Mishefa Res, Livre noir. Les chercheurs s’accordent généralement à considérer les manuscrits publiés en 1911 et 1913 comme des faux produits par des non-Yézidis pour des collectionneurs occidentaux. Leur contenu correspond toutefois largement à la tradition authentique, vivante surtout dans les qewls, hymnes sacrés oraux. Les véritables gardiens du récit sont les récitants qui les transmettent entre générations, plutôt que ces livres.

Débats et idées reçues

Les « livres saints » sont-ils authentiques ? Les manuscrits célèbres sont considérés comme des faux, mais ne relèvent pas de l’invention pure : ils reprennent des croyances authentiques appartenant à la tradition orale. Le mythe lui-même est véritablement yézidi ; les livres en sont simplement des témoins peu fiables.

Le mythe se réduit-il au zoroastrisme ? Il partage des traits frappants avec les cosmologies iraniennes anciennes, notamment l’œuf cosmique, et son langage révèle des influences soufies et gnostiques. Mais les chercheurs mettent en garde contre l’idée d’une simple survivance zoroastrienne : c’est une foi distincte qui a tissé différents héritages en une forme propre. L’étiquette d’« adorateurs du soleil » est également trompeuse. Le soleil est vénéré comme signe de la lumière de Dieu, non comme Dieu lui-même.


  • Tawuse Melek : l’Ange-Paon, chef des Sept Anges

  • Les Sept Anges de la croyance yézidie

  • Shehid bin Jerr : fils d’Adam et ancêtre des Yézidis

  • Lalish : vallée sacrée où Dieu vint demeurer

  • Les qewls : hymnes oraux préservant le récit de la création

  • Cheikh Adi : saint au cœur de l’histoire sacrée yézidie


Questions fréquentes

Qu’est-ce que le mythe yézidi de la création ?

Le récit de la création du monde par Dieu : il forma une perle blanche de sa lumière, créa sept anges, puis brisa la perle pour faire naître mer, terre et cieux.

Que représente la perle blanche ?

Première création de Dieu à partir de sa lumière, elle abrita sa présence. Quand elle s’ouvrit, le monde en sortit, à l’image de l’œuf cosmique d’autres traditions anciennes.

Qui crée le monde dans le yézidisme ?

Le Dieu unique, Xwede, en est le créateur, mais confie ses affaires à sept êtres saints dirigés par Tawuse Melek, l’Ange-Paon. La création se déploie à travers eux.

D’où les Yézidis pensent-ils venir ?

De Shehid bin Jerr, fils né d’Adam seul. Cette lignée particulière contribue au caractère héréditaire d’une religion qui n’accepte pas les conversions.

Les livres saints yézidis sont-ils fiables ?

Le Kiteba Cilwe et le Mishefa Res ne subsistent que dans des manuscrits désormais considérés comme des faux. Leur contenu reflète des croyances réelles, mais la tradition authentique demeure dans les qewls oraux.


Références et lectures complémentaires

Le yézidisme — Wikipédia

Le Livre noir yézidi — Wikipédia

Tawusi Melek — Wikipédia

La religion — Yazidi Cultural Heritage

Les Yézidis — Encyclopaedia Britannica

Mythes yézidis de la création, texte primaire — Stephen Shoemaker