Seyran : le pique-nique kurde en montagne

Seyran est le mot kurde qui désigne un pique-nique à la campagne, et il nomme l’un des rituels les plus appréciés de la vie kurde : installer la famille, les marmites, le pain et la bouilloire dans le moyen de transport disponible, monter dans les collines et étendre une nappe sur l’herbe pour une journée de repas, de conversations, de musique et de repos. Au printemps, et surtout à Newroz, le Nouvel An kurde, les flancs des montagnes se remplissent de familles qui déploient de copieux repas sur les pentes : les feux sont allumés, les brochettes grillent, une soupe mijote et les enfants courent parmi les fleurs sauvages. Voici le centième article de cette série, une étape marquante, et le seyran est le lieu tout indiqué pour la célébrer, car presque tout ce que cette série a décrit se retrouve sur une seule nappe lors du pique-nique kurde. Le dolma et les kebabs, le verre frais de mastaw et le pain, les légumes verts cueillis au printemps et le miel sauvage, puis, pour finir, le thé aux notes fumées préparé sur le feu : le seyran rassemble toute la table kurde et l’emporte dans la montagne. Les Kurdes ne sont pas les seuls à pique-niquer. Mais le seyran kurde, organisé sur ces montagnes mêmes qui ont toujours été le refuge de ce peuple, revêt un sens qui dépasse celui d’un simple pique-nique. Après quatre-vingt-dix-neuf plats, boissons, pains et ingrédients, il semble juste de clore cette étape par la scène qui les réunit tous : une famille à flanc de colline, le repas étalé, la bouilloire sur le feu et les montagnes qui s’élèvent de tous côtés, plutôt que par une recette supplémentaire.


À retenir

• Le seyran est le pique-nique kurde à la campagne : une tradition appréciée de festins en montagne

• Il connaît son apogée au printemps et à Newroz, lorsque les familles gagnent les collines avec de copieux repas

• Le pique-nique réunit toute la table kurde : dolma, kebabs, mastaw, pain, légumes verts, douceurs et thé

• Organisé dans les montagnes, refuge historique des Kurdes, le seyran transforme le paysage en fête


Repères

Nom kurde : Seyran (pique-nique / sortie à la campagne)

Quand : Surtout au printemps et à Newroz ; pendant les mois chauds, les vendredis et les jours de fête

Où : Dans les montagnes, au bord des rivières et sur les collines verdoyantes de toutes les régions du Kurdistan

Sur la nappe : Dolma, viande grillée, mastaw, pain, légumes verts, fruits, douceurs — et thé préparé sur le feu


Ce que l’on trouve sur la nappe

Le repas du seyran est un portrait de toute la cuisine kurde. En son centre se trouve presque toujours le dolma — yaprax, ces feuilles de vigne et légumes farcis qui sont le plat de fête de tous les rassemblements kurdes et le grand classique à emporter en pique-nique, préparé la veille et dégusté froid ou chaud sur l’herbe. Autour vient la viande grillée : des brochettes d’agneau et de poulet, ainsi que le très apprécié foie grillé, cuits sur un feu allumé sur place dont la fumée flotte sur la colline. Il y a toujours du pain et toujours une boisson fraîche et acidulée : une cruche de mastaw ou d’ayran qui passe de main en main. Au printemps, la nappe accueille la montagne elle-même : des légumes verts et des herbes sauvages cueillis en chemin, des amandes fraîches, des fruits. Pour terminer viennent des douceurs parfumées à l’eau de rose et au miel, puis ce qui clôt véritablement toute journée kurde au grand air : du thé, préparé patiemment dans un récipient noirci posé en équilibre sur les braises, versé sucré et fumé dans de petits verres tandis que l’après-midi s’étire. Rien ne se fait à la hâte. La nourriture est abondante et partagée, le repas dure des heures entre chansons, siestes et conversations, et tout l’intérêt est d’être ensemble, tranquillement, à ciel ouvert.


La montagne comme table kurde

Un vieux dicton kurde, empreint d’amertume, dit que les Kurdes n’ont d’amis que les montagnes. Cette série a montré à maintes reprises le versant douloureux de cette vérité : montagnes minées et bombardées, ruches et vergers détruits, aliments menacés de disparition, noms confisqués. Le seyran retourne le sens du dicton. Si les montagnes sont leur seul ami, elles sont aussi l’endroit où les Kurdes ont toujours été les plus libres : libres de parler leur langue, de chanter leurs chansons, d’allumer leurs feux et de manger leurs propres plats sans demander la permission. Voilà pourquoi le seyran compte au-delà des plaisirs qu’il procure, et pourquoi il atteint son apogée à Newroz, fête du feu et du renouveau qui constitue elle-même un acte de défi national. Monter dans les collines en famille et étendre une nappe chargée de dolma, de viande grillée et d’une bouilloire pour le thé, c’est prendre possession, pour une journée, de sa patrie : celle de l’herbe, de la pierre et de l’eau vive, plus ancienne que la patrie des cartes et des frontières qui a été refusée aux Kurdes. Au fil de cent articles, cette série a défendu l’idée que la cuisine kurde est inséparable des montagnes kurdes. Le seyran donne une forme joyeuse à cette idée : tout un peuple qui, un après-midi de printemps, s’assied pour manger sur la terre qui l’a façonné.


Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’un seyran ?

Un seyran est un pique-nique ou une sortie kurde à la campagne : une journée passée en montagne, au bord d’une rivière ou sur une colline verdoyante, à manger, discuter, chanter et se reposer en famille et entre amis. C’est une pratique chère à la vie kurde, surtout au printemps et à Newroz, lorsque les familles emportent des repas élaborés, allument des feux et passent toute la journée ensemble dehors.


Que mange-t-on lors d’un pique-nique kurde ?

Le dolma (yaprax) est le grand classique du pique-nique, préparé à l’avance et facile à transporter. Il s’accompagne de brochettes d’agneau, de poulet et de foie grillées sur le feu, de pain en abondance et d’une boisson fraîche au yaourt comme le mastaw ou l’ayran. Au printemps s’ajoutent des légumes verts cueillis dans la nature, des amandes fraîches et des fruits, ainsi que des douceurs, et toujours, pour terminer la journée, du thé préparé sur les braises.


Pourquoi le pique-nique est-il si important dans la culture kurde ?

Les montagnes ont toujours été le refuge des Kurdes et un élément central de leur identité. Le seyran transforme ce paysage en lieu de joie et de liberté : une journée pour se réunir en famille, parler kurde, chanter et déguster ouvertement des plats traditionnels sur sa terre. À Newroz en particulier, le pique-nique devient un acte discret d’appartenance et de résilience, qui renoue les liens avec la patrie et avec les autres.


Conclusion

Le seyran est le centième article de cette série, et il serait difficile de trouver un meilleur endroit où faire une pause. Après cent articles, le fil conducteur est devenu indéniable : la cuisine kurde est celle d’un peuple de montagne, conservée pour affronter les hivers rigoureux, cueillie dans les hauts pâturages, défendue contre l’effacement et emportée en exil par ceux qui ont dû partir. Au seyran, tout cela revient au pays. Sur une pente printanière, dolma et kebabs, mastaw et pain, légumes verts sauvages, miel et thé fumé sont disposés ensemble, et une famille mange lentement sur la terre qui lui a donné chacune de ces saveurs. Les Kurdes n’ont peut-être d’amis que les montagnes, mais le jour du seyran, celles-ci deviennent une salle de banquet, bien au-delà d’un refuge de dernier recours. Après cent articles, c’est la vérité la plus profonde que cette série puisse exprimer : un peuple à qui tant de choses ont été refusées étend encore sa nappe sur les hauteurs chaque printemps et festoie.


Références et lectures complémentaires

Tasting Table — Plats de Nowruz : pique-niques kurdes dans les montagnes, brochettes grillées, yaprakh et mastaw

Best of Vegan — Newroz : le Nouvel An kurde, la tradition du pique-nique seyran et la légende de Kawa

Kurdish-History.com — Çay : le thé fumé préparé sur le feu qui termine chaque pique-nique kurde

Kurdish-History.com — Mastaw : la boisson fraîche au yaourt qui passe de main en main sur la nappe