Introduction
Sultan Sahak (Soltan Sahak) est le fondateur du yarsanisme, l’une des religions kurdes les plus anciennes et les plus singulières. Mystique ayant vécu autour du tournant du 15e siècle dans les montagnes du Hawraman, il rassembla une communauté à Perdiwar et donna forme à une foi que ses adeptes, les Ahl-e Haqq ou « Gens de la Vérité », professent encore aujourd’hui.
Pour les Yarsans, Sultan Sahak est bien plus qu’un fondateur. Il est vénéré comme la manifestation terrestre centrale de Dieu, la plus importante des incarnations divines par lesquelles, selon leur croyance, le divin est entré à plusieurs reprises dans le monde. Sa vie et ses enseignements sont au cœur de l’une des grandes traditions ésotériques du Kurdistan.
Table des matières
La réincarnation et le voyage de l’âme
Les lieux sacrés et les Yarsans aujourd’hui
Parallèles avec le yézidisme et les croyances plus anciennes
Références et lectures complémentaires
Qui était Sultan Sahak ?
Sultan Sahak était un chef religieux et mystique kurde de la fin du 14e et du début du 15e siècle, fondateur de la foi yarsan, également appelée Ahl-e Haqq ou, en Irak, kakaï. Né dans une famille de cheikhs de la région du Hawraman, il établit une communauté religieuse à Perdiwar, sur la rivière Sirwan, et enseigna une voie centrée sur l’incarnation divine, la réincarnation et l’assemblée sacrée. Les Yarsans le vénèrent comme une manifestation de Dieu lui-même.
Points essentiels
Sultan Sahak fonda la foi yarsan (Ahl-e Haqq) vers la fin du 14e ou le début du 15e siècle.
Il établit sa communauté à Perdiwar, dans les montagnes du Hawraman du monde kurde.
Les Yarsans le vénèrent comme la manifestation terrestre centrale (mazhar) de Dieu.
Ses enseignements sont centrés sur l’incarnation divine, les Sept Êtres (Haft Tan) et la réincarnation.
Les hymnes sacrés de cette foi, les kalams, sont en kurde gorani et sont chantés avec l’accompagnement du luth sacré tanbur.
Repères
Nom : Sultan Sahak (Soltan Sahak ; également Sultan Es’haq, Sultan Ishaq)
Époque : Fin du 14e au début du 15e siècle (dates incertaines)
Origines : Kurde de la lignée de cheikhs Barzanji ; fils de Shaykh Isa et de Khatun Dayerak, de la tribu Jaf
Fondation : Le yarsanisme (Ahl-e Haqq / kakaï) à Perdiwar, dans la région du Hawraman/Guran
Statut dans la foi : Vénéré comme la manifestation terrestre centrale (mazhar) de Dieu
Texte sacré : Le Kalam-e Saranjam, en kurde gorani (hawrami)
Musique sacrée : Le tanbur, luth sacré joué lors de l’assemblée jam
Enseignements essentiels : L’incarnation divine, les Sept Êtres (Haft Tan), la réincarnation
Tombe : À Perdiwar, sur la rivière Sirwan, lieu de pèlerinage yarsan
Attestation : Personnage historique préservé dans la tradition sacrée yarsan (de l’oral à l’écrit)
La vie de Sultan Sahak
Sultan Sahak naquit dans la seconde moitié du 14e siècle au sein d’une famille de rang religieux, de la lignée de cheikhs Barzanji. Son père, Shaykh Isa, était un cheikh soufi, et sa mère, Khatun Dayerak, appartenait à la tribu Jaf. La tradition yarsan entoure sa naissance de miracles : il aurait été conçu lorsqu’une graine de grenade, ou un rayon de lumière, parvint à sa mère, signe qu’il n’était pas un enfant ordinaire.
Il grandit dans les montagnes du Hawraman, haut pays à cheval sur l’actuelle frontière entre l’Iran et l’Irak, et s’installa à Perdiwar, sur les rives du Sirwan. Là, en rupture avec les autorités religieuses de son temps, il rassembla une communauté de fidèles et commença à enseigner une nouvelle voie.
À Perdiwar, Sultan Sahak fixa les pratiques et les croyances qui définissent encore le yarsanisme : l’assemblée sacrée, le rôle des Sept Êtres et la discipline de la foi. Les hymnes composés dans cette première communauté, les textes de Perdiwar, sont considérés comme le fondement des Écritures du yarsanisme.
Après sa mort, il fut enterré à Perdiwar, et sa tombe y reste l’un des lieux yarsans les plus saints. Pourtant, selon la croyance yarsan, il ne mourut pas simplement : en tant que manifestation du divin, son esprit appartient à un cycle bien plus long qu’une seule vie humaine.
La foi yarsan qu’il fonda
Dieu, la Vérité et les incarnations divines
Le yarsanisme est une foi monothéiste fondée sur une idée saisissante : le Dieu unique, appelé Haqq (« la Vérité » ou « le Réel »), est entré dans le monde à travers une succession de manifestations humaines. Les Yarsans parlent de sept grandes incarnations du divin au fil des âges, et Sultan Sahak est honoré comme la figure centrale et la plus importante d’entre elles. Cette croyance en la manifestation divine, partagée avec les courants gnostiques et certains courants soufis, distingue le yarsanisme des grandes religions abrahamiques.
Les Haft Tan et l’assemblée sacrée
Les incarnations divines sont accompagnées des Haft Tan, les « Sept Êtres », un groupe de sept saints compagnons qui apparaissent à leurs côtés au fil des âges. Au cœur du culte yarsan se trouve le jam, rassemblement communautaire sacré tenu dans une salle d’assemblée où les fidèles partagent une nourriture consacrée, le niyaz, comme offrande et communion. Les bonnes actions envers autrui sont davantage valorisées que le rituel formel.
Le tanbur et le kalam
Le culte yarsan est inséparable de la musique. Le tanbur, luth à long manche, est considéré comme un instrument sacré ; les hymnes de cette foi, les kalams, sont chantés et joués sur cet instrument pendant le jam. Le texte sacré central, le Kalam-e Saranjam, est composé en kurde gorani (hawrami), langue sacrée de la tradition. Une grande partie de ce savoir est ésotérique, traditionnellement gardée au sein de la communauté et davantage valorisée dans la récitation vivante que sur la page.
La réincarnation et le voyage de l’âme
L’un des enseignements centraux du yarsanisme est le voyage de l’âme à travers de nombreuses vies. Les Yarsans croient en la réincarnation : l’âme passe par une longue succession de corps, traditionnellement jusqu’à mille et un, sur des milliers d’années, se purifiant progressivement sur le chemin de l’union avec le divin.
À la base de cet enseignement se trouve une vision de deux mondes, l’intérieur (batini) et l’extérieur (zahiri). Les êtres humains vivent dans le monde extérieur visible, mais sont gouvernés par l’ordre caché du monde intérieur. Suivre la voie yarsan consiste à prêter attention à cette réalité intérieure, dont le monde extérieur n’est que la surface.
Les lieux sacrés et les Yarsans aujourd’hui
Les lieux yarsans les plus saints sont les tombeaux des figures centrales de cette foi : le sanctuaire de Sultan Sahak à Perdiwar, sur le Sirwan, et la tombe de Baba Yadgar dans les monts Dalahu, tous deux lieux de pèlerinage. Pour de nombreux Yarsans, ces pèlerinages sont jugés plus appropriés que le voyage à La Mecque.
Aujourd’hui, les Yarsans sont peut-être un million ou davantage, pour la plupart des Kurdes de la région du Guran, concentrés dans les provinces iraniennes de Kermanshah, du Kurdistan et du Lorestan, avec les communautés kakaï apparentées en Irak. Minorité religieuse non reconnue, les Yarsans ont souvent subi pressions et discriminations, et beaucoup protègent étroitement leurs traditions. Leur foi perdure comme l’une des expressions les plus remarquables de la vie religieuse kurde.
Parallèles avec le yézidisme et les croyances plus anciennes
Le yarsanisme appartient à une famille de religions ésotériques kurdes, et sa parenté avec le yézidisme est frappante. Toutes deux sont des fois monothéistes qui décrivent une création commençant par une perle primordiale, honorent un groupe de sept Êtres saints, croient en la réincarnation et préservent leurs enseignements dans le chant sacré plutôt que dans un texte unique accessible à tous.
Le récit yézidi de la création et ses sept anges trouvent des échos clairs dans la perle yarsan et les Haft Tan, et des figures comme la reine-serpent Sahmaran sont vénérées dans les deux traditions. Les chercheurs repèrent aussi dans le yarsanisme l’influence de religions iraniennes plus anciennes. Malgré tous ces parallèles, le yarsanisme est une foi distincte, avec son fondateur, sa langue et ses Écritures, et ne doit pas être confondu avec le yézidisme, l’alévisme ou l’islam.
Débats et idées fausses
Le yarsanisme est-il une branche de l’islam ? Le yarsanisme s’est développé dans un monde façonné par le soufisme et le chiisme et reprend une partie de leur vocabulaire ; les observateurs extérieurs l’ont souvent traité comme une secte musulmane. Mais les Yarsans affirment leur indépendance : leurs croyances en l’incarnation divine et en la réincarnation, ainsi que leurs propres Écritures, les situent en dehors de l’islam majoritaire, comme une religion distincte.
Quand Sultan Sahak a-t-il vécu ? Les récits diffèrent. On le situe généralement à la fin du 14e et au début du 15e siècle, mais la tradition yarsan et les chercheurs extérieurs donnent des dates variables, et sa vie est entourée de légendes sacrées. C’est un personnage historique, mais perçu à travers le prisme de la foi.
Sujets connexes
Le mythe yézidi de la création : une cosmogonie kurde apparentée fondée sur la perle
Les Sept Anges du yézidisme : le groupe de sept êtres yézidis, parallèle aux Haft Tan
Sahmaran : la reine-serpent vénérée dans la tradition yarsan
Les Haft Tan : les Sept Êtres de la croyance yarsan
Baba Yadgar : le saint yarsan et son sanctuaire dans les monts Dalahu
Le tanbur : le luth sacré des Ahl-e Haqq
Questions fréquentes
Qui était Sultan Sahak ?
Sultan Sahak était un mystique kurde de la fin du 14e et du début du 15e siècle, fondateur de la foi yarsan (Ahl-e Haqq). Les Yarsans le vénèrent comme la manifestation terrestre centrale de Dieu.
Qu’est-ce que le yarsanisme ?
Le yarsanisme, également appelé Ahl-e Haqq ou kakaï, est une religion kurde distincte fondée par Sultan Sahak. Il enseigne que Dieu s’est manifesté sous forme humaine au fil des âges, affirme la croyance en la réincarnation et centre son culte sur les hymnes sacrés et le luth tanbur.
Que croient les Yarsans au sujet de Sultan Sahak ?
Ils le vénèrent comme un mazhar, une manifestation terrestre de Dieu, et comme la plus importante des incarnations divines. Ses enseignements, donnés à Perdiwar, constituent le fondement de la foi.
Quel est le livre sacré des Yarsans ?
Le principal texte sacré est le Kalam-e Saranjam, composé en kurde gorani (hawrami). Une grande partie de l’enseignement yarsan est ésotérique et se transmet oralement, chantée avec le tanbur sacré, plutôt que lue dans un texte public.
Quel lien unit le yarsanisme et le yézidisme ?
Ce sont des religions kurdes distinctes mais apparentées. Toutes deux comportent une perle primordiale, un groupe de sept Êtres saints et la croyance en la réincarnation, mais leurs fondateurs, leurs langues et leurs Écritures diffèrent et elles ne doivent pas être confondues.
Références et lectures complémentaires
Ahl-e Haqq — Encyclopædia Iranica
Le yarsanisme — Histoire du Kurdistan
La religion yarsan : croyances et pratiques — Servant Group International
