Introduction

Les divs sont les démons du monde iranique, êtres monstrueux et ténébreux incarnant le chaos, la tromperie et la destruction, au service du grand esprit du mal, Ahriman, dans sa guerre sans fin contre la lumière. Immenses comme des montagnes et terrifiants, maîtres de sorcellerie et de métamorphose, ils sont les adversaires obscurs face auxquels les héros légendaires doivent faire leurs preuves.

Leur histoire contient l’un des retournements les plus remarquables de l’histoire religieuse : les divs étaient autrefois des dieux. Dans le passé indo-iranien le plus ancien, leur nom, daeva, désignait un être céleste lumineux et survit encore en Inde comme terme signifiant dieu. Mais dans le monde iranien, une grande réforme les a déchus et les anciens dieux sont devenus des démons. Après cette inversion, ils sont entrés dans l’épopée nationale comme les redoutables monstres que le champion Rostam combat lors de ses célèbres Sept Travaux.

Et ils n’ont jamais vraiment disparu. Le daeva avestique se perpétue dans les langues iraniques ; en kurde, c’est le dew, géant ou ogre d’innombrables contes populaires, monstre mangeur d’hommes que le héros astucieux doit duper. Suivre les divs, c’est retracer un même fil sombre depuis l’aube de la religion iranique, à travers la grandeur de l’épopée, jusqu’aux histoires encore racontées dans les villages kurdes.


Sommaire

Que sont les divs ?

Points essentiels

Repères

Des dieux aux démons

Les serviteurs d’Ahriman

Les divs du Shahnameh

Le Div blanc du Mazandaran

Rostam et les Sept Travaux

Akvan le rusé

Symbolique

Le dew dans le folklore kurde

Débats et idées reçues

Sujets connexes

Questions fréquentes

Références et lectures complémentaires


Que sont les divs ?

Les divs (div en persan, daeva en avestique) sont les démons de la mythologie iranique : des êtres surnaturels d’une force et d’une malveillance immenses, qui servent l’esprit du mal contre l’ordre de la bonne création. Les daevas étaient à l’origine des dieux de l’ancienne religion indo-iranienne, mais la réforme zoroastrienne les a diabolisés : ils sont devenus les agents du Mensonge et du chaos. Dans la tradition épique du Shahnameh, ils apparaissent comme des créatures monstrueuses et sorcières, dont la plus célèbre est le Div blanc du Mazandaran, tué par le héros Rostam.

Points essentiels

  • Les divs sont les démons des mythes iraniques, l’armée de l’esprit maléfique Ahriman.

  • Leur nom, daeva en avestique, désignait autrefois un dieu, avant la réforme de Zoroastre.

  • Issu de la même racine, le mot signifiant dieu se perpétue en Inde sous la forme deva.

  • Dans le Shahnameh, ce sont des sorciers monstrueux que combattent les héros.

  • Le Div blanc du Mazandaran, tué par Rostam, est le plus célèbre.

  • Le daeva avestique survit en kurde sous la forme dew, le géant des contes populaires.

Repères

  • Nom : Div (persan) ; daeva (avestique) ; dew dans diverses langues iraniennes, dont le kurde

  • Type : Démons des mythes iraniques, armée d’Ahriman

  • Origine : Les daevas, autrefois vénérés comme des dieux, diabolisés par la réforme de Zoroastre

  • Rôle : Agents du Mensonge, du chaos, de la sorcellerie et de la destruction

  • Div célèbre : Div-e Sepid, le Div blanc du Mazandaran

  • Tué par : Rostam, au point culminant de ses Sept Travaux

  • Div rusé : Akvan Div, qui a jeté Rostam dans la mer

  • Domptés par : Tahmuras Divband, le roi qui a enchaîné les démons

  • Forme kurde : Dew, le géant ou ogre des contes populaires kurdes

  • Attestation : L’Avesta et le Shahnameh de Ferdowsi

Des dieux aux démons

Le fait le plus étrange à propos des divs est qu’ils furent d’abord des dieux. Leur nom vient d’un mot ancien, daeva, issu d’une racine signifiant lumineux ou céleste, la même qui a donné en Inde deva, terme ordinaire encore employé pour désigner un dieu. Dans la religion commune des premiers peuples indo-iraniens, les daevas étaient des êtres divins à vénérer. Mais la réforme associée au prophète Zoroastre a renversé cette conception. Il a proclamé un Dieu suprême unique et condamné les anciens daevas comme faux dieux et démons, ennemis de la vérité et de l’ordre.

Cette profonde révolution théologique a créé un remarquable jeu de miroir entre les deux grandes branches de la famille : en Inde, les daevas (devas) sont restés les dieux bienfaisants ; en Iran, ils sont devenus les démons malfaisants opposés à Ahura Mazda, le Seigneur sage, et à son ordre sacré de l’asha. Une inscription royale de l’Empire perse, vieille de plus de deux mille ans, rapporte fièrement la destruction d’un lieu de culte des daevas. Les anciens dieux étaient devenus l’ennemi, et depuis lors le mot div signifie démon.

Les serviteurs d’Ahriman

Dans la vision zoroastrienne du cosmos, les divs sont les créatures et les soldats de l’esprit hostile Ahriman, qui attaque la bonne création du Seigneur sage. Ils sont les agents de la druj, le Mensonge, force de désordre, de fausseté, de maladie et de mort qui s’emploie à gâter et à corrompre le monde. Là où les puissances sacrées apportent vérité, santé et vie, les divs apportent tromperie, décomposition et ruine.

Les plus grands d’entre eux sont les miroirs obscurs du bien. Aux sept Amesha Spentas, les Immortels bienfaisants qui entourent Ahura Mazda, la tradition oppose un groupe d’archidémons, chacun adversaire d’une vertu. Le premier est Akoman, dont le nom signifie Mauvais Esprit, opposé à Vohu Manah, le Bon Esprit. Dans ce schéma, les divs ne sont pas de simples monstres, mais les incarnations mêmes des vices, les ennemis spirituels que chaque âme doit également combattre en elle-même.

Les divs du Shahnameh

Lorsque les démons abstraits de la religion sont entrés dans la poésie épique, surtout dans le Shahnameh de Ferdowsi, ils ont pris chair et semé la terreur. Les divs y sont des monstres saisissants : certains immenses comme des montagnes, d’autres vaguement humains mais hideux, tous dotés d’une force surnaturelle et experts en magie noire, capables de soulever des tempêtes, de changer de forme et de disparaître. La force seule suffit rarement à les tuer ; une fois soumis, ils peuvent parfois être contraints à servir.

Cette dernière idée donne naissance à l’un des plus anciens récits. À l’âge des premiers rois, Tahmuras, l’un des premiers souverains, aurait vaincu les divs et chevauché le chef des démons, gagnant le titre de Divband, celui qui enchaîne les démons. Pour sauver leur vie, les divs capturés lui ont enseigné un précieux secret : l’art d’écrire, dans de nombreux systèmes d’écriture. Même vaincus, les démons restent liés au savoir et au danger, puissances plus anciennes que l’humanité qu’il faut maîtriser plutôt que simplement détruire.

Le Div blanc du Mazandaran

Le plus célèbre de tous les divs est Div-e Sepid, le Div blanc, chef gigantesque des démons du Mazandaran, cette terre sauvage et brumeuse du nord. D’une taille et d’une puissance monstrueuses, il maîtrise la sorcellerie et la magie noire. Lorsque le roi Kay Kavus mène imprudemment une armée à la conquête du Mazandaran, le Div blanc déchaîne son pouvoir contre elle : il fait surgir des ténèbres terribles et une tempête de grêle, de rochers et d’arbres déracinés, qui brise l’armée.

Dans la déroute, le Div blanc capture le roi et ses plus grands guerriers, les frappe de cécité et les jette dans un profond cachot. La fière expédition est devenue un désastre ; le roi d’Iran gît sans défense dans l’obscurité, au pouvoir du seigneur des démons. Un seul champion peut le délivrer, et l’on appelle le plus puissant héros de l’époque.

Rostam et les Sept Travaux

Ce héros est Rostam. Son père Zal, se jugeant trop vieux, envoie le jeune Rostam à leur secours. Au long chemin sûr, celui-ci préfère la voie courte et périlleuse, semée de dangers surnaturels. Ces épreuves constituent les célèbres Haft Khan, les Sept Travaux : avec son fidèle cheval Rakhsh, il vient à bout d’un lion, traverse un désert sans eau, triomphe d’un dragon et d’une sorcière perfide, vainc le commandant des démons Arzhang et capture un div nommé Olad, qui le guide jusqu’au repaire ennemi.

Vient enfin l’épreuve suprême. Rostam descend dans la caverne du Div blanc et affronte le géant dans une lutte désespérée et sanglante, avant de le tuer. Il prélève dans le corps du démon le cœur et le sang qui, par la magie du récit, rendent la vue au roi aveuglé et à ses guerriers. Dans l’image la plus célèbre, Rostam coupe la tête du Div blanc et la porte comme un casque : le trophée du héros qui a brisé le pouvoir des démons et libéré son souverain.

Akvan le rusé

Tous les divs ne combattent pas par la force brute. Sous le règne du juste roi Kay Khosrow, un étrange et bel âne sauvage, au dos marqué d’une bande noire, commence à ravager les troupeaux royaux. Soupçonnant la sorcellerie, le roi envoie Rostam s’en occuper. La créature est le démon Akvan, capable de se métamorphoser en tempête ou de disparaître dans les airs. Pendant trois jours, Rostam le poursuit en vain : chaque fois qu’il est acculé, Akvan disparaît.

Enfin, le héros épuisé s’endort. Akvan découpe la terre sous lui et le soulève endormi dans le ciel. Il réveille Rostam et lui propose par dérision un choix : être jeté sur les montagnes ou dans la mer. Sachant que le démon a l’esprit pervers et fera l’inverse de ce qu’on lui demande, Rostam supplie d’être lancé sur les montagnes. Akvan le jette donc dans la mer, exactement comme le souhaitait Rostam ; le héros nage jusqu’au rivage, retrouve son cheval et revient prendre le démon au lasso et le décapiter. Ce récit est un petit chef-d’œuvre : le nom même du démon fait écho à Akoman, le Mauvais Esprit, et l’histoire montre la raison lucide triomphant d’une malveillance retorse.

Symbolique

Les divs donnent un visage à tout ce que l’imaginaire iranique craignait et rejetait. Ils sont le Mensonge face à la vérité, le chaos face à l’ordre, la maladie face à la santé, la nature sauvage et obscure face à la terre cultivée. Ils habitent souvent les montagnes battues par les tempêtes et le nord brumeux, au-delà des frontières du monde civilisé. Combattre un div, c’est combattre le désordre lui-même ; chaque héros qui en tue un rejoue en miniature la grande lutte cosmique du bien contre le mal.

Leurs récits portent aussi une sagesse plus subtile. Les démons sont rarement vaincus par la seule force : Tahmuras doit les maîtriser, et Rostam bat Akvan par son intelligence plutôt que par son bras. Le message est que le mal est rusé et exige de l’intelligence autant que du courage, et que les pires démons, ceux qui portent le nom des vices, sont aussi ceux que chacun doit vaincre en soi. Dans les divs, le monstre extérieur et le défaut intérieur ne font qu’un.

Le dew dans le folklore kurde

Les divs appartiennent au patrimoine iranique partagé dont les Kurdes sont les héritiers, ce que la langue illustre particulièrement bien. L’ancien daeva avestique se perpétue directement en kurde sous la forme dew, qui désigne un géant, un ogre ou un monstre, comme il survit sous la forme div en persan et dew dans d’autres langues iraniennes. Il a même été emprunté par l’arménien et le géorgien. Le mot qu’employait le prophète pour désigner les anciens démons se prononce encore aujourd’hui au Kurdistan.

Le mot subsiste, mais aussi la créature. Dans les contes populaires kurdes, le dew est un géant immense, souvent mangeur d’hommes, qui se cache dans les grottes et les montagnes, accumule trésors ou captifs et succombe à l’astuce du héros plutôt qu’à sa force : exactement le schéma de Rostam dupant Akvan. Comme toujours avec ce patrimoine, les divs ne sont pas exclusivement kurdes ; ils constituent l’héritage commun de toute la famille iranique. Mais dans le dew des récits kurdes, les plus anciens démons du monde iranique se perpétuent sous une forme que les Kurdes peuvent légitimement considérer comme la leur.

Débats et idées reçues

Les divs ont-ils toujours été mauvais ? Non, et c’est le cœur de leur histoire. Les daevas étaient autrefois des dieux, êtres divins de l’ancienne religion indo-iranienne ; c’est la réforme zoroastrienne qui les a transformés en démons. Le même mot qui signifie démon en Iran signifie encore dieu en Inde. Les divs ne constituent pas une catégorie éternelle de monstres : ils sont les victimes d’une grande révolution religieuse.

Les divs sont-ils identiques aux djinns ? Au cours des siècles islamiques, les deux ont souvent été confondus, et les divs ont pris certains traits des djinns des croyances arabes. Leurs origines sont pourtant distinctes : le div est le daeva diabolisé du monde iranique, tandis que les djinns relèvent d’une tradition arabe séparée. Ils ont fini par partager un folklore, sans être les mêmes êtres.

Les divs sont-ils persans ou kurdes ? Comme le reste de ce patrimoine, ils appartiennent en commun à tous les peuples iraniques. Leur forme littéraire la plus accomplie se trouve dans le Shahnameh persan et les écritures zoroastriennes, mais le démon lui-même, le dew, est aussi vivant dans la langue et le folklore kurdes qu’ailleurs. Il vaut mieux les comprendre comme le trésor et la terreur partagés de toute une famille de peuples.


  • Ahriman : l’esprit du mal dont les divs constituent l’armée

  • Rostam : le grand héros qui a tué le Div blanc

  • Kay Khosrow : le roi juste sous le règne duquel Akvan a été détruit

  • Zahhak : le tyran aux serpents, autre créature du mal dans l’épopée

  • Le Shahnameh : le Livre des rois, où les divs occupent une grande place

  • Ahura Mazda : le Seigneur sage, dont les divs combattent l’ordre


Questions fréquentes

Que sont les divs ?

Les divs sont les démons de la mythologie iranique, des êtres surnaturels d’une grande force et d’une grande malveillance, au service de l’esprit maléfique Ahriman contre la bonne création. Ils apparaissent comme des sorciers monstrueux dans le Shahnameh et comme les géants du folklore ultérieur.

Les divs étaient-ils des démons à l’origine ?

Non. Leur nom, daeva en avestique, désignait à l’origine un dieu, et les daevas étaient vénérés dans l’ancienne religion indo-iranienne. La réforme de Zoroastre les a diabolisés : le mot signifiant démon en Iran signifie ainsi encore dieu, sous la forme deva, en Inde.

Qui est le Div blanc ?

Div-e Sepid, le Div blanc, est le chef gigantesque des démons du Mazandaran dans le Shahnameh. Maître de sorcellerie, il aveugle et emprisonne le roi Kay Kavus et son armée, jusqu’à ce que le héros Rostam le tue au point culminant des Sept Travaux.

Comment Rostam a-t-il vaincu Akvan Div ?

Akvan, démon métamorphe, a soulevé Rostam endormi dans les airs et lui a demandé s’il préférait être jeté sur les montagnes ou dans la mer. Sachant que le démon ferait l’inverse de sa demande, Rostam a supplié qu’on le jette sur les montagnes ; lancé dans la mer, il a survécu et est revenu décapiter Akvan.

Quel mot kurde désigne un div ?

En kurde, le mot est dew, qui signifie géant, ogre ou monstre et descend directement du même ancien daeva avestique. Le dew est une figure courante des contes populaires kurdes : le géant mangeur d’hommes que le héros astucieux doit duper.

Les divs et les djinns sont-ils la même chose ?

Non, même s’ils ont souvent été confondus à l’époque islamique. Le div est le daeva diabolisé de la tradition iranique, tandis que les djinns relèvent d’une tradition arabe distincte. Au fil du temps, ils ont partagé une grande part de folklore, mais restent différents par leurs origines.


Références et lectures complémentaires

Div (démon) — notice de Wikipédia

Daeva — notice de Wikipédia

Div-e Sepid (le Div blanc) — notice de Wikipédia

Les Sept Travaux de Rostam — notice de Wikipédia

Akvan Div — notice de Wikipédia

Div — notice de l’Encyclopaedia Iranica

Akvan-e Div — notice de l’Encyclopaedia Iranica

Shahnameh — notice de l’Encyclopaedia Britannica