Introduction
Le Faravahar est le symbole le plus célèbre du zoroastrisme et l’un des emblèmes les plus connus de tout le monde iranique ancien : un disque ailé d’où émerge un homme barbu, main levée comme pour bénir. Depuis des millénaires, il regarde depuis la pierre des palais et les sceaux des rois. Aujourd’hui, il est porté, sculpté et arboré comme signe d’identité par les peuples qui se tournent vers cet univers ancien, la foi de Zoroastre et le patrimoine que partagent les Kurdes.
Malgré sa renommée, personne n’est pourtant entièrement certain de son sens. Le Faravahar a été interprété comme l’esprit gardien de l’âme, la gloire divine de la royauté et même une image d’Ahura Mazda, le Seigneur sage lui-même. En réalité, son sens originel est perdu et les belles interprétations proposées aujourd’hui sont surtout modernes. Ce mystère contribue à sa force : un signe ancien dont chaque époque doit réinventer la signification.
Voici l’histoire de la figure ailée : ses origines, le grand débat sur son sens, l’éthique en trois principes qu’elle incarne désormais et sa renaissance après des siècles d’obscurité, comme fier emblème d’une foi et d’un patrimoine refusant de disparaître.
Sommaire
Le symbole le plus célèbre du zoroastrisme
Un symbole ancien : le disque ailé
Que signifie-t-il ? Le grand débat
Lire le symbole élément par élément
Le farr, symbole de la gloire royale
Références et lectures complémentaires
Qu’est-ce que le Faravahar ?
Le Faravahar, aussi appelé Foruhar ou Farr-e Kiyani, est la figure au disque ailé devenue le principal symbole du zoroastrisme et de l’identité iranique ancienne. Il montre un homme barbu émergeant d’un anneau, au centre de grandes ailes déployées. Sculpté sur les palais et tombeaux des rois perses puis remis à l’honneur à l’époque moderne, il est interprété comme esprit gardien de l’âme, gloire divine de la royauté ou guide d’une vie bonne. Son sens originel reste cependant inconnu.
L’essentiel
Le Faravahar est le symbole le plus connu du zoroastrisme.
Il montre un disque ailé avec une figure barbue émergeant d’un anneau.
Issu de l’ancien disque solaire ailé du Proche-Orient, il s’épanouit sous les Achéménides.
Son sens est débattu : esprit gardien, gloire royale ou âme humaine.
Les lectures modernes détaillées sont des interprétations, sans sens antique prouvé.
Aujourd’hui, c’est un emblème national de l’Iran et un symbole culturel des peuples iraniques, dont les Kurdes.
Repères
Nom : Faravahar, aussi Foruhar ou Forouhar ; Farr-e Kiyani, gloire kayanide
Nature : Symbole le plus connu du zoroastrisme et de l’identité iranique ancienne
Forme : Disque solaire ailé avec un homme âgé émergeant d’un anneau
Origine : Ancien disque solaire ailé du Proche-Orient, en Égypte et en Assyrie
Épanouissement : Art de l’Empire perse achéménide, surtout à Persépolis
Étymologie : Racines avestiques signifiant je choisis ou protéger
Lectures majeures : Fravashi, esprit gardien ; farr, gloire royale ; ou âme
Réserve essentielle : Les sens modernes détaillés sont des interprétations, sans preuves antiques
Usage moderne : Emblème national de l’Iran ; symbole culturel des peuples iraniques, dont les Kurdes
Attestations : Reliefs et monnaies achéménides ; renaissance au vingtième siècle
Le symbole le plus célèbre du zoroastrisme
Aucune des images laissées par le monde iranique ancien n’est plus reconnaissable que le Faravahar. Il est au zoroastrisme ce que la croix est au christianisme ou le croissant à l’islam : un emblème unique, immédiatement connu, représentant toute une foi et une civilisation. Il apparaît sur les temples et les livres, les pendentifs et les bagues, les drapeaux et les bannières de ceux qui affirment leurs racines dans le passé iranique ancien.
Son nom même suggère sa signification. Le mot Faravahar nous parvient par le moyen perse à partir de racines iraniennes plus anciennes. Il est lié, d’une part, à un mot signifiant je choisis, renvoyant au choix du bien, acte central du zoroastrisme, et, d’autre part, à l’idée de protection, évoquant l’esprit gardien. Les deux grands thèmes du symbole, libre choix et protection divine, se rejoignent ainsi déjà dans son nom.
Un symbole ancien : le disque ailé
Le Faravahar ne naît pas avec les Perses. Son cœur, le disque solaire ailé, est l’un des symboles les plus anciens du monde, présent dans tout le Proche-Orient antique : en Égypte, lié au dieu faucon et au soleil ; à Sumer et à Babylone ; surtout en Assyrie, où une figure humaine à l’intérieur du disque ou en émergeant est associée au grand dieu Assur. L’homme dans le disque ailé est une image ancienne bien avant d’atteindre la Perse.
Les rois perses achéménides se l’approprient et lui donnent sa forme la plus belle et élaborée. Il est sculpté dans la pierre de Persépolis, leur capitale cérémonielle, et sur le grand relief de la falaise de Behistun, où il flotte au-dessus de Darius le Grand et de ses ennemis captifs, bénissant le roi. On le retrouve sur les tombeaux royaux de Naqsh-e Rostam et sur des monnaies ultérieures, signe de la faveur divine veillant sur les souverains de l’Iran.
Que signifie-t-il ? Le grand débat
L’énigme demeure : nul ne sait vraiment ce que signifiait le Faravahar pour ses premiers sculpteurs. Les chercheurs reconnaissent franchement le caractère moderne des explications assurées proposées aujourd’hui. Trois grandes interprétations rivalisent. La première, la plus populaire, y voit une fravashi, esprit gardien. La deuxième y reconnaît Ahura Mazda lui-même, idée rejetée par la plupart des chercheurs : le Seigneur sage est tenu pour transcendant et sans forme et, durant l’essentiel de l’histoire zoroastrienne, n’est jamais représenté.
La troisième lecture, privilégiée par certains grands savants du siècle dernier, voit dans le disque ailé le khvarenah, gloire royale divine, ce même farr qui désigne dans les légendes le roi légitime et fuit les méchants. L’autre nom du symbole, Farr-e Kiyani, gloire kayanide, appuie cette lecture. La figure a peut-être signifié différentes choses selon les époques ; malgré son érudition, le débat moderne ne peut pleinement retrouver un sens perdu depuis si longtemps.
La fravashi, esprit gardien
La lecture la plus répandue aujourd’hui identifie le Faravahar à la fravashi. Dans la croyance zoroastrienne, c’est l’esprit supérieur d’une personne, âme gardienne préexistante et immortelle, étincelle divine entièrement bonne accordée par le Seigneur sage, qui veille sur l’individu durant sa vie et retourne au divin après la mort. Les fravashis sont aussi imaginées à l’échelle cosmique comme une immense multitude d’esprits protecteurs ayant contribué dès l’origine au maintien du monde.
Selon cette lecture, la figure barbue émergeant de l’anneau est l’âme éternelle elle-même, guidée et protégée par sa fravashi, portée par de grandes ailes au-dessus des soucis matériels. Un savant parsi expose pleinement cette interprétation dans les années 1920. Depuis, elle façonne la lecture dominante du symbole, image d’un esprit humain immortel, protégé et tourné vers l’élévation.
Lire le symbole élément par élément
Au cours du siècle dernier, une lecture détaillée du Faravahar, élément par élément, devient populaire. Il faut rappeler son caractère moderne, sans preuve d’un sens antique, mais elle exprime avec beauté l’esprit de la foi. Le visage âgé évoque la sagesse ; une main levée pousse le fidèle à s’élever toujours vers le bien ; l’autre tient un anneau, signe de fidélité et de parole tenue. L’anneau central d’où émerge la figure représente l’éternité de l’âme, ou le fait que tout acte finit par nous revenir. Les grandes ailes déploient trois rangées de plumes figurant l’éthique enseignée par Zoroastre : bonnes pensées, bonnes paroles et bonnes actions, les ailes mêmes de l’ascension de l’âme.
En bas, la queue compte aussi trois parties, interprétées comme les mauvaises pensées, paroles et actions à rejeter. Deux volutes latérales représenteraient les forces du bien et du mal entre lesquelles chacun choisit. Le symbole devient ainsi une carte condensée de la vie morale enseignée par la foi des Amesha Spentas : s’élever vers le bien sur les ailes de la pensée et de l’action justes, se détourner du mal et se rappeler que l’âme est éternelle et que ses choix comptent pour toujours.
Le farr, symbole de la gloire royale
Lire le Faravahar comme le farr, gloire royale divine, mérite un développement distinct : cela le relie à l’une des idées les plus profondes de la royauté iranique. Le farr, ou khvarenah, est la grâce lumineuse du ciel reposant sur le roi juste et légitime et abandonnant le tyran, la gloire portée par le légendaire Kay Khosrow et perdue par l’orgueilleux Jamshid. Farr-e Kiyani désigne précisément cette gloire kayanide, splendeur des rois anciens.
Dans cette perspective, la figure ailée au-dessus de Darius à Behistun représente la gloire même du pouvoir légitime, sceau céleste sur un roi juste, plutôt qu’une âme ou un esprit gardien. Ce sens convient à un emblème royal et pourrait être plus proche que tout autre de l’intention achéménide ; ici encore, la certitude reste hors de portée.
Effacement et renaissance
Avec la chute des empires perses et l’arrivée de l’islam, le Faravahar connaît une longue obscurité. Durant des siècles, la communauté zoroastrienne, de moins en moins nombreuse, maintient discrètement sa foi sans art monumental. La figure ailée survit surtout dans les pierres usées des ruines, son sens à moitié oublié. Le grand emblème d’une grande civilisation devient une sculpture effacée sur une falaise.
Sa renaissance survient au vingtième siècle. Les savants le redécouvrent et le réinterprètent, la communauté zoroastrienne moderne en fait l’étendard de sa foi et il est adopté plus largement comme emblème du patrimoine et de l’identité iraniques. Aujourd’hui, le Faravahar est à la fois symbole mondial du zoroastrisme et signe national et culturel reconnu bien au-delà, de nouveau sculpté au-dessus des portes, imprimé dans les livres et porté près du cœur.
Symboles
La force durable du Faravahar tient à tout ce qu’il réunit en une image. Esprit gardien, âme éternelle ou gloire céleste, il évoque la dignité et l’immortalité de la personne et un monde ordonné par un Dieu bon. Dans la lecture populaire, sa forme même devient sermon : ailes de bonnes pensées et actions pour s’élever, main indiquant le haut, anneau de fidélité et d’éternité, rappel constant que vivre consiste à choisir entre bien et mal.
Il devient surtout une bannière de survie et d’identité. Pour une foi ayant traversé conquête, exil et siècles d’obscurité, comme pour les peuples rattachant leurs racines au monde iranique ancien, la figure ailée dit : nous sommes toujours là, voici qui nous sommes. C’est pourquoi une image dont le premier sens est perdu peut encore sembler si chargée de signification.
Le Faravahar et les Kurdes
À l’époque moderne, le Faravahar dépasse largement la communauté zoroastrienne pour devenir un symbole culturel et séculier de nombreux peuples iraniques. Les Kurdes occupent une place importante parmi ceux qui l’adoptent. Porté en bijou et affiché comme emblème de racines iraniques préislamiques, il trouve sa place, aux côtés du feu printanier de Newroz, parmi les signes par lesquels beaucoup de Kurdes expriment leur lien au profond patrimoine iranique d’où proviennent leur langue et leurs traditions.
Cette adoption participe à l’intérêt moderne plus large de certains Kurdes pour leur passé préislamique et zoroastrien, mouvement d’identité culturelle plutôt que conversion religieuse pour la plupart. Il faut être clair : le Faravahar est l’héritage partagé d’une famille entière de peuples iraniques, Persans, Kurdes et autres, sans être exclusivement kurde. Les Kurdes le portent comme signe d’appartenance à cet univers ancien et commun, sans en revendiquer la propriété exclusive.
Débats et idées reçues
Le Faravahar représente-t-il Ahura Mazda ? L’hypothèse est très répandue, mais rejetée par la plupart des chercheurs. Dans la croyance zoroastrienne, Ahura Mazda est transcendant et sans forme physique ; durant l’essentiel de l’histoire de cette foi, il n’est jamais représenté. Il est donc peu probable que l’homme barbu du disque représente le Seigneur sage. On y voit bien plus souvent un esprit gardien, une âme ou la gloire divine.
Les significations détaillées sont-elles anciennes ? C’est le point essentiel : non. Les belles lectures élément par élément, trois rangées de plumes comme bonnes pensées, paroles et actions, anneau comme éternité, et le reste, sont des interprétations modernes surtout développées au vingtième siècle. Personne ne sait réellement ce que le symbole signifiait pour ses sculpteurs achéménides. L’honnêteté impose de présenter ces sens populaires comme des lectures ultérieures inspirantes, sans les tenir pour des faits antiques retrouvés.
Est-il persan ou kurde ? Comme tant d’éléments de ce patrimoine, le Faravahar appartient en commun à tous les peuples iraniques. Il s’épanouit dans les empires perses et devient symbole national de l’Iran, tout en appartenant à l’univers iranique plus vaste partagé par Kurdes, Persans et autres, ce même univers qui leur donne Newroz et les légendes des rois anciens. Il se comprend mieux comme trésor commun que comme propriété d’une seule nation.
Sujets connexes
Ahura Mazda : le Seigneur sage, parfois associé au symbole, malgré les doutes
Zoroastre : le prophète dont l’éthique en trois principes serait représentée par les ailes
Les Amesha Spentas : les saintes émanations d’Ahura Mazda dans la foi zoroastrienne
Kay Khosrow : le roi juste porteur du farr, gloire royale divine
Mithra : grand yazata, seigneur du pacte et de la lumière
Anahita : la dame des eaux, honorée dans tout le monde iranique
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Faravahar ?
C’est le symbole le plus connu du zoroastrisme : disque ailé avec une figure barbue émergeant d’un anneau. Interprété comme esprit gardien, âme humaine ou gloire royale divine, il est aussi devenu un emblème culturel des peuples iraniques.
Que signifie le Faravahar ?
Son sens originel est inconnu. Les principales lectures y reconnaissent une fravashi ou esprit gardien, le farr ou gloire royale, ou l’âme humaine en quête d’élévation. Les significations détaillées populaires aujourd’hui sont modernes, sans preuve antique.
D’où vient le symbole ?
Il dérive de l’ancien disque solaire ailé du Proche-Orient, présent en Égypte, en Assyrie et ailleurs. Il atteint sa forme la plus raffinée sous les rois perses achéménides, sculpté à Persépolis et à Behistun au-dessus de Darius le Grand.
Représente-t-il Ahura Mazda ?
Probablement pas. Cette hypothèse courante est rejetée par la plupart des chercheurs, car Ahura Mazda est tenu pour transcendant, sans forme et normalement sans représentation. On y voit plus souvent un esprit gardien ou la gloire divine.
Que signifient les ailes ?
Dans la lecture moderne populaire, leurs trois rangées de plumes figurent l’éthique zoroastrienne des bonnes pensées, bonnes paroles et bonnes actions, ailes permettant à l’âme de s’élever. Il s’agit d’une interprétation moderne, sans preuve d’un sens antique.
Pourquoi les Kurdes utilisent-ils le Faravahar ?
Beaucoup de Kurdes, comme d’autres peuples iraniques, l’adoptent comme symbole culturel séculier de leur patrimoine iranique préislamique. Emblème partagé du vaste monde iranique, il est porté comme signe d’appartenance à cette tradition ancienne, sans être exclusivement kurde.
Références et lectures complémentaires
Faravahar — World History Encyclopedia
Faravahar, le symbole ailé du zoroastrisme — Learn Religions
Le Faravahar : ancien symbole zoroastrien de l’Iran — Ancient Origins
Faravahar ou Farohar : histoire des interprétations — Crystalinks
