Izz al-Din Shir, aussi Êzdînşêr, gouverna dans la région de Van, Vostan et Hakkari à la fin du XIVe et au début du XVe siècle. Les sources compliquent le récit d’une fondation unique.

Un pouvoir précédé par d’autres
Hakkari désignait une région et des groupes humains, aux limites différentes de la province actuelle. Sinclair identifie une principauté déjà établie vers les années 1340. [1] Khachatrian souligne la confusion entre souverains homonymes. [2] Consolider un pouvoir ne signifie donc pas créer seul un État inchangé jusqu’au XIXe siècle. Van, Vostan, aujourd’hui Gevaş, et Julamerk, aujourd’hui Hakkari, étaient des centres distincts.
Timur : résistance puis reconnaissance
Sinclair date la prise de la citadelle de Van de 1387, puis décrit soumission, libération et restitution de l’autorité par diplôme. L’émir reprit Vostan à un frère en 1392. [1] Cela ne prouve pas un fratricide. Le récit provincial situe la rencontre avec Timur en 1386. [3] Cette divergence doit rester explicite ; aucun récit ne décrit une souveraineté ininterrompue.
Des alliances variables
Selon Sinclair, l’émir visita Qara Yusuf à Tabriz en janvier 1410, négocia avec le souverain du Chirvan et combattit aux côtés de Qara Yusuf en août. En 1421 il obtint de Shah Rukh, au Karabakh, le renouvellement du diplôme de Timur. [1] Coopération turkmène et suzeraineté timouride faisaient partie de cette politique. Les conflits ottomano-safavides ultérieurs ne doivent pas expliquer rétrospectivement toute sa carrière.
Ascendance et relations religieuses
Khachatrian discute le lien établi par Tovma Metsopetsi entre Êzdînşêr et la famille de Senekerim, interprété par certains comme une ascendance maternelle artsruni. Cela ne constitue pas une généalogie entièrement vérifiée. Il examine aussi la mort du catholicos Zakaria à Vostan en 1393 et l’implication de l’émir. [2] Un portrait de tolérance universelle serait réducteur. Le langage religieux des chroniqueurs ne vaut toutefois pas jugement sur un peuple entier.
Distinguer les bâtiments et les noms
L’inventaire culturel date le tombeau de Halime Hatun à Gevaş de 1335 et nomme Melik İzettin Şir comme commanditaire. [4] Il ne démontre pas une paternité avec l’émir des années 1380. Le récit provincial distingue plusieurs homonymes et attribue la madrasa voisine de la mosquée à Izz al-Din Shir II, mort en 1491. [3] Inscriptions, dates et phases de construction doivent être séparées.
Mort et succession contestée
Le récit provincial date sa mort de 1423 et évoque ensuite le meurtre de son fils Muhammad par Iskandar. [3] Sinclair place l’empoisonnement de Muhammad pendant ou avant la campagne de 1423, et la prise de Van en 1425. [1] Colophons, inscriptions et chroniques éclairent des aspects distincts. Attribuer à cet émir un essor général de la littérature kurde exige des preuves supplémentaires.
Sources et lectures complémentaires
- Thomas Alexander Sinclair, The Government of the Van Region under the Kara Koyunlu, PhD thesis, University of Birmingham (1993), vol. 1, pp. 177–180, 186–191.
- Alexander Khachatrian, Mîrektiya Hekkariyê ya Kurdan, translated by Mehmet Şirin Filiz, Nubihar Akademi 4(11) (2019), pp. 127–142; translation of the 2003 study, especially pp. 128–133.
- Hakkari Provincial Directorate of Culture and Tourism, Hakkari Beyleri ve Beylerin Kökeni: regional dynastic account; chronology differs from Sinclair.
- Turkish Ministry of Culture and Tourism, Gevaş Halime Hatun Kümbeti, monument inventory no. 3: patron, 1335 date and inscription summary.