Introduction

Le Kalam-e Saranjam, « Le Discours de conclusion », est le texte sacré central de la foi yarsanie (Ahl-e Haqq). Vaste corpus de poésie divinement révélée, il préserve les enseignements de Sultan Sahak et l’histoire sainte de cette foi, et se trouve au cœur de la croyance yarsanie, à la manière du Coran ou de la Bible dans d’autres religions.

Pourtant, le Kalam-e Saranjam diffère d’un livre saint imprimé. Pendant la plus grande partie de son existence, il fut porté par la voix plutôt que par la page, chanté de mémoire dans la langue sacrée de cette foi ; il vit encore aujourd’hui dans la psalmodie des kalams au jam. Le comprendre, c’est comprendre comment les Yarsanis font vivre leur vérité.


Sommaire

Qu’est-ce que le Kalam-e Saranjam ?

Points essentiels

Repères

Le Discours de conclusion

Mis par écrit par la Plume d’or

Les quatre époques du divin

La langue sacrée et la parole vivante

Symbolisme

Débats et idées reçues

Sujets connexes

Questions fréquentes

Références et lectures complémentaires


Qu’est-ce que le Kalam-e Saranjam ?

Le Kalam-e Saranjam (aussi appelé simplement Saranjam, ou Kalam) est le livre saint de la foi yarsanie, un recueil de poèmes révélés fondés sur les enseignements du fondateur, Sultan Sahak, et composé vers le quinzième siècle. Écrit en langue goranie et longtemps transmis oralement, il raconte les manifestations successives du divin et expose les croyances et les rites de cette foi. C’est le livre dans lequel les chanteurs du jam puisent encore aujourd’hui.

Points essentiels

  • Le Kalam-e Saranjam est le texte sacré central de la foi yarsanie (Ahl-e Haqq).

  • Son nom signifie « Le Discours de conclusion » et il préserve les enseignements de Sultan Sahak.

  • Il est écrit en gorani, la langue sacrée de cette foi, et fut longtemps transmis oralement.

  • Selon la tradition, il fut mis par écrit pour la première fois par Pir Musi, l’ange des Haft Tan qui consigne les actes.

  • Ses poèmes sont chantés au jam, la cérémonie communautaire, sur la musique du tanbur.

Repères

  • Nom : Kalam-e Saranjam (« Le Discours de conclusion ») ; aussi simplement Saranjam ou Kalam

  • Tradition : Yarsanisme (Ahl-e Haqq / Kaka’i)

  • Type : Le texte sacré central de cette foi

  • Fondé sur : Les enseignements de Sultan Sahak, le fondateur

  • Mis par écrit par : Pir Musi, l’ange des Haft Tan qui consigne les actes

  • Langue : Kurde gorani (hawrami), la langue sacrée des Ahl-e Haqq ; en partie en persan

  • Structure : Les époques de quatre manifestations divines : Khawandagar, Ali, Shah Khoshin et Sultan Sahak

  • Forme : Poèmes divinement révélés (kalams), longtemps transmis oralement

  • Usage : Chanté au jam avec l’accompagnement du tanbur

  • Attestation : Composé vers le 15e siècle ; en partie oral, en partie écrit

Le Discours de conclusion

Le Kalam-e Saranjam est né des enseignements de Sultan Sahak, fondateur de la foi yarsanie, qui rassembla sa première communauté aux quatorzième et quinzième siècles dans le pays des Kurdes goranis. Le livre s’articule autour de sa révélation et des paroles des êtres saints qui l’entouraient. Son nom, souvent rendu par « Le Discours de conclusion », le désigne comme l’écriture sainte d’aboutissement, le dernier mot d’un long déploiement du divin.

Le Saranjam n’est pas un mince volume unique, mais un vaste et complexe corpus de poésie sacrée, les kalams. Autour de son noyau se rassemblent d’autres livres et recueils considérés comme appartenant à la même révélation, dont le Daftar-e Khazana-ye Perdivari, le « Livre du trésor de Perdivar », un ensemble de poèmes mythologiques. Ils forment ensemble la mémoire écrite de cette foi.

Mis par écrit par la Plume d’or

Selon la tradition yarsanie, les paroles du Saranjam furent mises par écrit pour la première fois par Pir Musi, membre des Haft Tan identifié à l’ange qui consigne les actes. En tant que scribe céleste tenant le registre de tous les actes, il convenait qu’il soit celui qui mette les poèmes divins par écrit, la Plume d’or de cette foi.

Pourtant, pendant la plus grande partie de son histoire, le Saranjam fut préservé moins sur la page que dans le cœur. Les poèmes furent appris, mémorisés et chantés au fil des générations, une écriture sainte vivante portée par les voix des fidèles. Ce n’est que récemment que certaines parties ont été rassemblées et mises par écrit à l’intention du monde extérieur ; une grande part demeure, selon une longue tradition, un trésor oral.

Les quatre époques du divin

Au cœur du Saranjam se trouve la vision yarsanie de l’histoire comme succession de manifestations divines. Cette foi enseigne que l’essence divine est apparue dans le monde au cours d’une série de grandes époques, chacune possédant sa propre manifestation centrale, autour desquelles s’organise le texte sacré.

Le recueil rassemble les époques de quatre grandes manifestations du divin : Khawandagar, le Créateur qui fit le monde ; Ali, figure vénérée des débuts de l’islam ; Shah Khoshin, dont l’époque se déroule au Louristan ; et Sultan Sahak lui-même, dont l’époque se situe dans le Hawraman, près de la rivière Sirwan. Dans ce vaste mouvement, le Saranjam raconte non pas un récit unique, mais toute la longue histoire de la présence divine dans le monde.

La langue sacrée et la parole vivante

Le Saranjam est écrit en gorani, aussi appelé hawrami, la langue que la tradition yarsanie tient pour la langue sacrée de cette foi. On dit que tous les premiers Yarsanis utilisaient le gorani comme langue religieuse, et les paroles les plus saintes du Saranjam y sont préservées. Cela confère au texte sacré une résonance particulièrement émouvante aujourd’hui, car peu de Yarsanis contemporains ont le gorani pour langue maternelle ; il s’agit plus souvent du kurde méridional ou du sorani. Connaître le Saranjam dans sa propre langue constitue en soi un héritage sacré.

Avant tout, le Saranjam est un livre qui se chante. Ses poèmes sont les kalams psalmodiés au jam, la cérémonie communautaire, où un récitant les chante avec l’accompagnement du tanbur sacré et où la communauté répond dans les refrains. Ainsi, le texte sacré n’est jamais simplement lu : il résonne, il est interprété, il devient pour un temps la voix vivante de cette foi. Le Saranjam est moins un objet qu’un acte de dévotion répété au fil des âges.

Symbolisme

Le Kalam-e Saranjam incarne la conviction yarsanie selon laquelle la vérité est révélée et gardée en mémoire plutôt que simplement écrite. Comme récit des manifestations divines, il contient toute la forme de l’histoire sacrée ; comme corpus de chants porté par la mémoire, il relie la communauté à son passé par la voix vivante.

Sa préservation en gorani, face à la dispersion et aux pressions, en fait un réceptacle de l’identité autant que de la foi. Conserver le Saranjam, chanter ses kalams et protéger sa langue, c’est pour les Yarsanis se préserver eux-mêmes : un peuple uni par une parole mémorisée et sonore.

Débats et idées reçues

Le Saranjam ressemble-t-il aux hymnes sacrés yézidis ? Il existe une parenté : le Saranjam et les qewls yézidis sont des corpus de poésie sacrée vénérée, transmis par la voix plutôt que fixés dans un seul livre sacré imprimé. Mais il existe aussi des différences. Contrairement aux Yézidis, les Yarsanis ne possèdent pas de classe spécialisée dont l’unique tâche est de mémoriser les textes, et les deux traditions utilisent et comprennent leurs poèmes sacrés chacune à sa manière.

Existe-t-il un Kalam-e Saranjam définitif ? Pas au sens d’un canon unique et fixe. Le Saranjam est un corpus vaste et quelque peu fluide de poèmes, dont différents recueils et copies sont détenus par différentes communautés et lignées. D’anciens manuscrits calligraphiés existent, mais une grande partie de la tradition demeure orale, et ses contours sont dessinés davantage par la révérence que par une édition officielle unique.


  • Sultan Sahak : le fondateur dont le Saranjam consigne les enseignements

  • Pir Musi : l’ange qui consigne les actes et qui l’aurait mis par écrit

  • Le jam : la cérémonie où sont chantés les kalams

  • Le tanbur : le luth sacré qui accompagne la récitation

  • Les qewls yézidis : les hymnes sacrés apparentés des Yézidis

  • Les Haft Tan : les sept êtres saints dont le texte sacré préserve les paroles


Questions fréquentes

Qu’est-ce que le Kalam-e Saranjam ?

Le Kalam-e Saranjam (« Le Discours de conclusion ») est le texte sacré central de la foi yarsanie (Ahl-e Haqq), un corpus de poésie révélée fondé sur les enseignements de Sultan Sahak.

Dans quelle langue est-il écrit ?

Il est écrit principalement en gorani (hawrami), considéré comme la langue sacrée de la foi yarsanie, avec certains éléments en persan. Peu de Yarsanis contemporains parlent le gorani au quotidien.

Qui a écrit le Kalam-e Saranjam ?

Selon la tradition yarsanie, les poèmes divins furent mis par écrit pour la première fois par Pir Musi, le membre des Haft Tan identifié à l’ange qui consigne les actes. Ils reposent sur la révélation de Sultan Sahak.

Que contient le Kalam-e Saranjam ?

Il rassemble les poèmes sacrés, ou kalams, de cette foi, organisés autour des époques des grandes manifestations divines — Khawandagar, Ali, Shah Khoshin et Sultan Sahak —, ainsi que des enseignements et des rites.

Comment le Kalam-e Saranjam est-il utilisé ?

Ses poèmes sont chantés comme kalams au jam, la cérémonie communautaire, par un récitant accompagné du tanbur, avec la participation de la communauté. C’est une écriture sainte vivante et chantée, plutôt que seulement écrite.


Références et lectures complémentaires

Kalam-e Saranjam — Wikipédia

Yarsanisme — Wikipédia

Yarsanisme — Histoire du Kurdistan

The Religious Textual Heritage of the Yarsan (Ahl-e Haqq) — revue Oral Tradition (Kreyenbroek)

Sultan Sahak — Wikipédia

Ahl-e Haqq — Encyclopaedia Iranica