Introduction
Mardas est une figure des premiers récits du Shahnameh, Livre des Rois persan : roi pieux et juste dont le destin tragique marque l’origine sombre de l’histoire du tyran Zahhak. Père craignant Dieu, il est trahi par les intrigues de l’esprit mauvais pour que son propre fils corrompu s’empare du trône.
La tradition le présente comme un souverain juste et pieux, respectueux de Dieu. Son fils Zahhak, faible de volonté et corrompu, tombe cependant dans les filets d’Ahriman, esprit du mal apparaissant ici sous le nom d’Iblis, qui prépare la trahison du bon roi pour donner le trône à son fils. Le contraste entre père pieux et fils corrompu, ainsi que la tragédie du roi trahi, se trouvent au commencement même du grand récit de l’ascension et de la tyrannie de Zahhak.
Comme toutes les figures du Livre des Rois, Mardas appartient au patrimoine épique et mythologique partagé des peuples iraniens, tradition commune aux Kurdes, aux Persans, aux Lors et aux autres peuples iraniques. Le connaître, c’est découvrir le père pieux dont la trahison ouvre le sombre récit de Zahhak, roi juste dont la vertu révèle d’autant mieux la corruption du fils qui deviendra le tyran-serpent.
Sommaire
Le complot de l’esprit mauvais
Le sombre commencement de la tyrannie
Références et lectures complémentaires
Qui est Mardas ?
Mardas, parfois Merdas, est un roi des premiers récits du Shahnameh, connu pour sa piété, sa justice et sa paternité du tyran Zahhak. La tradition en fait un homme craignant Dieu, généreux et bon envers son peuple. À l’opposé, Zahhak manque de volonté et se laisse corrompre par l’esprit mauvais Ahriman, nommé ici Iblis, qui veut l’employer comme instrument du mal. Pour lui ouvrir le pouvoir, celui-ci prépare la trahison du bon roi et la prise du trône paternel. La mort de Mardas résultant du complot est le sombre commencement de l’ascension de Zahhak. L’opposition entre père juste et fils corrompu est centrale : le bon roi trahi ouvre l’histoire du tyran-serpent.
Le roi pieux et juste
Mardas est présenté comme modèle de piété et de justice, roi craignant Dieu et gouvernant avec droiture et générosité. Sa bonté est soulignée précisément pour l’opposer à la corruption de son fils Zahhak.
Chez Ferdowsi, Mardas est un souverain pieux, homme de justice possédant de grandes richesses et en faisant un usage généreux, roi aimé pour sa droiture. Dévoué à son culte et à sa foi, il vit dans le respect du divin et fait le bien de son peuple. Cette insistance prépare le contraste tragique : à sa générosité et à sa piété répondent la faiblesse, l’impulsivité et la facilité à céder au mal de Zahhak. La vertu du père renforce l’horreur morale de sa trahison par un fils corrompu, poussé par l’esprit mauvais. Sa piété et sa justice donnent la mesure du tort subi et rendent cette trahison d’autant plus terrible. Mardas incarne l’ordre juste que renversera l’ascension de Zahhak, bon souverain dont la chute ouvre la longue tyrannie. Sa vertu explique son importance : la bonté paternelle met en relief le mal du fils.
L’essentiel
Mardas est un roi pieux et juste des premiers récits du Shahnameh.
Il est le père du tyran Zahhak.
Sa bonté contraste vivement avec la corruption de son fils.
Zahhak tombe dans les filets de l’esprit mauvais Iblis.
Mardas est trahi par le complot de l’esprit mauvais.
Sa chute ouvre sombrement le récit de l’ascension de Zahhak.
Repères
Nom : Mardas, aussi Merdas
Rôle : Roi pieux ; père de Zahhak
Caractère : Craignant Dieu, juste et généreux
Fils : Zahhak, futur tyran-serpent
Adversaire : Iblis, Ahriman, l’esprit mauvais
Destin : Trahi par le complot de l’esprit mauvais
Thème : Le père pieux et le fils corrompu
Portée : L’origine sombre du récit de Zahhak
Cadre : Les débuts de l’épopée, avant l’ascension de Zahhak
Patrimoine : Tradition épique iranique partagée
Père de Zahhak
La relation qui définit Mardas est sa paternité de Zahhak, futur grand tyran-serpent de l’épopée, usurpateur du trône de Jamshid qui opprimera le monde pendant mille ans.
Fils du pieux Mardas, Zahhak n’hérite pourtant pas de sa droiture. Là où le père craint Dieu et gouverne justement, le fils est faible, impulsif, sans sa bonté ni sa sagesse, davantage préoccupé de grandeur et de désirs personnels que de vertu. Cette différence est au cœur de leur relation et rend le fils vulnérable à l’esprit mauvais. Le récit insiste : le tyran ne naît pas d’un père malfaisant, mais trahit et détruit un homme bon. Leur lien montre l’échec d’un fils à hériter de la vertu paternelle et la manière dont faiblesse, manque d’amour ou de sagesse ouvrent la porte au mal. Mardas se tient ainsi à l’origine de l’histoire : sa trahison par Zahhak est le premier acte sombre de l’ascension. Cette paternité encadre toute la tragédie, origine juste d’où surgit, par trahison, un grand mal.
Le complot de l’esprit mauvais
La trahison est conçue par Ahriman, esprit mauvais portant ici le nom d’Iblis, qui veut employer le corruptible Zahhak comme instrument pour introduire le mal dans le monde.
La tradition raconte que l’esprit mauvais apparaît au jeune Zahhak sous une apparence séduisante, conseiller flatteur exploitant sa faiblesse et son désir de pouvoir et de grandeur. Après avoir gagné sa confiance, il présente le bon roi Mardas comme l’unique obstacle au trône et demande de l’écarter. Zahhak hésite devant cette terrible trahison paternelle ; l’esprit insiste, propose d’organiser lui-même l’acte et ne réclame que silence et complicité. Ce complot représente la corruption de Zahhak et la préparation de la première grande trahison, malice d’Ahriman utilisant la faiblesse du fils pour détruire le père juste. Il est le mécanisme tragique retournant le fils contre son père. Par cette intrigue et la complicité de Zahhak, Mardas est trahi : un grand mal entre dans le monde, ouvrant le long récit de l’ascension du tyran et de l’oppression future.
Mardas trahi
Par le complot de l’esprit mauvais et la complicité de son fils Zahhak, Mardas est trahi et conduit à la mort. La tradition rapporte sobrement ce tort grave comme le premier acte sombre de l’ascension du tyran.
Le bon roi, dévoué à son culte, tombe dans un piège conçu par l’esprit mauvais avec la complicité silencieuse de son fils. Innocent, il est conduit à la mort par celui qu’il a élevé, trahison terrible d’un enfant contre un bon père. Le récit insiste avec douleur et gravité sur l’horreur morale de l’acte plutôt que sur des détails macabres : un père pieux détruit par la corruption filiale et la malice de l’esprit mauvais. C’est le tournant sombre qui place Zahhak sur le trône et ouvre sa tyrannie, péché grave rompant le lien familial et détruisant un homme bon. Premier d’une longue série de maux, l’acte se trouve à l’origine de toute la tragédie et du long récit malfaisant du tyran-serpent. Il est raconté avec sobriété, comme le tort douloureux qui ouvre l’âge sombre.
Le sombre commencement de la tyrannie
Après la trahison de Mardas, Zahhak prend le trône. Commence alors la longue et terrible ascension du tyran-serpent, l’âge sombre qui opprimera le monde jusqu’à Faridun.
Maître du trône paternel par trahison, Zahhak tombe toujours davantage sous l’influence de l’esprit mauvais. Dans la célèbre suite du récit, celui-ci apparaît en cuisinier et obtient la faveur fatale qui fait jaillir des serpents de ses épaules, marque de sa tyrannie monstrueuse. Zahhak usurpe ensuite le trône de Jamshid et opprime le monde mille ans, nourrissant les serpents de cerveaux de jeunes gens, avant d’être renversé par Faridun, incité à agir par le forgeron Kawa et la souffrance du peuple. La trahison de Mardas est la semence sombre de ce mal, première injustice orientant le fils corrompu vers la tyrannie. Le destin paternel est lié à tout le récit : sa chute ouvre un âge sombre qui ne s’achève qu’avec la délivrance de Faridun. Elle encadre le passage d’une origine juste détruite par le mal à la longue oppression, puis au retour de l’ordre légitime. Mardas occupe ainsi le premier chapitre obscur de l’histoire du tyran-serpent et de sa chute finale.
Symboles et sens
Mardas incarne surtout la vertu juste trahie par la corruption, roi pieux détruit par la faiblesse et le mal de son propre fils et par la malice de l’esprit mauvais. Bon père trahi, il représente la tragédie de la vertu renversée à l’origine du récit de Zahhak.
Il incarne aussi le contraste entre bonté héritée et corruption personnelle : le tyran ne vient pas d’un père mauvais, mais détruit un homme juste, montrant que le mal naît de la corruption de la volonté plutôt que d’une nécessité de naissance. Mardas représente l’origine bonne pervertie et l’ordre juste renversé par l’esprit mauvais à travers la faiblesse humaine. Sa trahison ouvre le long règne, première injustice dont grandit le mal. Figure importante à l’origine d’un récit central de l’épopée, il unit vertu trahie, opposition entre bonté et corruption et commencement sombre de la tyrannie. Sa chute met en mouvement un âge obscur terminé seulement par Faridun, libérateur du monde.
Mardas et les Kurdes
Comme toutes les figures du Shahnameh, Mardas appartient au patrimoine épique et mythologique partagé des peuples iraniens, commun aux Kurdes, Persans, Lors et autres peuples iraniques. Le grand récit de Zahhak, dont il marque l’origine sombre, relève de cet héritage collectif.
Le renversement de Zahhak, dont l’histoire de Mardas ouvre le récit, résonne particulièrement dans la tradition kurde : la défaite du tyran par le soulèvement populaire associé au forgeron Kawa et célébré à Newroz est chère aux Kurdes. Mardas, père pieux trahi au début de l’ascension, appartient à ce cycle plus vaste. Il faut cependant le comprendre, avec toute l’épopée, dans le patrimoine iranique commun plutôt que comme une figure exclusivement kurde. Les Kurdes le partagent en tant que peuple iranique, même si le renversement de Zahhak occupe chez eux une place spéciale. Présenter Mardas, c’est donc présenter l’une des figures de cet héritage partagé avec leurs voisins : le père pieux à l’origine sombre de la grande histoire du tyran-serpent.
Débats et idées reçues
Mardas est-il mauvais comme son fils ? Tout au contraire : c’est un roi pieux et juste, homme bon craignant Dieu. Le récit oppose délibérément sa bonté à la faiblesse et à la corruption de Zahhak, rappelant que le tyran détruit un père bon. Cette vertu renforce la tragédie et l’horreur morale de la trahison et montre que le mal naît d’une volonté corrompue plutôt que nécessairement de la naissance.
Pourquoi l’esprit mauvais est-il nommé Iblis plutôt qu’Ahriman ? Dans l’histoire de Mardas et de l’ascension de Zahhak, Ferdowsi emploie souvent Iblis, nom arabe du diable, à la place du nom zoroastrien Ahriman utilisé ailleurs. Ce changement suscite des discussions savantes, mais la figure demeure essentiellement la même : l’esprit qui corrompt Zahhak et prépare la trahison de son père. Iblis révèle la superposition des traditions iraniennes anciennes et ultérieures dans l’épopée, tout en conservant le rôle d’adversaire du bien.
Mardas est-il spécifiquement kurde ? Non. Comme les autres personnages du Shahnameh, il appartient au patrimoine épique commun aux Kurdes, Persans, Lors et autres peuples iraniques. Le grand récit de la chute de Zahhak, dont il marque le début sombre, possède toutefois une place particulière chez les Kurdes par son lien avec Newroz. Ceux-ci partagent en tant que peuple iranique cet héritage vaste avec leurs voisins.
Sujets connexes
Zahhak : le tyran-serpent, fils de Mardas
Ahriman : l’esprit mauvais qui prépare la trahison de Mardas
Jamshid : le roi dont Zahhak usurpera le trône
Faridun : le héros qui renversera Zahhak
Kawa le forgeron : celui qui soulève le peuple contre Zahhak
Faranak : la mère qui sauve Faridun de Zahhak
Newroz : la fête associée au renversement de Zahhak
Le Shahnameh : le Livre des Rois persan, grande épopée de l’Iran
Questions fréquentes
Qui est Mardas dans le Shahnameh ?
Mardas, parfois Merdas, est un roi des premiers récits, connu pour sa piété, sa justice et sa paternité de Zahhak. Craignant Dieu, généreux et juste, il gouverne bien son peuple. Son fils faible et corrompu tombe dans les filets de l’esprit mauvais, qui prépare la trahison du roi pour lui donner le trône : le sombre commencement du récit de Zahhak.
Comment meurt Mardas ?
Il est trahi et conduit à la mort par un complot de l’esprit mauvais, avec la complicité silencieuse de son fils Zahhak. Après avoir corrompu le jeune homme, l’esprit organise la disparition du bon roi pour lui donner le trône. La tradition raconte sobrement cette trahison, s’attachant à son horreur morale plutôt qu’aux détails macabres : un père pieux et innocent détruit par la corruption de son fils.
Pourquoi est-il important dans le récit de Zahhak ?
Sa trahison ouvre sombrement tout le récit. Sa bonté de roi pieux et juste contraste délibérément avec la corruption filiale, soulignant que le tyran détruit un père bon plutôt que d’en hériter le mal. L’injustice faite à Mardas place Zahhak sur le trône et ouvre sa tyrannie millénaire : le père pieux devient l’origine tragique de l’histoire du tyran-serpent.
Est-il un bon roi ?
Oui. Modèle de piété et de justice, il gouverne avec droiture et générosité, dans la crainte de Dieu. Sa bonté s’oppose à la faiblesse et à la corruption de Zahhak. Elle renforce la tragédie et montre que le mal vient de la volonté corrompue plutôt que de la naissance : un tel mal trahit un père si bon.
Pourquoi l’esprit mauvais s’appelle-t-il Iblis ici ?
Dans l’histoire de Mardas et de l’ascension de Zahhak, Ferdowsi emploie souvent Iblis, nom arabe du diable, plutôt qu’Ahriman, nom zoroastrien utilisé ailleurs. Ce changement est discuté par les chercheurs, mais le personnage est essentiellement le même : l’esprit corrompant Zahhak et préparant la trahison paternelle. Le nom exprime la superposition de traditions iraniennes anciennes et ultérieures.
Mardas est-il une figure kurde ?
Il appartient au patrimoine épique commun aux Kurdes, Persans, Lors et autres peuples iraniques, sans être exclusivement kurde. Le récit plus vaste du renversement de Zahhak, dont il marque l’origine sombre, est particulièrement important dans la tradition kurde par son lien avec Newroz. Les Kurdes partagent avec leurs voisins cet héritage dont Mardas fait partie.
Références et lectures complémentaires
Zahhak : une étiologie du mal — The Markaz Review
La légende de Zahhak et de Fereidun — IranTrawell
Le Shahnameh — Encyclopaedia Iranica
