Introduction

Parmi les saints hommes et femmes de la foi yézidie, les feqirs occupent une place particulièrement vénérée. Ces ascètes consacrent toute leur vie au service de la religion, renoncent au confort du monde, observent la plus stricte discipline de jeûne et de dévotion et portent le manteau noir sacré à l’image du grand saint Sheikh Adi. Par leur austérité et leur sainteté, ils incarnent l’esprit de dévotion et de renoncement qui est au cœur de la tradition religieuse yézidie.

Distincts des classes religieuses héréditaires, ils se définissent avant tout par leur mode de vie : ascétisme, piété et service, dans une existence entièrement vouée à Dieu et aux êtres saints. Ils observent les grands jeûnes, servent dans la vallée sainte de Lalish et sont soumis à des interdits et disciplines sacrés qui les distinguent comme hommes et femmes consacrés au divin. Ils comptent parmi les figures religieuses les plus respectées du monde yézidi.

Comprendre les feqirs, c’est découvrir le cœur ascétique et mystique du yézidisme, sa tradition de saint renoncement à l’image de son plus grand saint, et le profond respect porté à ceux qui vouent toute leur vie au service du divin. Dans cet ascète au manteau noir, observant de longs jeûnes et servant les lieux saints, la foi yézidie trouve l’une de ses images les plus pures de la dévotion.


Sommaire

Qui sont les feqirs ?

Les ascètes de la foi

L’essentiel

Repères

Le manteau noir sacré

Les grands jeûnes

Servir à Lalish

Les kocheks et les serviteurs sacrés

Symboles et significations

Les feqirs et les Kurdes

Débats et idées reçues

Sujets connexes

Questions fréquentes

Références et lectures complémentaires


Qui sont les feqirs ?

Les feqirs, également orthographiés faqirs, sont les ascètes de la foi yézidie, saints hommes et femmes vouant toute leur vie au service de la religion. Leur nom vient d’un mot signifiant pauvre : pauvre devant Dieu, ayant renoncé aux richesses et au confort du monde pour une vie de dévotion, sens familier dans les traditions ascétiques et mystiques de la région. Ils observent tous les rites, interdits et actes religieux avec la plus grande rigueur, mènent une vie de piété et de renoncement, et portent le manteau noir sacré qui marque leur vocation. La communauté yézidie les respecte profondément comme hommes et femmes consacrés au divin.

Les ascètes de la foi

Leur trait distinctif est leur vie ascétique, entièrement vouée à la religion. Là où la plupart des Yézidis vivent une existence ordinaire dans le monde, les feqirs choisissent le renoncement et la dévotion. Ils observent des disciplines et interdits stricts, gardent les grands jeûnes et se consacrent à la prière, au service et à l’imitation de la sainteté de Sheikh Adi, grand saint et ascète au cœur de la foi. Leur vocation est celle de la sainteté, d’une vie réservée au sacré.

Ils se distinguent des classes religieuses héréditaires yézidies, cheikhs et pirs dans les lignées desquels on naît, décrites dans l’article sur le système des castes yézidies. Les feqirs se définissent par leur vocation et leur vie ascétiques, par leur consécration à la religion, plutôt que par la naissance dans une caste. En pratique, la vocation s’est toutefois souvent perpétuée dans certaines familles au fil des générations. Ils ressemblent en cela aux saints ascètes et derviches des traditions mystiques régionales, hommes et femmes renonçant au monde pour le divin. Au sein du yézidisme, ils forment un ordre particulier de fidèles dévoués, incarnation vivante de son esprit ascétique et mystique, honorés de tous pour la sainteté de leur vie.

L’essentiel

  • Les feqirs sont les ascètes yézidis, entièrement voués à la religion.

  • Leur nom signifie les pauvres, ceux qui, pauvres devant Dieu, renoncent au monde.

  • Ils portent la khirqa noire sacrée à l’image de Sheikh Adi.

  • Ils observent les disciplines et interdits les plus stricts et les grands jeûnes.

  • Ils servent dans la vallée sainte de Lalish et en maintiennent les rites.

  • Ils se distinguent des classes héréditaires des cheikhs et des pirs.

Repères

  • Nom : Feqir, aussi faqir, pauvre devant Dieu

  • Religion : Yézidisme

  • Fonction : Ascètes entièrement voués au service de la religion

  • Vêtement sacré : La khirqa noire, manteau ou tunique de laine

  • Modèle : Sheikh Adi, le grand saint et ascète

  • Disciplines : Interdits stricts, jeûne, prière et service

  • Grands jeûnes : Jeûnes de quarante jours d’été et d’hiver

  • Service : Dans la vallée sainte de Lalish

  • Groupe apparenté : Les kocheks, serviteurs visionnaires de Lalish

  • Statut : Profondément vénérés dans la communauté yézidie

Le manteau noir sacré

Leur signe le plus visible et le plus sacré est le manteau noir qu’ils portent, appelé khirqa. Cette tunique ou robe de laine sombre est l’emblème de leur vocation consacrée. Ils la portent à l’image de Sheikh Adi, grand saint du yézidisme. Considérée comme un vêtement éminemment saint, elle est traitée avec le plus profond respect. Revêtir la khirqa, c’est embrasser la vie ascétique et se signaler comme consacré au service du divin.

La sainteté du manteau noir est profonde. Dans la tradition, issue de l’héritage mystique et soufi plus large de la région, la khirqa est tenue pour le plus approprié des vêtements religieux. Les récits la relient même au vêtement primordial des premiers humains, donné à Adam et Ève : ses associations remontent ainsi aux débuts de l’humanité. La laine dont elle est faite et le manteau lui-même sont traités comme des objets sacrés ; le feqir qui le porte est tenu de vivre à la hauteur de cette sainteté. La khirqa noire dépasse donc le simple vêtement : signe sacré de la vocation ascétique, de l’imitation du saint et d’une vie consacrée à Dieu, elle est l’emblème même de la sainteté des feqirs.

Les grands jeûnes

L’une de leurs principales obligations religieuses est d’observer les grands jeûnes yézidis, longues périodes parmi les disciplines les plus exigeantes de cette foi. Les premiers sont les jeûnes de quarante jours, deux fois par an, en été et en hiver, appelés Quarante Jours d’été et Quarante Jours d’hiver. Ces longs jeûnes constituent une obligation destinée surtout aux responsables religieux : le Baba Sheikh, les feqirs et les autres membres du clergé et ascètes, plutôt qu’aux Yézidis ordinaires.

Durant ces jeûnes de quarante jours, les feqirs se réunissent avec le Baba Sheikh et les autres responsables religieux dans la vallée sainte de Lalish pour commencer le jeûne par des cérémonies sacrées. Ils l’observent ensuite durant de longues semaines, à Lalish ou chez eux. Le jeûne d’hiver, tenu dans la partie la plus froide de l’année, s’achève par une fête qui marque, selon la tradition, le tournant de l’ordre naturel vers le printemps à venir. En observant ces jeûnes longs et exigeants, les feqirs assument une discipline de dévotion au nom de toute la communauté. Cet effort sacré de renoncement est l’une des plus hautes expressions de leur vocation consacrée et un service rendu au bien spirituel de tout le peuple yézidi.

Servir à Lalish

Leur vie est étroitement liée à la vallée sainte de Lalish, lieu le plus saint du yézidisme et site du tombeau de Sheikh Adi. Ils y servent, prennent part aux rites et cérémonies, observent les grands jeûnes et se consacrent à l’entretien et au service de la vallée et de ses lieux saints. Leur présence et leur service participent à la vie religieuse qui se perpétue à Lalish, cœur spirituel de la foi.

Ce service dans la vallée exprime leur consécration au divin. En servant à Lalish, en observant ses jeûnes et ses rites et en se vouant à ses lieux saints, les feqirs réalisent leur vocation au centre même du monde religieux yézidi. Ils rejoignent la longue tradition de dévotion entourant le tombeau de Sheikh Adi, les sources sacrées et les sanctuaires de la vallée, prenant place parmi les gardiens et serviteurs des choses les plus saintes de la religion. Dans ces ascètes au manteau noir, la foi yézidie manifeste son idéal d’une vie entièrement vouée au sacré, à Dieu, aux êtres saints et aux lieux saints de la religion.

Les kocheks et les serviteurs sacrés

Aux côtés des feqirs, le yézidisme connaît d’autres figures dotées d’une dévotion et de dons religieux particuliers, notamment les kocheks, nom compris comme celui qui voit au loin. Ces serviteurs de Lalish se voient attribuer, dans la tradition, le don de vision spirituelle : la capacité de percevoir ce qui est lointain ou caché. Ils servent la religion par leur rôle visionnaire et leur dévotion. Avec les feqirs, ils comptent parmi les serviteurs sacrés qui se vouent au service du sacré.

Ces diverses figures, feqirs dans leur discipline ascétique, kocheks dans leur don de vision et autres serviteurs consacrés, constituent ensemble le groupe de ceux qui vouent leur vie à la religion dans le monde yézidi. Ils côtoient les responsables religieux héréditaires, le Mir, le Baba Sheikh, les cheikhs et les pirs, et les qewwals qui préservent les hymnes sacrés. Par cette riche diversité de fonctions et de vocations, le yézidisme a maintenu à travers les siècles une tradition vivante de dévotion et de service. Les feqirs y occupent une place particulièrement honorée, comme incarnation de son esprit mystique et de renoncement.

Symboles et significations

Les feqirs incarnent le cœur ascétique et mystique du yézidisme, son idéal d’une vie entièrement vouée au divin dans le renoncement, la discipline et le service. Dans l’ascète au manteau noir, pauvre devant Dieu et consacré à la religion, la foi trouve l’une de ses images les plus pures de la dévotion. Elle s’enracine dans l’imitation de son plus grand saint, Sheikh Adi, dont la vie sainte et ascétique est le modèle des feqirs.

Ils incarnent aussi l’esprit de renoncement entrepris pour le bien d’autrui. Par les grands jeûnes et les disciplines strictes qu’ils observent au nom de toute la communauté, ils assument un effort sacré pour le bien spirituel de tout le peuple yézidi, service de dévotion rendu aux autres. Leur pauvreté devant Dieu, leur renoncement au confort du monde et leur consécration au sacré expriment la profonde conviction yézidie selon laquelle la vie la plus haute est celle qui se voue au divin. Considérer les feqirs, c’est découvrir les profondeurs mystiques et dévotionnelles du yézidisme, son respect de la sainteté et du renoncement, et l’honneur rendu à ceux qui, à l’image du saint, consacrent toute leur vie à Dieu et au service du sacré.

Les feqirs et les Kurdes

Les feqirs sont une part précieuse du patrimoine religieux du monde kurde. Les Yézidis en sont l’une des communautés les plus anciennes, et leurs saints hommes et femmes ascètes comptent parmi ses figures religieuses les plus marquantes. Vivant et servant dans les communautés yézidies des terres kurdes et dans la vallée sainte de Lalish, ils appartiennent au riche patrimoine spirituel singulier que les Yézidis ont préservé dans le monde kurde.

La tradition du saint ascète renonçant au monde pour le divin s’est épanouie dans les cultures religieuses des terres kurdes et de la région plus large. Les feqirs yézidis en sont une expression particulière au sein de leur ancienne foi. Par leurs manteaux noirs, leurs longs jeûnes et leur service des lieux saints, ils maintiennent vivante une tradition de dévotion d’une grande profondeur et ancienneté. Les honorer, c’est honorer l’esprit ascétique et mystique du yézidisme, et reconnaître ces saints hommes et femmes consacrés comme des trésors vivants du patrimoine religieux du monde kurde.

Débats et idées reçues

Les feqirs sont-ils les castes de cheikhs et de pirs ? La distinction est essentielle. Cheikhs et pirs sont les classes religieuses héréditaires de la foi yézidie, dans les lignées desquelles on naît, comme l’explique l’article sur le système des castes. Les feqirs se définissent par leur vocation ascétique et leur mode de vie consacré plutôt que simplement par la naissance dans une caste, même si la vocation s’est souvent perpétuée dans des familles particulières. Il convient de les comprendre comme un ordre d’ascètes et de fidèles dévoués, marqué par la sainteté et le renoncement, distinct des classes héréditaires sacerdotales et de direction spirituelle.

Le mot feqir a-t-il le même sens que le faqir musulman ou soufi ? Le feqir yézidi partage son nom et une part de son sens avec la tradition plus large du faqir, saint ascète pauvre devant Dieu présent dans les traditions mystiques et soufies régionales. Le manteau noir sacré et d’autres traits reflètent ce patrimoine partagé. Le feqir yézidi appartient toutefois à sa propre foi, avec une fonction religieuse, des disciplines et un sens particuliers. Il faut le comprendre dans le monde religieux yézidi plutôt que l’assimiler simplement aux ascètes d’autres religions. Le vocabulaire commun reflète les liens profonds entre les traditions religieuses régionales, parmi lesquelles le yézidisme conserve son identité distincte.

Cet ascétisme est-il exigé de tous les Yézidis ? La vie ascétique des feqirs, avec ses disciplines strictes et ses grands jeûnes, est une vocation particulière de personnes consacrées, plutôt qu’une obligation des Yézidis ordinaires. Les longs jeûnes de quarante jours incombent surtout aux responsables religieux et aux ascètes, le Baba Sheikh, les feqirs et le clergé, plutôt qu’à toute la communauté. Ils assument ces disciplines au nom de tous. Leur vie consacrée est honorée précisément parce qu’elle répond à un appel particulier de dévotion, librement embrassé pour servir Dieu et le bien communautaire.



Questions fréquentes

Qui sont les feqirs yézidis ?

Les feqirs, aussi orthographiés faqirs, sont les ascètes du yézidisme, saints hommes et femmes consacrant leur vie entière au service de la religion. Leur nom signifie les pauvres : pauvres devant Dieu, ils renoncent aux richesses et au confort du monde pour une vie de dévotion. Ils observent les disciplines et interdits les plus stricts et les grands jeûnes, portent le manteau noir sacré à l’image de Sheikh Adi et servent dans la vallée sainte de Lalish. La communauté les vénère profondément.

Qu’est-ce que la khirqa ?

La khirqa est le manteau noir sacré, ou tunique de laine sombre, porté par les feqirs, emblème de leur vocation ascétique consacrée. Portée à l’image de Sheikh Adi, grand saint du yézidisme, elle est tenue pour un vêtement éminemment saint. Dans la tradition issue de l’héritage mystique régional, elle est considérée comme le plus approprié des vêtements religieux et associée au vêtement primordial des premiers humains. Elle est traitée avec le plus profond respect.

En quoi diffèrent-ils des cheikhs et des pirs ?

Les cheikhs et les pirs sont les classes religieuses héréditaires du yézidisme, dans les lignées desquelles on naît, au sein d’une structure de type caste. Les feqirs se définissent par leur vocation ascétique et leur vie consacrée plutôt que simplement par la naissance dans une caste, même si cette vocation s’est souvent perpétuée dans certaines familles. Ordre d’ascètes et de fidèles dévoués, marqué par la sainteté et le renoncement, ils se distinguent des classes héréditaires sacerdotales et de direction spirituelle.

Quels jeûnes observent-ils ?

Ils observent les grands jeûnes yézidis, principalement ceux de quarante jours, deux fois par an, en été et en hiver. Ces longues périodes sont une obligation religieuse visant surtout les responsables et les ascètes, le Baba Sheikh, les feqirs et le clergé, plutôt que les Yézidis ordinaires. Pendant les jeûnes, les feqirs se réunissent avec les responsables à Lalish pour des cérémonies sacrées, assumant cette discipline de dévotion au nom de toute la communauté.

Qui sont les kocheks ?

Les kocheks, nom compris comme ceux qui voient au loin, forment un autre groupe de serviteurs dévoués du yézidisme. Serviteurs de Lalish, ils se voient attribuer dans la tradition un don de vision spirituelle, capacité de percevoir ce qui est lointain ou caché. Ils servent la foi par leur rôle visionnaire et leur dévotion. Avec les feqirs et les autres serviteurs consacrés, ils composent l’ensemble de ceux qui vouent leur vie à la religion dans le monde yézidi.

Le feqir est-il le faqir musulman ?

Le feqir yézidi partage son nom et une part de son sens avec la tradition plus large du faqir, saint ascète pauvre devant Dieu présent dans les traditions mystiques et soufies régionales. Des traits comme le manteau noir sacré reflètent ce patrimoine commun. Il appartient toutefois à la foi yézidie, avec une fonction, des disciplines et un sens propres. Il convient de le comprendre dans cet univers religieux plutôt que l’assimiler simplement aux ascètes d’autres religions.


Références et lectures complémentaires

Que croient les Yézidis persécutés d’Irak ? — Christianity Today

Direction spirituelle yézidie et jeûne des Quarante Jours d’hiver — Kurdistan24

Organisation sociale des Yézidis — Wikipédia

Glossaire yézidi : khirqa, kochek, feqir — Yezidis International

Lalish — Wikipédia

Yézidisme — Wikipédia

Sheikh Adi ibn Musafir — Wikipédia

Les Yézidis : histoire, communauté, culture et religion — Birgul Acikyildiz