Introduction
Les klash sont les belles chaussures artisanales du Kurdistan, ces chaussures blanches traditionnelles, cousues à la main à partir de coton et de cuir, qui complètent le costume national kurde et comptent parmi les créations les plus distinctives de l’artisanat kurde. Fabriquées surtout dans la région du Hawraman, ce cœur montagnard de la tradition kurde, les klash se portent avec la tenue traditionnelle à Newroz, lors des mariages et des fêtes ; elles sont chéries comme un fier emblème du patrimoine, du savoir-faire et de l’identité kurdes.
Bien plus que de simples chaussures, les klash sont le fruit d’un patient travail artisanal et portent une profonde signification culturelle. Chaque paire est entièrement fabriquée à la main selon un procédé minutieux, qui peut prendre une semaine ou davantage et dont les tâches se répartissent traditionnellement entre plusieurs artisans qualifiés : les solides semelles sont constituées de couches de coton comprimées et cousues avec du fil de cuir, tandis que les dessus sont tricotés et cousus. Légères, fraîches et confortables, adaptées au climat kurde, les klash sont à la fois des chaussures pratiques et une précieuse expression de l’art et du patrimoine du peuple kurde.
Issues d’un artisanat très ancien, dont les racines remontent à de nombreux siècles dans la région du Hawraman, les klash sont aujourd’hui célébrées comme un symbole d’identité et de fierté kurdes, honorées par une reconnaissance internationale et chéries par les Kurdes au pays et dans la diaspora. Connaître les klash, c’est découvrir l’un des artisanats kurdes les plus aimés : les chaussures faites à la main des montagnes, où l’habileté de l’artisan kurde, les matériaux du pays et le patrimoine d’un peuple se réunissent dans un objet à la fois beau et utile. C’est le patrimoine du Kurdistan porté aux pieds, un emblème précieux et durable de l’esprit kurde.
Sommaire
Un artisanat à plusieurs mains
Références et lectures complémentaires
Que sont les klash ?
Les klash, également orthographiées kalash, sont les chaussures artisanales traditionnelles des Kurdes : légères, cousues à la main, habituellement blanches, faites de coton, de laine et de cuir selon un procédé traditionnel minutieux, entièrement manuel. La chaussure se compose d’une semelle résistante, constituée de nombreuses couches de tissu de coton et de cuir de vache comprimées et cousues avec du fil de cuir, ainsi que d’une empeigne tricotée en fil de laine ou de coton. Portées surtout par les hommes avec le costume traditionnel kurde, et autrefois par les femmes également, les klash accompagnent la tenue nationale lors des fêtes et des cérémonies, comme Newroz et les mariages. Fabriquées surtout dans la région du Hawraman au Kurdistan, avec la ville de Marivan et la région de Halabja pour centres réputés, les klash relèvent d’un ancien artisanat familial : ce sont des chaussures pratiques et belles, adaptées au climat kurde, et l’un des symboles les plus distinctifs et les plus chers du patrimoine et de l’identité kurdes.
Le berceau des klash
Le berceau des klash est la région du Hawraman, également appelée Uramanat, ce beau territoire montagneux et accidenté qui s’étend de part et d’autre de la frontière entre le Kurdistan de l’Est, dans le nord-ouest de l’Iran, et le Kurdistan du Sud, dans le nord de l’Irak. Cette région, réputée pour ses spectaculaires villages en terrasses, ses anciennes traditions et sa profonde fidélité au patrimoine kurde, est le foyer originel et principal des klash : cet artisanat y est pratiqué depuis des siècles et ses meilleurs artisans s’y trouvent.
Dans la région du Hawraman et au-delà, certains centres sont devenus particulièrement célèbres pour les klash. Du côté du Kurdistan de l’Est, la ville de Marivan, dans les montagnes du Kurdistan iranien, près du beau lac Zaribar, compte parmi les centres de fabrication les plus réputés, à tel point qu’elle a reçu une reconnaissance internationale pour cet artisanat. Du côté du Kurdistan du Sud, la région de Halabja et le marché historique de Sabunkaran, dans la ville de Souleimaniye, où de nombreux artisans du Hawraman se sont établis, sont des foyers connus des klash. La même région montagneuse du Hawraman est aussi célèbre comme berceau de la fête ancienne de Pir Shalyar ; son profond attachement aux traditions a préservé de nombreuses coutumes kurdes anciennes, dont les klash. L’association des klash au Hawraman, ce berceau montagnard de la tradition kurde, participe de leur sens et de leur prestige : les chaussures portent quelque chose du patrimoine de cette région chargée d’histoire, où cet artisanat fait partie intégrante de la vie et de l’identité de la population.
Points essentiels
Les klash sont les chaussures artisanales traditionnelles des Kurdes, habituellement blanches.
Elles sont fabriquées à la main à partir de coton, de laine et de cuir, sans machines.
La région du Hawraman, avec Marivan et Halabja, est le berceau de cet artisanat.
La fabrication repose sur une répartition du travail : les hommes confectionnent les semelles et les femmes cousent les dessus.
La réalisation de chaque paire peut prendre une semaine ou davantage.
Les klash se portent avec la tenue traditionnelle et sont un symbole d’identité kurde.
En bref
Nom : Klash (également kalash) ; apparentées aux giveh
Nature : Chaussures traditionnelles kurdes faites à la main
Couleur : Habituellement blanches ; également rouges, bleues et d’autres couleurs
Matériaux : Coton, laine et cuir ; tous naturels
Semelle : Couches de coton et de cuir de vache comprimées et cousues
Dessus : Empeigne tricotée en fil de laine ou de coton
Berceau : La région du Hawraman ; Marivan et Halabja
Fabrication : Entièrement à la main ; environ une semaine par paire
Usage : Avec la tenue traditionnelle, à Newroz et lors des mariages
Distinctions : Marivan désignée ville d’artisanat par le Conseil mondial de l’artisanat
La fabrication des klash
La fabrication des klash exige une patience et une habileté remarquables ; elle s’effectue entièrement à la main avec des matériaux naturels, sans production mécanisée. La chaussure se construit en deux parties principales : la semelle et le dessus. La semelle, fondement de la chaussure et partie la plus exigeante à réaliser, est constituée de nombreuses couches de tissu de coton, découpées, pliées, comprimées et battues ensemble pour former un bloc dense et solide, puis traversées par des coutures en fil de cuir résistant afin d’obtenir une base durable ; du cuir de vache est également employé. Selon certains témoignages, une seule semelle peut être faite de bien plus d’une centaine de morceaux de tissu étroitement comprimés, ce qui donne une idée du travail nécessaire.
Le dessus, ou empeigne, est confectionné séparément, tricoté ou tissé à partir de fil de laine ou de coton pour former la partie qui enveloppe le pied, souvent dans le blanc classique, et parfois orné de travaux d’aiguille et de coutures décoratives. Une fois la semelle et le dessus préparés, des mains expertes les cousent ensemble pour former la chaussure, puis apportent les dernières touches et les finitions. Le procédé entier est lent et minutieux : une seule paire de klash prend environ une semaine ou davantage, selon le modèle et l’habileté de l’artisan. Les techniques particulières de compression et de couture de la semelle sont essentielles à la solidité et à la durabilité réputées de ces chaussures ; l’emploi de coton et de laine naturels rend les klash légères, fraîches et respirantes, bien adaptées aux saisons chaudes du Kurdistan. Chaque paire, entièrement fabriquée à la main selon ce procédé exigeant, témoigne de l’habileté et du dévouement de ses artisans : c’est une véritable œuvre d’artisanat.
Un artisanat à plusieurs mains
L’un des traits distinctifs de la fabrication traditionnelle des klash est qu’elle fait souvent intervenir plusieurs mains : le travail se répartit entre différents artisans selon une division coutumière des tâches, fréquemment au sein d’une famille. Au lieu qu’une seule personne confectionne toute la chaussure, les différentes étapes, dont chacune exige son propre savoir-faire, sont traditionnellement confiées à différentes personnes ; les klash achevées sont ainsi le produit d’un travail collectif.
Dans la répartition coutumière des tâches, la confection de la semelle, partie la plus difficile et la plus éprouvante physiquement, qui exige de la force pour comprimer et coudre les couches denses, revient traditionnellement aux hommes, qui fabriquent les semelles dans leurs ateliers. La confection du dessus, le tricot et la couture de l’empeigne, est traditionnellement le travail des femmes, qui cousent ensemble les éléments de cette enveloppe. Enfin, l’assemblage du dessus et de la semelle, avec les finitions, peut être confié à un troisième artisan qualifié. La fabrication des klash était ainsi traditionnellement un métier familial, dont les techniques et les différents savoir-faire se transmettaient de génération en génération et se partageaient entre les membres du foyer, hommes et femmes y apportant chacun leur contribution. Ce caractère collectif et familial fait partie du tissu social de cet artisanat : les klash sont de belles chaussures, mais aussi le fruit de toute une tradition de travail partagé et de savoir-faire hérité, inscrite dans la vie des familles et des communautés du Hawraman et des autres centres de fabrication.
Klash et giveh
Les klash sont étroitement apparentées à une tradition plus large de chaussures artisanales traditionnelles, connue en persan sous le nom de giveh, à laquelle elles sont souvent assimilées et dont les klash kurdes constituent une forme particulière et réputée. Le mot klash est le nom kurde de ces chaussures, tandis que giveh est le terme plus général employé en Iran pour des chaussures traditionnelles similaires tissées à la main, fabriquées sous diverses formes selon les régions. Les klash kurdes, avec leur construction distinctive et leur association au Hawraman, comptent parmi les plus célèbres et les plus estimées de ces chaussures traditionnelles.
Les giveh et les klash ont en commun les traits essentiels de chaussures traditionnelles légères, tissées à la main à partir de matériaux naturels tels que le coton et la laine, avec une semelle résistante cousue et un dessus tricoté, conçues pour le confort et adaptées au climat. Au sein de cette famille plus large, les klash kurdes du Hawraman possèdent leurs propres techniques, formes et prestige, et sont reconnues comme un artisanat kurde distinctif. Le rapport entre les klash et la tradition plus large des giveh reflète la manière dont la culture matérielle kurde appartient au monde régional qui l’entoure tout en possédant ses formes et son patrimoine propres. Pour les Kurdes, les klash sont indéniablement les leurs : des chaussures kurdes portant un nom kurde, liées à la tenue et à l’identité kurdes, tout en appartenant à la famille plus large des chaussures artisanales traditionnelles de la région. Elles sont l’épanouissement spécifiquement kurde d’un artisanat ancien et répandu.
Légende et ancienneté
Les klash, comme la tradition plus large des giveh, relèvent d’un artisanat très ancien, dont les racines remontent à de nombreux siècles, voire à plus de mille ans selon certains récits, dans la région du Hawraman et dans le monde kurde et iranien plus vaste. Cette grande ancienneté participe du prestige et du sens des klash : ces chaussures portent le patrimoine d’une très vieille tradition artisanale, préservée surtout dans la région montagneuse du Hawraman, attachée aux traditions.
La légende et la tradition associent ces chaussures à des figures du passé antique. Une tradition populaire bien connue rattache le nom giveh à Giv, également orthographié Gev, le grand héros du Shahnameh, l’épopée persane appartenant au patrimoine iranien partagé. Selon cette tradition, Giv, durant ses longues années d’errance à la recherche du prince disparu, avait besoin de chaussures solides et légères pour son voyage : les giveh auraient ainsi vu le jour et tireraient leur nom du héros. Une autre tradition veut que Pir Shalyar, le saint homme légendaire de l’ancien Hawraman, ait porté ce genre de chaussures. Ces légendes, qui associent l’humble chaussure aux héros de l’épopée et aux saints hommes d’autrefois, reflètent la place profonde des klash dans la tradition kurde et le sentiment de leur grande ancienneté. Si ces étymologies populaires et ces légendes relèvent de la tradition plutôt que de l’histoire établie, elles expriment la profondeur culturelle et le statut privilégié des klash, des chaussures inscrites dans les récits et le patrimoine du monde kurde et du monde iranien plus vaste, et portées, dans l’imaginaire de la tradition, par les héros mêmes de l’Antiquité.
Reconnaissance et renouveau
Ces derniers temps, les klash ont bénéficié d’une reconnaissance croissante et d’un regain d’intérêt, à la fois comme trésor culturel et comme artisanat digne d’être préservé. La ville de Marivan, l’un des grands centres de fabrication des klash au Kurdistan de l’Est, a reçu une reconnaissance internationale pour cet artisanat, étant honorée, en lien avec le Conseil mondial de l’artisanat, comme une ville qui se distingue par ce métier traditionnel. La région du Hawraman, ou Uramanat, berceau des klash, a quant à elle été inscrite ces dernières années sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO en tant que paysage culturel, en reconnaissance du riche patrimoine régional dont les klash font partie.
Parallèlement, l’artisanat traditionnel des klash a rencontré des difficultés dans le monde moderne, surtout face à la concurrence des chaussures bon marché fabriquées industriellement et importées, qui menace les moyens de subsistance des artisans traditionnels et la survie de ce patient travail manuel. En réponse, des artisans dévoués et des défenseurs de la culture se sont employés à préserver, promouvoir et faire revivre cet artisanat, en entretenant les savoir-faire hérités, en trouvant de nouveaux marchés et en défendant les klash comme symbole du patrimoine kurde et source de fierté locale et de revenus. Les klash ont aussi gagné en popularité au-delà du Kurdistan, portées par les Kurdes de la diaspora comme un emblème d’identité et appréciées plus largement comme une création artisanale distinctive. Grâce à ces efforts, l’ancien artisanat des klash, malgré de réelles pressions, se poursuit comme une tradition vivante, chérie et défendue comme un élément précieux du patrimoine culturel kurde, et portée avec fierté comme symbole de ce que sont les Kurdes. L’histoire actuelle des klash est faite à la fois de difficultés et de résilience, celle d’un artisanat ancien qui se perpétue dans le monde moderne.
Symbolisme et sens
Les klash incarnent avant tout l’art et le patrimoine du peuple kurde, exprimés dans un objet humble mais beau, d’usage quotidien et cérémoniel. Cet artisanat, entièrement réalisé à la main avec patience et un savoir-faire hérité, à partir des matériaux naturels du pays, donne forme à la créativité et à l’habileté des Kurdes ainsi qu’à leur lien profond avec leur environnement. Portées avec la tenue traditionnelle, les klash complètent le costume de l’identité kurde : le patrimoine du peuple porté aux pieds.
Les klash incarnent aussi les valeurs de tradition, de famille et de communauté. Artisanat familial dont les savoir-faire se transmettent au fil des générations et dont le travail se partage entre les membres du foyer, elles représentent la transmission du savoir hérité et le caractère collectif et communautaire de l’artisanat et de la vie traditionnels kurdes. Par leur grande ancienneté et leur association au Hawraman, terre profondément attachée aux traditions, elles incarnent la pérennité et la continuité de la tradition kurde ancienne. Et par leur histoire moderne, leur reconnaissance internationale, leur rôle de symbole d’identité et de fierté, et les efforts pour les préserver face aux pressions du marché moderne, elles incarnent l’histoire plus vaste de la défense et de la célébration du patrimoine kurde. Les klash sont donc un artisanat chargé de sens, où l’art, le patrimoine, la tradition familiale et l’identité du peuple kurde se tissent dans un seul bel objet : les chaussures artisanales des montagnes, portées avec fierté comme emblème de l’esprit kurde. Elles comptent parmi les traditions matérielles les plus aimées des Kurdes.
Les klash et les Kurdes
Les klash comptent parmi les créations artisanales kurdes les plus distinctives et les plus chères : des chaussures faites à la main portant un nom kurde, enracinées dans le cœur kurde du Hawraman, portées avec la tenue nationale kurde et liées à l’identité kurde. Bien qu’elles appartiennent à une famille régionale plus large de chaussures traditionnelles, les klash sont indéniablement kurdes par leurs formes particulières, leur berceau et leur place dans la vie et la culture kurdes ; elles sont un élément authentique et aimé du patrimoine du peuple kurde.
Pour les Kurdes, les klash sont un précieux héritage et un fier emblème d’identité. Portées avec la tenue traditionnelle à Newroz, lors des mariages, des fêtes et des cérémonies, elles participent à l’expression visible du patrimoine et de l’appartenance kurdes, et sont chéries comme un symbole de l’artisanat, de la tradition et de la fierté kurdes. Dans toutes les terres kurdes et dans la diaspora, les klash sont portées et appréciées comme une marque d’identité kurde ; les efforts pour préserver et promouvoir cet artisanat s’inscrivent dans l’engagement plus large du peuple kurde à défendre et à célébrer son patrimoine culturel. Les klash témoignent de l’art et de la résilience du peuple kurde, de la profondeur de sa culture matérielle et du lien durable entre les Kurdes et la patrie montagneuse qui a façonné leurs traditions. Elles sont l’une des créations les plus belles et les plus aimées de tous les artisanats vivants des Kurdes : le patrimoine du Kurdistan porté aux pieds et présenté avec fierté au monde.
Débats et idées reçues
Les klash et les giveh sont-elles la même chose ? Les klash sont étroitement apparentées à une tradition plus large de chaussures artisanales traditionnelles, connue en persan sous le nom de giveh, et les deux sont souvent assimilées, klash étant pour l’essentiel le nom kurde et la forme kurde de ce type de chaussures. Les giveh sont fabriquées sous diverses formes dans différentes régions, et les klash kurdes du Hawraman constituent une forme particulière et réputée au sein de cette famille plus large. Une présentation fidèle reconnaît à la fois que les klash appartiennent à la tradition plus vaste des giveh de la région et qu’elles constituent une forme spécifiquement kurde, avec leurs propres techniques, leur berceau et leur place dans la culture kurde. Les klash sont indéniablement kurdes, tout en appartenant à une famille plus large de chaussures traditionnelles.
Les klash sont-elles réservées aux hommes ? Les klash sont surtout portées par les hommes, avec le costume traditionnel masculin kurde, auquel elles sont le plus fortement associées. Historiquement, toutefois, les femmes aussi bien que les hommes en ont porté, et ces chaussures ne sont pas exclusivement masculines. Leur forte association aux hommes reflète leur place dans le costume national masculin, mais les deux sexes les ont portées. Fait intéressant, dans la fabrication des klash, hommes et femmes ont chacun un rôle essentiel, les hommes confectionnant les semelles et les femmes cousant les dessus : quelles que soient les personnes qui les portent, cet artisanat est donc une tradition partagée par les deux.
La légende de Giv explique-t-elle la véritable origine des giveh ? La tradition populaire qui rattache le nom giveh à Giv, héros du Shahnameh, est un récit apprécié et bien connu, mais il vaut mieux la comprendre comme une étymologie populaire et une légende que comme un fait historique établi. Les véritables origines de cet artisanat se trouvent dans la profonde tradition régionale des chaussures faites à la main, qui remonte à de nombreux siècles, plutôt que chez un unique inventeur légendaire. Cette légende, comme la tradition selon laquelle Pir Shalyar portait de telles chaussures, est précieuse en tant qu’expression de la profondeur culturelle et de l’ancienneté si estimée des klash et des giveh ; elle relie l’humble chaussure aux héros et aux saints hommes du passé antique, et il convient de les présenter fidèlement comme des traditions et des légendes porteuses de sens plutôt que comme de l’histoire au sens littéral. Elles reflètent l’amour et l’estime dont cet artisanat fait l’objet.
Sujets connexes
La tenue traditionnelle kurde : le costume national que complètent les klash
Les kilims et les tapis kurdes : un autre grand artisanat kurde de la laine et du savoir-faire
La fête de Pir Shalyar : la fête ancienne du Hawraman, berceau des klash
Giv : le héros du Shahnameh que la légende associe aux giveh
Newroz : le Nouvel An kurde, où se portent les klash
Le govend : la danse kurde en cercle, exécutée en tenue traditionnelle
Le Shahnameh : la grande épopée du patrimoine iranien partagé
Le folklore kurde : l’univers plus vaste des coutumes et des traditions kurdes
Questions fréquentes
Que sont les klash ?
Les klash sont les chaussures artisanales traditionnelles des Kurdes : légères, cousues à la main, habituellement blanches, faites de coton, de laine et de cuir, entièrement à la main. Elles possèdent une semelle résistante constituée de nombreuses couches de tissu de coton et de cuir de vache comprimées et cousues avec du fil de cuir, ainsi qu’une empeigne tricotée en laine ou en coton. Portées surtout par les hommes avec le costume traditionnel kurde, elles accompagnent la tenue nationale lors des fêtes, comme Newroz et les mariages, et sont fabriquées surtout dans la région du Hawraman.
Où les klash sont-elles fabriquées ?
Le berceau des klash est la région du Hawraman (Uramanat), ce territoire montagneux qui s’étend de part et d’autre de la frontière entre le Kurdistan de l’Est (nord-ouest de l’Iran) et le Kurdistan du Sud (nord de l’Irak). Parmi les centres célèbres figurent la ville de Marivan, au Kurdistan iranien, près du lac Zaribar, qui a reçu une reconnaissance internationale pour cet artisanat, ainsi que la région de Halabja et le marché de Sabunkaran à Souleimaniye, au Kurdistan irakien, où de nombreux artisans hawramis se sont installés. Cette même région est réputée pour son grand attachement à la préservation de la tradition kurde.
Comment les klash sont-elles fabriquées ?
Les klash sont entièrement fabriquées à la main. La semelle, partie la plus exigeante, est constituée de nombreuses couches de tissu de coton, découpées, pliées, comprimées et battues pour former un bloc dense, puis cousues avec du fil de cuir ; du cuir de vache est également employé, et une seule semelle peut contenir bien plus d’une centaine de morceaux comprimés. Le dessus est tricoté ou tissé à partir de fil de laine ou de coton. La semelle et le dessus sont ensuite cousus ensemble, puis viennent les finitions. L’ensemble de ce procédé minutieux prend environ une semaine ou davantage par paire.
Pourquoi la fabrication des klash est-elle répartie entre hommes et femmes ?
Dans la tradition, la fabrication des klash est un artisanat familial régi par une répartition coutumière des tâches. La confection de la semelle, partie la plus difficile et la plus éprouvante physiquement, qui exige de la force pour comprimer et coudre les couches denses, revient traditionnellement aux hommes. La confection du dessus, le tricot et la couture de l’empeigne, est traditionnellement le travail des femmes. L’assemblage final et les finitions peuvent être réalisés par un troisième artisan qualifié. La fabrication des klash était ainsi traditionnellement un métier familial collectif, dont les savoir-faire se transmettaient de génération en génération.
Quel est le lien entre les klash et les giveh ?
Les klash sont étroitement apparentées à une tradition plus large de chaussures artisanales traditionnelles, connue en persan sous le nom de giveh, dont les klash kurdes constituent une forme particulière et réputée. Klash est le nom kurde ; giveh est le terme régional plus général qui désigne des chaussures similaires tissées à la main et fabriquées sous diverses formes. Les klash kurdes du Hawraman, avec leur construction distinctive et leur prestige, comptent parmi les plus célèbres de ces chaussures. Une tradition populaire rattache le nom giveh à Giv, le héros du Shahnameh, qui aurait eu besoin de telles chaussures pendant ses longues errances.
Les klash sont-elles encore fabriquées aujourd’hui ?
Oui, même si cet artisanat rencontre des difficultés. Les klash traditionnelles faites à la main doivent concurrencer les chaussures bon marché fabriquées industriellement et importées, ce qui menace les moyens de subsistance des artisans traditionnels. En réponse, des artisans dévoués et des défenseurs de la culture œuvrent à préserver, promouvoir et faire revivre cet artisanat, en entretenant les savoir-faire hérités et en défendant les klash comme symbole du patrimoine kurde. Marivan a été honorée comme ville d’artisanat pour les klash, et la région du Hawraman a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Les klash demeurent une tradition vivante et chérie.
Références et lectures complémentaires
Les klash : des chaussures culturelles et créatives faites pour durer — Kurdistan Chronicle
Les chaussures traditionnelles kurdes prospèrent dans la région du Kurdistan — PUKmedia
Kalash ou giveh (espadrilles) du Kurdistan — ICRO
Les kllash, des chaussures au design unique — ResearchGate
Les chaussures klash de Marivan — TasteIran
Les klash kurdes : une histoire de passion, de patrimoine et de résilience — The New Region
Les chaussures traditionnelles prospèrent dans une ville kurde d’Irak — Al Arabiya
